IFA
Berlin l'Enchanteur ?

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Index de l'article
1. Berlin l'Enchanteur
2. Jens Heithecker, directeur exécutif du salon
3. André Bousquet, Samsung
4. Brian Liu, Changhong
5. Fabrice Larivière, Sherpa Performances
6. Eric Surdej, LG
7. Jean-Tony Leac, Telefunken
8. Jan Nintemann, TT Messe

Plus que jamais l’IFA est LE rendez-vous de l’électronique grand public en Europe, et cette année encore, malgré les tourments que traversent nos économies, les visiteurs étaient nombreux à se presser pour admirer le fruit de l’imagination des entreprises et des marques impliquées dans ce secteur. Désormais annuel, le salon fait recette grâce notamment à une alchimie où cohabitent grand public et professionnels, dans la plus parfaite harmonie ce qui n’est pas une mince affaire. Toutefois, en se mettant délibérément au service des marques, il se positionne comme le salon des produits grand public de celles-ci.
Philippe MECHINConfortique Magazine
n° 207 octobre 2008

 

A L’instar d’un mondial de l’automobile, l’IFA est devenu une belle vitrine, représentative d’une offre toujours plus exhaustive même si les écrans plats occupent encore aujourd’hui une bonne partie des espaces des écrans parés de toutes les innovations technologiques, tous plus élégants les uns que les autres. Ils n’ont qu’un tout petit défaut, ils se ressemblent diablement.

Cependant au-delà des premières impressions visuelles, force est de constater qu’il s’en passe des choses, et chaque nouveauté recèle son lot d’innovations. Les fabricants multiplient les variantes, au risque parfois de semer l’embarras chez les consommateurs. En effet lequel utiliserons-nous demain ?  Pas si simple en réalité. Irons-nous encore un peu plus loin en matière de design ? La bataille du gain de poids va-t-elle s’intensifier ? Quid des améliorations technologiques en matière de couleurs, de contrastes, où la bataille semble faire rage, et que dire encore des propositions de contenus Internet ? Bref, acheter un écran plat nécessite réflexion. L’attrait de la nouveauté est-il encore un argument déterminant ?

Il ne faut pas oublier que nous sommes entrés dans une période de turbulences économiques que les consommateurs, à tort ou à raison, ressentent comme durable, ce qui a déclenché des réflexes de prudence dans le domaine des intentions d’achat. L’augmentation affolante des matières premières ces derniers mois et le retour de l’inflation n’ont pas arrangé la situation.

Mais, chose nouvelle, cette crise économique semble avoir éveillé les consciences, et au-delà des problématiques de prix, les notions de préservation de l’écosystème, et plus prosaïquement la sauvegarde de notre bonne vieille terre, sont à l’ordre du jour. Une des réponses semble passer par un genre nouveau de "déconsommation". La course à l’opulence, à la possession sans précaution n’est plus d’actualité. Une frugalité, par respect pour un environnement perçu comme dégradé et la volonté d’épargne en prévision de jours voire d’années difficiles, rendent la tâche plus ardue encore aux industriels.

 

Volonté d’innover ou fuite en avant ?

Face à ces phénomènes comportementaux dont certains sont totalement nouveaux, les fabricants ne restent pas les bras croisés, tant s’en faut, et leurs réponses face à un marché déjà hautement concurrentiel qui se crispe passent par l’innovation. C’est donc un florilège que nous proposent les fabricants. Première évidence, les écrans sont toujours plus fins pour des diagonales toujours plus grandes. Ainsi, certains téléviseurs ne dépassent pas 2,5 cm d’épaisseur pour une diagonale de 3,81m ! C’est notamment le cas de la nouvelle génération des téléviseurs Panasonic. Le géant coréen LG a présenté le téléviseur le plus fin du monde dont l’épaisseur ne dépasse pas le chiffre ahurissant de 1cm ! Avec toutefois un bémol, et il est de taille puisque toute l’électronique se trouve dans un boîtier externe muni de câbles extérieurs à installer au pied de l’écran. Cependant, cette course à la minceur apporte-t-elle une valeur ajoutée autre que celle de "l’exploit" technique, qu’il faut d’ailleurs saluer à sa juste valeur ? Quel plus en matière de confort, de qualité d’image ? En tout cas, le pari esthétique de l’amincissement des écrans est gagné. Dans cette compétition Sony présente une solution sans fil, avec boîtier.

Parmi les grands noms, LG et Samsung ne sont pas en reste en proposant des téléviseurs LCD les plus fins du monde. La palme de l’esthétique revenant à Samsung, avec des produits particulièrement soignés. A noter toutefois que le talon d’Achille de ces produits reste la qualité de l’image. C’est pour cela que la compétition se déplace aussi vers les fréquences de rafraîchissement qui permettent théoriquement de l’améliorer.

Toutefois et parallèlement à cette course à la minceur, à l’esthétique, à la performance de l’image, quid de la recherche en matière de recyclage ou d’économie d’énergie ? C’est aujourd’hui l’enjeu majeur de tous les industriels de tous les métiers du monde, et ceux de l’électronique grand public ne ménagent pas leurs efforts. A ce jour, des progrès sont accomplis, mais dans ce domaine pas encore de révolution technologique comme savent pourtant le faire les ingénieurs de ce secteur. Ces écrans plats sont magnifiques et performants, mais n’avons-nous pas aujourd’hui atteint une certaine limite ? L’avenir le dira.

 

La guerre des fréquences


La course à l’innovation ne s’arrête pas seulement à la course à la minceur. La guerre des fréquences dites de « rafraîchissement » fait rage. C’est d’ailleurs selon l’organisateur l’événement technologique majeur du salon ! Ces fréquences permettent paraît-il d’améliorer la netteté de l’image. En passant de 100 à 200 hertz, c’est la révolution. Seulement cette révolution ne devrait profiter qu’aux professionnels avertis, car il est bien difficile, pour un téléspectateur lambda, d’en deviner la différence. De plus cette avancée technique ne sera sans doute pas gratuite. Cependant, il n’est pas sûr que ce type d’avantage soit un argument de vente incontournable. Pourtant cette guerre de fréquences, dite de rafraîchissement, semble loin de n’être qu’un épiphénomène, puisque des chiffres ahurissants sont annoncés chez certains constructeurs, jusqu’à 600 hertz !

 

Internet et connectivité


Nous vivons par et pour Internet, selon les constructeurs. Nous ne pouvons plus nous en passer. Ce n’est pas totalement faux puisque les sites de video et d’informations sur le web, sont en constante progression. Forts de ce postulat, les fabricants proposent des accès à des contenus, via une connexion haut débit. Ces contenus sont disponibles via des accords spécifiques passés entre les fabricants et des sociétés d’édition. Le web devient un fournisseur de programmes, au même titre que nos chaînes hertziennes.

Autre préoccupation : la fameuse connectivité. Elle se fera via la technologie wireless HD, ou bluetooth. Le téléviseur faisant fonction d’unité centrale, permettra d’accéder à toutes les sources numériques. L’enjeu majeur de ce type de fonctionnement résidera dans la simplicité de manipulation. A ce jour, la technologie Buetooth semble être la solution la mieux adaptée de par la facilité de mise en place, sa faible consommation. Elle semble en tout cas être en mesure de s’imposer dans la bataille de la connexion sans fil.

Ainsi donc, le téléviseur, au-delà de ses évolutions esthétiques et technologiques majeures, est appelé à devenir et plus que jamais un objet multi-fonctionnel, et peut-être le réceptacle de cette fameuse connectivité. Toutefois, le revers de la médaille est sa complexité d’utilisation, et un coût qui n’est pas parti pour baisser. L’enjeu majeur pour les fabricants est de savoir très vite si le public est prêt à payer un peu plus pour tous ces avantages supposés, et cette extrême sophistication. Avons-nous réellement besoin ou envie de fréquences de rafraîchissement plus élevées par exemple ? Et puis trop d’innovations technologiques n’engendrent t-elles pas des doutes chez le consommateur qui imagine son téléviseur à peine acquis… déjà dépassé ? Dans un monde où les termes développement durables, économies d’énergie, respect de l’environnement, recyclage sont des facteurs déclenchants d’achat de plus en plus forts, ne vaudrait-il pas mieux que les constructeurs prennent le problème à bras le corps et mettent sur le marché des produits qui répondent de manière évidente à ces normes sans obérer le prix de vente ?

 

Le salon des marques

S’il est un fait incontournable à mettre au crédit des organisateurs, c’est la présence de toutes les marques qui comptent dans le domaine de l’électronique grand public, et particulièrement des fabricants de téléviseurs, avec le grand retour de Sony après 2 ans d’absence. Un retour plus que réussi avec ce magnifique stand décoré aux frontières du surnaturel. Ceci prouve que même lorsque l’on s’appelle Sony et que l’on affiche une vocation à demeurer le leader mondial de l’électronique grand public, on ne peut se passer ni d’une vitrine, ni de contacts avec son réseau de distribution. La volonté affichée de faire de l’IFA un salon dédié aux marques est un réel succès Celles-ci disposent d’une plate-forme unique en Europe pour présenter l’exhaustivité de leurs produits. Les marques coréennes notamment qui sont présentes sur tous les marchés, téléphonie, multimedia, informatique, etc. en sont la parfaite illustration. La raison tient dans le fait que la distribution a opté pour l’option IFA, et cela arrange tout le monde. L’offre est large et les rencontres sont fructueuses pour tout le monde. Ceci ne signe pas l’arrêt de mort des salons monoproduits allemands, bien au contraire. Leur offre plus pointue, plus ciblée est parfaitement adaptée aux réseaux plus techniques. Dans ce contexte, la montée en puissance des visiteurs professionnels qui en une visite annuelle, peuvent avoir une vision de tout ce que les marques proposent en EGP, est logique. Il n’existe à ce jour aucun autre salon en Europe, voire au monde, capable de présenter un tel choix qui permette aux professionnels de voir ce qui constitueront les succès de demain.

Cette montée en puissance ne s’est toutefois pas faite au détriment du grand public qui a pu admirer les produits à sa guise, au cours de ses déambulations. Pourtant ce salon n’a pas rempli sa fonction "enchanteresse", malgré ou peut-être à cause des grandes marques qui ont monopolisé les halls, avec les écrans plats, qui nous laissent de prime abord l’impression que l’IFA est un salon d’écrans plats. D’autre part, cette édition n’a pas été marquée du sceau de la créativité. Pas de nouveauté exceptionnelle. C’est pourtant toujours ce que l’on attend d’un salon de l’électronique grand public, secteur où les ingénieurs rivalisent d’audace. Des améliorations certes avec, nous l’avons vu des téléviseurs toujours plus performants, des GPS au graphisme sans cesse optimisé, des équipements audio plus sophistiqués, etc. mais rien d’exceptionnel. Cependant est-ce la faute des organisateurs si les industriels ne présentent pas chaque année, la nouveauté qui fait courir le monde entier ? Ce n’est peut-être probablement plus la vocation des salons. Le dernier grand événement à portée mondiale, à savoir le lancement de l’Iphone, s’est effectué, avec l’appui logistico- commercial des grandes enseignes internationales et un buzz qui a fonctionné à merveille. Finalement, le reproche, mais en est-ce bien un, que l’on pourrait faire à l’IFA, est de ressembler, nous l’avons dit, bigrement à un salon d’écrans plats une fois de plus. Ce sont les marques qui exposent qui décident ce qu’elles vont présenter. Mais en final, et selon les premiers échos, tout le monde est content. Exposants, visiteurs professionnels, se promettent tous de revenir. Enfin comment passer sous silence l’espace réservé à l’électroménager blanc. Voilà un coup de maître. •



 
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