Vidéothèque
Foire de Ningbo |
|
|
|
![]() Et même unique au monde. La 8e édition de la Foire des biens de consommation de Ningbo, qui s’est tenue dans la richissime province du Zhejiang, ne tient pas cette unicité d’une offre spécifique, d’organisation d’événements ou d’animations exceptionnels. La foire est en fait le seul rendez-vous où la majorité des 4 000 stands présente des produits d’origine purement locale, ou limitrophe.
Philippe MECHIN
Est-ce bien original, pensez-vous ? Après tout, les foires régionales organisées dans notre beau pays de Cocagne présentent aussi cette spécificité. Les fêtes au jambon, aux vins et autres produits de notre terroir sont aussi purement locales. Ceci est certes vrai, mais en l’occurrence la foire de Ningbo se trouve au cœur de la gigantesque Chine, et Cette China International Consumers Goods Fair occupe ni plus ni moins que le second rang mondial des foires des biens de consommation après seulement 8 ans d’existence derrière celle de Canton. Cette précision permet de mieux mesurer la portée de l’événement. Si l’alimentaire local s’y expose, il ne représente qu’une part infime, voire anecdotique de l’offre. Car dans la province du Zhejiang, ou dans les provinces limitrophes, pas moins de 20 % des produits de grande consommation du pays y sont fabriqués, avec notamment une prédilection pour l’électroménager, l’électronique, les hautes technologies, le mobilier de décoration. Par voie de conséquence, non seulement la province est aujourd’hui l’une des plus prospères du pays, mais la ville de Ningbo est une des plaques tournantes du commerce international. Ainsi son port en eaux profondes, le plus grand de Chine, est-il devenu le deuxième port de commerce de Chine après celui de Shanghai, sa célèbre et turbulente voisine, et surtout le quatrième mondial en l’espace de quelques années. Si la ville ne compte que 5,5 millions d’habitants, elle se situe sur le delta du Yangtsi, la plus dense en population du pays. La main-d’œuvre est donc abondante et les provinces voisines de l’Anhui et du Dongbei alimentent le réservoir humain, en cas de besoin. Sa stratégie de développement appuyée et pilotée par le gouvernement est porteuse d’ambitions internationales de par son activité d’import/export particulièrement dynamique, mais la ville, en réalité une cité vieille de 7 000 ans, est un modèle en matière de cadre de vie et de respect de l’environnement. Les autorités veulent montrer au monde que la Chine est concernée par les enjeux écologiques surtout sur les sites territoriaux les plus performants en matière d’activité industrielle. D’autre part, il est clair qu’il n’est pas question que Ningbo se positionne comme la concurrente de Shanghai en matière notamment de commerce international. Bien au contraire, à l’instar de ce qui s’est passé il y a quelques années sur le delta de la rivière des perles, avec la trilogie Canton, Shenzhen et par extension Hong Kong, le duo Shanghai Ningbo se positionne comme un des grands pôles de compétitivité du pays. Le meilleur exemple trouve son illustration dans la construction de l’extraordinaire pont suspendu inauguré en 2008. Ce magnifique ouvrage d’art d’une longueur ahurissante de 35 km permet de relier les deux villes en moins de deux heures, lorsqu’il en fallait quatre, précédemment. Ce pont est le symbole même de la complémentarité économique entre les deux villes. Celle-ci fonctionne si bien qu’aujourd’hui le Duo des cités et la région sont en train de devenir les places les plus performantes de l’empire du Milieu, au détriment de la province du Guandong qui a terriblement souffert de la crise financière, qui a pesé et pèse toujours sur le monde occidental. En effet, toute son activité était tournée ces années passées sur une progression des exportations. Cette stratégie a parfaitement fonctionné jusqu’à l’effondrement de celles-ci à l’automne 2008. Ce n’est pas tout à fait le cas pour la province du Zhejiang qui a consacré une partie de ses activités à la production de biens de consommation destinés au marché intérieur. Certes avec ses deux grands ports, l’import-export reste un des poumons de la région, mais la diversification de l’activité industrielle a permis de limiter la casse pendant les terribles mois de l’hiver 2008/2009, tant et si bien qu’aujourd’hui à l’heure où l’économie chinoise semble être la première économie mondiale à repartir, les fermetures d’usines qui se sont comptées par dizaines, voire par centaines de milliers, n’ont quasiment pas eu cours ici. Cet énorme avantage confère à la ville, à la région, un climat de sérénité probablement unique dans le pays.
Une foire bicéphaleA l’issue de ce bilan, il est aisé de comprendre que la foire de Ningbo, ou CICGF, est une foire bicéphale. Ce choix au vu des 4 000 stands, des 100 000 produits exposés s’est avéré être le bon. Si les acheteurs nationaux ont plus que jamais répondu présent cette année, les visiteurs internationaux malgré une légère érosion due aux circonstances d’une crise qui n’en finit plus, n’ont pas déserté les lieux. Est-ce la conséquence d’un positionnement très business to business, toujours est-il que le volume d’affaires traité n’a pas régressé de façon sensible, ni en volume ni en valeur. Ce positionnement très professionnel a permis de mieux résister à la récession. Toutes les grandes enseignes, nationales et internationales ont par exemple répondu présent. La Chine restant quoi qu’il en soit le paradis du sourcing. Cependant, les choses évoluent très vite et l’avènement des marques est devenu une réalité. Celles-ci aujourd’hui sont essentiellement des marques B destinées à ce jour au marché domestique, mais il est clair que nombre d’entre elles se positionnent pour les années à venir. Certaines sont déjà présentes sur les marchés européens notamment sur les marchés de la cuisine, mais ne font que préfigurer une offensive de grande envergure dans les années à venir, pilotée par le gouvernement et dont la province du Zhejiang sera la couveuse, la pouponnière et la nourrice. Ce credo s’est d’ailleurs franchement affiché via de nombreuses affiches et calicots, où l’on pouvait lire le slogan parfaitement explicite "city of brands Invented in Ningbo", ce qui se traduit dans la langue de Shakespeare par "ville des marques, inventées à Ningbo". De plus, le centre-ville exhibe fièrement ses marques locales, au moyen d’affiches comme à New York ou Tokyo, par exemple. Toute cette démonstration prouve que le vivier des grandes marques chinoises des produits de grande consommation se trouve à Ningbo. C’est vrai, nous l’avons dit, dans l’électroménager, l’électronique, le mobilier de décoration, mais c’est surtout poussé à son paroxysme dans le domaine de l’électroménager.
Le paradis de l’électroménagerComme c’est souvent le cas en Chine, certaines villes sont totalement dédiées à un secteur d’activité via la fabrication ou le commerce qui s’y rattache. Ainsi, Ningbo est-il devenu le paradis de l’électroménager. Sur la foire, c’est un bâtiment entier qui lui est dédié, immense, sur 3 étages, lequel a regroupé la bagatelle de 1 500 stands ! Mais plus étonnant, ces stands sont permanents. En effet, comme un nombre très important d’entreprises du secteur sont implantées dans la région, celles-ci disposent d’un stand permanent utilisable à l’année. Conçu pour être autonome et fonctionner en dehors des périodes de salon, le bâtiment est loué à l’année à des industriels locaux qui peuvent l’utiliser à leur guise, comme show-room, même en dehors des périodes de salon. Ces stands sont en réalité de véritables petits magasins avec vitrines, au sein desquels le visiteur ne peut pénétrer qu’à travers une seule entrée encadrée par une porte. Cette disposition, qui n’a son pareil nulle part ailleurs au monde, provoque un choc visuel lorsque le visiteur parcourt les allées. Plutôt que des stands, ce sont de véritables villages enceintés de verre et d’acier qu’il découvre. Sa surprise sera d’autant plus forte qu’il verra des allées quasiment désertes au sein de cet endroit étrange. La raison est pourtant simple, les professionnels qui font le déplacement se trouvent à l’intérieur de ces "stands – show-rooms," à l’abri des regards. Cet aménagement si particulier, n’existe nulle part ailleurs. Cette étrange impression de vide n’est pourtant qu’une impression puisque le nombre de stands est impressionnant, nous l’avons vu plus haut. Est-ce efficace ? Manifestement, oui. Ceux-ci sont loués à l’année, et des projets d’extension sont prévus à grande échelle puisque c’est un bâtiment nouveau qui est en construction ! Voilà comment on règle un problème de place en Chine… Quoi qu’il en soit, cet espace spécifique dédié à l’électroménager interpelle. Ce concept de stand utilisable à l’année est unique en son genre. Il n’éxiste à ce jour qu’un seul concept de ce type, c’est l’espace dédié aux Arts de la table à Frankfurt, mais ceci n’enlève rien à l’originalité de la démarche.
Visites sur sites, autre originalitéL’autre spécificité de la foire, réside dans une organisation qui elle aussi est frappée du sceau de l’originalité. En effet, comme la majeure partie des entreprises exposantes ont leur site de production dans la région, celles-ci ont pour la plupart mis en place un système de visite des sites de production. Les visiteurs peuvent ainsi en quelques heures parler business sur les stands des exposants et dans la foulée se rendre dans les usines, où ils pourront voir les processus de fabrication des produits qu’ils ont l’intention d’acheter et passer à l’acte d’achat sans perdre de temps. Ce mode de fonctionnement est également une spécificité signée CICGF, lequel n’a pas non plus son équivalent de par le monde. Tout d’abord, parce que nulle par ailleurs il existe des concentrations industrielles qui permettent l’organisation de grandes foires commerciales au cœur des régions industrielles, et ensuite parce que beaucoup d’industriels veulent montrer leur outil de production pour prouver que les entreprises du Zhejiang sont à la pointe du progrès en matière de technologie, de qualité, et de respect de l’environnement. La foire de Ningbo n’est pas une foire comme les autres. Foire hautement professionnelle, lieu d’échanges, bien sûr, elle se veut aussi la vitrine d’une province qui manifestement tend à devenir la plus prospère du pays dans un contexte de développement à visage humain, respectueux de l’environnement, loin des clichés de l’industrialisation à marche forcée de l’Empire du Milieu. •
|
|||






