Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’un nuage de cendres sème la panique dans le ciel, ou que de nouveau les remugles de la crise grecque viennent irriter les narines européennes, rien ne semble jamais perturber les salons de Hong Kong, quel que soit le secteur d’activité. Nous en avons eu la preuve avec l’édition de printemps d’Electronic Fair.
Philippe MECHIN
Confortique Magazine
n° 221 juin-juillet 2010
Une fois de plus les organisateurs peuvent s’enorgueillir de résultats exceptionnels, puisque ce jeune salon né il y a seulement quelques années à la demande de fabricants qui se désolaient de n’avoir qu’une session en automne pour exposer leurs nouveautés et innovations a battu une fois encore tous ses records, ni plus ni moins. Avec 2 305 exposants contre 2 125 l’an passé, et 55 607 visiteurs venus de 153 pays et régions, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Faut-il cependant bien s’en étonner ? Le travail de maillage, la connaissance des marchés des organisateurs ont fait leurs preuves depuis bien longtemps dans le domaine de l’électronique, puisque la session d’automne s’est hissée l’an passé au premier rang mondial des salons du secteur, et il n’est pas à douter que l’équipe de HKTDC n’a d’autre objectif de hisser cette session de printemps au sommet mondial à côté de son grand frère, à brève échéance. C’est même à ce jour un objectif clairement avoué, et lorsque la machine de guerre se met en marche, elle devient alors très difficile à arrêter.
Hong Kong, terre stratégique
Il faut dire aussi que le "terrain de jeux" contribue à l’esprit de conquête. Hong Kong s’est imposé depuis sa restitution en 1997 à l’Empire du Milieu, par le gouvernement britannique comme un des hauts lieux de l’économie et de la finance mondiale. Depuis rien ne semble altérer le dynamisme et l’esprit d’entreprise de ce territoire, qui s’est parfaitement accommodé de cette nouvelle donne. Il faut reconnaître que l’opération s’est réalisée sans douleur, de par la bonne volonté des parties respectives. C’est ainsi que Hong Kong a pu garder ses institutions, son système politique, son modèle économique, sous l’œil bienveillant du grand frère, qui a très vite vu le parti que lui-même pouvait en tirer au nom de ses propres intérêts dans l’optique de son irrésistible ascension. Le port des parfums (traduction du nom chinois, NDLR) de par son histoire, sa position géographique, possède une expertise incomparable dans bien des domaines stratégiques, comme le lancement de produits, le management des entreprises, le marketing, la connaissance des marchés d’exportation que la Chine ne maîtrisait quasiment pas lorsqu’elle a décidé de devenir cette puissance économique mondiale, en passe de ravir la première place. Après des années de dirigisme étatique, il lui fallait rattraper le retard au plus vite au moment de l’avènement de la mondialisation et de son intégration à l’OMC. Certes les nouveaux maîtres de la planète, n’ont jamais vu d’un bon œil, l’esprit farouche de liberté d’un territoire qui a toujours voulu préserver une forme d’indépendance face au pouvoir de Pékin, il y eut et il y a toujours quelques tiraillements, mais nous sommes loin de relations similaires à Taiwan et nul missile antinucléaire n’est installé sur les contreforts de l’île. Ces relations de bon voisinage et de coopération économique iront en se renforçant dans les années à venir, c’est l’intérêt commun. Si aujourd’hui le drapeau rouge flotte sur l’ancienne colonie britannique, Hong Kong n’a pas perdu son identité et encore moins son dynamisme.
Hong Kong : cité cosmopolite
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’attrait et le succès des salons organisés par HKTDC depuis des années. Dans ce domaine le savoir-faire est hongkongais, pas chinois, même si les progrès accomplis par ces derniers sont considérables ces dernières années. Mais quoi qu’il en soit, Hong Kong reste Hong Kong avec ses formidables atouts. Cité cosmopolite, polyglotte, dotée d’infrastructures exceptionnelles, de moyens de transport réputés les meilleurs du monde, à l’instar du célèbre métro appelé MTR, d’une capacité hôtelière remarquable, d’une vie sociale, d’une animation mondialement connue et d’une dimension humaine si appréciable dans ce gigantesque pays, bien trop grand pour encore beaucoup d’êtres humains. Aujourd’hui encore, la Chine fait peur de par sa taille, sa démesure, sa population, sa culture millénaire, certes, mais si éloignée des standards occidentaux, sans oublier la barrière de la langue. Tous ces obstacles pour bonne partie d’entre nous ne seront jamais levés. A tort, car ce formidable pays et ce peuple admirable méritent tout notre respect. Il fallait que les occidentaux se retrouvent pour commercer sans appréhension, dans une partie de la Chine. L’heureux élu est Hong Kong pour toutes ces raisons. Cette formidable plateforme est appelée à un avenir toujours plus grand, eu égard au formidable développement économique de l’empire du Milieu et le dynamisme de toute la zone Asie-Pacifique.
Familles nombreuses
C’est donc dans cet environnement favorable, accentué par un redressement des exportations, que s’est tenue l’édition 2010 du salon Electronic Fair. Malgré les chiffres records en termes d’exposants et de visitorat, le concept n’a pas changé. S’y est exposé tout produit contenant des composants électroniques dans sa fabrication. Si bien évidemment l’électronique grand public se taille la part du lion, celle-ci cohabite avec l’électroménager dans tous ses secteurs d’activité (blanc et Pem) sans oublier les appareils domestiques, ustensiles de cuisine, jeux de toutes sortes, produits healthcare, toujours plus nombreux, la navigation et, bien sûr, la téléphonie dont un espace a été réservé spécifiquement aux smartphones pour la première fois cette année. Quant à la technologie de pointe, accompagnée des fabricants de composants, elle trouve refuge au sein d’ICT qui s’agrandit d’année en année, sous la poussée d’industriels Chinois toujours plus nombreux à exposer leur savoir-faire et leur capacité de création dans ce domaine sensible. Cette hétérogénéité de l’offre qui peut surprendre la première fois est revendiquée fièrement par HKTDC. Elle permet notamment aux acheteurs de grosses enseignes de faire "d’une pierre plusieurs coups". Elle est aussi source de découvertes pour d’autres, plus spécialisés, qui voient ici l’occasion de compléter leur gamme sur un seul salon. Face à la diversité et l’abondance de l’offre, il va sans dire que les prix sont particulièrement attractifs. Sur des produits souvent à faible marge comme certains petits produits électroniques, l’atout est de taille, pour des acheteurs de gros volumes. L’acheteur plus spécialisé y trouvera aussi son bonheur vu la variété de produits disponibles.
Toujours est-il que la formule fonctionne au vu des résultats globaux remarquables. Toutefois, que l’on ne se méprenne pas, le salon Electronic Fair n‘est pas un bazar, et chaque famille de produits, et Dieu sait si elles sont nombreuses est clairement identifiée. La visite est tout sauf un parcours du combattant. Tout est pensé, imaginé afin de faciliter la vie des acheteurs. Les salons organisés par HKTDC sont avant tout des salons ou des professionnels viennent à la rencontre de professionnels. Tout a été fait pour que ces rencontres se passent dans les meilleures conditions possible, tant au niveau du confort de visite, de la facilité de circulation, que de la présentation de l’offre. Il faut dire que le cadre enchanteur du Convention and Exhibition Center n’est pas étranger à cette atmosphère.
Cohabitation OEM et marques
Bien évidemment, nous sommes en Asie et plus particulièrement en Chine, ou le sourcing et l’OEM font partie intégrante de la culture économique et industrielle du pays. Le challenge que s’évertue donc à relever HKTDC est de rendre cette cohabitation compatible avec la présence de marques. Cette volonté de recruter les grands noms de l’électronique grand public est un pari complexe. La concurrence est féroce dans le domaine (Las Vegas, Berlin, Tokyo) et ces grandes entreprises ne se laissent pas facilement convaincre. Pourtant, les organisateurs ont fourni de gros efforts à cet effet, avec la réalisation d’un hall spécial, le fameux Hall of Fame, idéalement situé, parfaitement aménagé. Force est cependant de reconnaître que les géants de la télévision, de la téléphonie, de l’informatique, à quelques exceptions près, continuent de traîner les pieds. Est-ce la présence des industriels de l’OEM, est-ce l’hétérogénéité de l’offre, toujours est-il que pour l’instant les marques du segment A se font prier. Il faut dire qu’elles ont réduit la voilure en matière de salon ces derniers temps, en raison de contraintes budgétaires. Leurs gammes sont si étendues qu’elles ont besoin de surfaces d’exposition importantes. L’industrie du gros électroménager a connu le même problème il y a quelques années, entraînant son retrait des expositions et la disparition de quelques salons.
Comme la nature a horreur du vide, ce sont les marques B qui occupent le terrain massivement. Des marques inconnues des européens, destinées au marché chinois qui par conséquent réalisent des volumes de ventes impressionnants, y présentent leurs nouveautés sur des stands souvent très grands à cause de gammes toujours plus larges. Ces marques ne devraient toutefois pas rester longtemps inconnues, puisque les plus importantes d’entre elles constituent l’avant-garde des marques destinées à déferler sur les marchés occidentaux, à moyen terme, soutenues par les autorités gouvernementales comme toujours en Chine. Enfin, aux dernières nouvelles, il se dit que nous pourrions malgré tout avoir quelques surprises en octobre prochain. Les grands fabricants internationaux n’ignorent pas, qu’une classe moyenne aisée est en train d’émerger à vitesse grand V et que ladite classe est avant tout consommatrice de produits à forte valeur ajoutée. Il serait bien étonnant que les fabricants de ce type de produits regardent longtemps passer les trains…
Ainsi donc en quelques années, la session de printemps du salon Electronic a non seulement trouvé sa place, mais quasiment rejoint son grand frère. Au rythme où vont les choses, il y a fort à parier que d’ici peu, elle le rejoindra au premier rang mondial, grâce au savoir-faire HKTDC et au formidable dynamisme de la zone Asie pacifique. •
 |
3 QUESTIONS A K.B CHAN
Président de l’association des industries électroniques de Hong Kong
Confortique : Les clignotants sont au vert partout. Quelle potion magique a avalé le salon ?
K.B. Chan : Il n’y a rien de magique. Nous avons pris le pari de considérer que nous devions présenter l’électronique sous toutes ses formes et la formule remporte un grand succès, surtout en ces temps de crise où les acheteurs veulent optimiser au maximum leurs déplacements. C’est la raison pour laquelle ils ont fait le déplacement en masse cette année puisque nous enregistrons 7 000 visiteurs de plus que l’an passé.
Avec un bémol dans ce tableau pour les grandes marques qui continuent de traîner les pieds…
C’est une question de temps. Maintenant que le salon est le plus grand du monde en termes d’exposants, nous avons la légitimité qui nous permet de nous positionner. Nous sommes confiants à terme, et je crois pouvoir m’avancer en vous disant que vous devriez avoir des bonnes surprises dès notre session d’automne.
Pour terminer, quelles ont les grandes tendances de ce salon ?
Je ne vais sans doute pas vous étonner si je vous dis que le salon est placé sous le signe des économies d’énergie et de respect de l’environnement. À l’instar des occidentaux, les préoccupations écologiques sont une réalité, et nos industriels de tous les secteurs de notre métier travaillent dessus. Enfin si je dois décerner la palme des tendances de ce salon, je l’attribue sans hésiter à la technologie LED qui s’est invitée dans nos téléviseurs.
|