Cebit
Salon des solutions

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Après avoir connu une baisse brutale en 2009, l’édition 2010 du Cebit a limité la casse dans un contexte un peu moins déprimé que l’an dernier. Le coup de tabac passé, l’horizon s’est éclairci pour un salon qui semble avoir trouvé sa voie. En effet, le Cebit est devenu le salon des "solutions".

Philippe MECHIN

Confortique Magazine
n° 220 mai 2010

 

C’est ainsi qu’il faut considérer le positionnement du rendez-vous hanovrien. Les organisateurs ont fait du vocable «solutions», le fil rouge de leur stratégie. Les pavillons n’abritent plus les grandes familles de produits, mais regroupent les grandes tendances des métiers de l’électronique par secteurs. Comme l’an passé nous avons eu cette étonnante impression d’incohérence. Les grandes marques de l’électronique grand public qui avaient fait le déplacement se trouvaient "cernées" par une foultitude de fabricants de composants, de logiciels, et autres accessoires, venus de tous les horizons. Cet étonnant mélange des genres correspond pourtant à cette fameuse stratégie. Le Cebit est avant tout un salon de professionnels dédié à des professionnels à la recherche de solutions pour leurs boutiques, leurs entreprises, leurs usines. Ces recherches sont toutes liées à l’univers de l’IT, de la connection, de la convergence, depuis la simple clé USB jusqu’aux matériels et logiciels les plus sophistiqués. Il n’est donc pas question pour ces visiteurs de s’éparpiller dans d’interminables visites contemplatives des dernières nouveautés technologiques des grands fabricants, puis ensuite des consommables, des périphériques, des logiciels et enfin des composants au cas où. Cette approche implique une perte de temps pour des acheteurs qui ne sont pas pour la majorité des acheteurs venus de grandes centrales à la recherche des dernières nouveautés sur lesquelles le grand public est prêt à se jeter le jour de la sortie. Il y a Berlin et le salon IFA pour cela. A Hanovre les nouveautés ne sont pas totalement occultées par les grandes marques de l’électronique grand public lorsqu’elles sont présentes, la télévision en 3D en était le meilleur exemple. Celles-ci ont toutefois présenté une offre majoritairement réservée aux professionnels. Dans ces conditions le pari d’intégrer et de mêler la totalité de l’offre, peu importe la taille et la nationalité de l’entreprise, constitue le choix le plus cohérent, même s’il peut surprendre le visiteur par l’hétérogénéité. Le plus surprenant ne se trouvait pas dans cette offre qu’il était finalement facile de comprendre, mais dans cette étrange cohabitation des nationalités, au sein des mêmes pavillons. Si depuis belle lurette nous sommes habitués à la présence massive d’exposants chinois sur les salons allemands, les organisateurs nous ont habitués à les cantonner dans des halls réservés à la production asiatique. Point de cela, au Cebit où toutes les nationalités avaient droit de cité aux mêmes endroits. Au nom de ce choix stratégique issu d’une cohérence de l’offre en lieu et place d’une déclinaison par famille de produits, un exposant chinois côtoyait un exposant turc, lequel avait pour voisin un fabricant de notoriété internationale. Étonnant mélange des genres et des styles, qui a pourtant trouvé son public et offert toute satisfaction aux visiteurs, lesquels ont pu sans perte de temps obtenir une réponse à une problématique globale.

En tout cas pas moins de 68 pays ont exposé leurs nouveautés et innovations, ce qui laisse imaginer l’incroyable melting pot des nationalités même si après le coup de tabac de l’an passé, les exposants de l’Empire du Milieu sont revenus en force.

Chine éternelle

Cette année, l’Espagne était l’invitée d’honneur de cette édition 2010, et José Luis Zapatero, le Premier ministre a inauguré le salon en présence de la Chancelière Angela Merkel. Nos voisins ibériques ont parfaitement joué le jeu puisque pas moins de 100 exposants présentaient leurs nouveautés et innovations. Toutefois, force est de constater l’omniprésence chinoise dans le domaine du matériel informatique, des périphériques, consommables, logiciels, appareils de navigation, etc. Si les fabricants n’ont pas oublié l’OEM qui a fait et continue à faire leur fortune à défaut de leur gloire, ce grand retour s’accompagne de l’apparition de nouvelles marques aux ambitions clairement affichées, notamment dans le domaine des netbooks, comme Delux qui présentait une gamme de produits particulièrement attrayants et fort réussis sur le plan esthétique. Design innovant, marketing agressif, ces nouveaux petits dragons sont prêts à mordre dans le gâteau pour y prendre leur part. Gageons que d’ici peu, Lenovo ne sera bientôt plus seul sur le marché des fabricants de matériel informatique à ambition mondiale. Cette stratégie à double détente avec un pied dans la sous-traitance et l’autre dans l’univers des marques est en plein essor et pas seulement chez les grands. Ainsi bon nombre de PME l’adoptent, à l’instar de Macro Leader fabricant de clés USB et de consommables que nous avions déjà rencontré l’an passé et comme nous le confirme Jialei Lei, Directrice générale de l’entreprise dirigée par Ramiro Mamberti, dynamique citoyen argentin qui a choisi la Chine comme "terrain de jeux" il y a quelques années: "Malgré la crise que le monde occidental a vécue l’année passée, nous avons pu maintenir nos parts de marché et nos positions grâce à nos efforts en termes d’innovation, de recherche et développement. Maintenir un standard de fabrication et de qualité élevé est notre credo. C’est pour cette raison que nous sommes prêts aujourd’hui à franchir le pas en lançant notre propre marque. L’an passé je vous avais dit que nous allions lancer la marque Volk sur le marché suisse. Nous sommes maintenant prêts à aller plus loin et à nous propulser sur le marché européen. Cette marque ne sera d’ailleurs pas essentiellement destinée au marché occidental, elle sera présente également sur le marché chinois en plein essor. Toutefois, nous connaissons les challenges qui nous attendent pour imposer Volk en Europe. Nous savons qu’il nous faudra investir en termes de marketing. Ceci nous l’avons intégré depuis longtemps, et nous serons prêts. Nous travaillons également de façon très précise sur la mise en place d’un réseau de distribution performant, autre condition sine qua non de la réussite de notre projet. Nous sommes actuellement en phase de recrutement. Nous serons prêts très prochainement".

L’étendard de l’originalité

Le problème, face à cette inflation de nouveautés dans un même univers, c’est l’uniformité, la banalisation, la standardisation. Un ordinateur ressemble tellement à un autre qu’à ce jour, à part une invention exceptionnelle, seules les grandes marques peuvent faire la différence, soit via une politique de prix agressive, des innovations permanentes, et une grande largeur de gamme, sans compter que leur simple notoriété suffit à constituer un argument de vente. Dans cet univers hautement concurrentiel, il existe des industriels prêts à jouer une autre carte, celle de l’originalité comme ce fabricant italien nommé Empire, qui joue délibérément la carte du design transalpin. Reconnu dans tous les domaines de produits manufacturés, pourquoi ne le serait-il pas dans le monde de l’informatique, comme nous l’explique Lucia Sirignano en charge du développement commercial : "Notre marque est typiquement italienne puisque notre usine se trouve dans la région napolitaine et notre siège à Milan. A ce jour nous ne sommes présents que dans notre pays, sur tous les grands réseaux de distribution. Mais notre ambition est de nous développer à l’étranger, et pas seulement en Europe. Nous profitons donc du Cebit pour présenter nos produits et montrer notre savoir-faire en matière de design. Nos ordinateurs sont dotés de toutes les dernières innovations en matière de technologie, écrans tactiles, lecteurs Blue Ray, etc. Notre atout : notre différence qui vient de notre design typiquement italien. C’est ce concept que nous voulons exporter. Cette italianité, vous avez pu la remarquer sur notre stand décoré des couleurs de notre drapeau. Nous la revendiquons haut et fort, elle est notre argument de vente. A ce jour, nous sommes plus que satisfaits de ce pari. "L’Italian  Style" plait partout dans le monde. Nous avons pu le constater de par la nationalité des visiteurs que nous avons rencontrés".

Les enfants de la mondialisation

Issus des joint ventures de ces dernières années et purs produits de la mondialisation, nombre de fabricants arborent les couleurs de différentes nations. A tel point que l’on se sait plus vraiment quelle est la nationalité des entreprises et quel drapeau elles arborent. Il faut dire que dans quelques paradis pour créations d’entreprises, l’enregistrement ne prend que quelques heures, loin de nos lourdeurs administratives européennes, et hélas surtout françaises. L’une de ces pouponnières de jeunes entreprises se trouve à portée de fusil de "l’Usine du monde", parle la même langue, hisse chaque matin le même drapeau rouge étoilé depuis 1997 tout en conservant un statut juridique politique bien particulier. Il s’agit de Hong Kong évidemment. Bon nombre y sont immatriculées, mais leur rayon d’action est universel. C’est le cas de la société Tobe Technologies, entreprise spécialisée dans la fabrication d’accessoires pour ordinateurs et plus particulièrement de housses et sacs de protection. Car notre interlocuteur, Mohamed Marghani son Directeur marketing, n’a rien de hongkongais, il est égyptien ! "Nous sommes bien une entreprise hongkongaise, celle-ci possède un bureau en Chine continentale et au Moyen-Orient, au Caire, où nous sommes situés. Nous sommes déjà donc bien implantés dans la région notamment en Arabie saoudite ou à Dubaï. Notre usine se trouve à Shenzhen et l’effectif du groupe comprend 500 personnes. Nous sommes sur le Cebit avec l’ambition clairement affichée d’imposer nos produits sur le marché européen. A cet effet, nous proposons une gamme de produits qui allient qualité, technologie et bien sûr design. Nous étions d’ailleurs la semaine dernière à Paris pour travailler le sujet avec des designers français." Tel est parmi tant d’autres un des exemples de ce que la mondialisation a enfanté.

Le Cebit après le terrible coup de tabac qui lui a fait perdre plus de 1 000 exposants d’un seul coup, semble avoir surmonté le choc. En adaptant sa formule à un nombre d’exposants plus réduit, en proposant des solutions plutôt que des produits, le salon semble avoir trouvé sa voie. L’affluence est stable et les journées grand public connaissent toujours le succès, même si l’on peut se demander ce qu’ils viennent y voir. A moins que ces visiteurs n’aient de grand public que le nom. Parions plutôt sur les petits commerçants qui n’ont pas d’autre journée libre pour visiter le salon que le week-end de clôture. Mais dans le fond peu importe…  •

 

3 questions à Brock MAC CORMACK
Direteur des relations publiques du Cebit


Après la grosse chute de 2009, la baisse est enrayée…

Heureusement. Nous avons subi la crise de plein fouet. Celle-ci a engendré un nombre très important de défaillances venues essentiellement d’Asie, suite à la chute brutale de leurs exportations. Cette année nous enregistrons une baisse de 150 exposants par rapport à l’an passé, ce qui est anecdotique sur un chiffre de plus de 4 000 exposants. Le chiffre d’affaires enregistré par ceux-ci est en hausse de 30 %, toujours par rapport à l’an passé, et le nombre de visiteurs se situera aux alentours de 400 000. On peut dire que la situation s’est normalisée.


Avec le grand retour en force des exposants chinois…

Bien sûr, la Chine est un des acteurs majeurs de l’économie mondiale, et il est moins que jamais question de les ignorer. Ils sont d’autant plus visibles chez nous que notre formule d’exposition selon la formule de solutions globales les rend très présents dans les halls dédiés à l’informatique accessoires, composants, où ils sont très performants. En tout cas, il ne sera jamais question de leur allouer des bâtiments spécifiques dans le futur.


Ce positionnement solutions plus que produits est-il définitif ?

Plus que jamais. Le visiteur ici ne vient pas se promener. Il a un problème informatique à résoudre, un équipement à installer, un software à adapter. Il n’a pas de temps à perdre à courir de hall en hall. Il trouvera ici toutes les solutions en quelques minutes afin de mieux s’intégrer dans ce monde où le concept de la connection est désormais omniprésent. Le Cebit se positionne comme le rendez-vous mondial de cet univers.

 

 
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