Internet
Un cinquantenaire de... vingt ans ?

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Techniquement, les premiers pas de l'Internet remontent à l'année 1962 mais certains s'accordent à reconnaître l'année 1991, alors que le CERN mettait au point le World Wide Web, comme la date de la vraie naissance de l'Internet grand public tel que nous le connaissons aujourd'hui. Dans ces conditions, le Net doit-il souffler 50 bougies en 2012, ou 20 en 2011 ? Tandis que la question passionne les puristes, un chiffre met tout le monde d'accord : le réseau des réseaux réunit désormais plus de 1 milliard d'internautes dans le monde !

 

Eric TIXIER
Confortique Magazine Spécial 20 ans
numéro 196 – janvier 2008

 

Infonie, Mageos, Freesbee... qui se souvient de ces noms ? Et pourtant, ce furent les premiers fournisseurs d'accès à l'Internet en France durant les années 2000 ! Retour sur une histoire dont les premiers pas remontent à 1962. À cette date, les USA, soucieux de la sécurité de leur territoire, dessinent les contours d'un concept innovant : un système de stockage et d'exploitation de l'information non centralisé baptisé Arpanet.

Pour l'heure, il s'agissait, dans l'éventualité d'une attaque militaire massive, de protéger les données puisque celles-ci seraient non pas stockées dans les entrailles d'un ordinateur unique mais bel et bien disséminées en de multiples lieux interconnectés les uns aux autres.

 

1972 – le premier mail

L'idée fait son chemin et dix ans plus tard, après bien des péripéties technologiques, une telle interconnexion entre ordinateurs est testée avec succès via l'envoi du premier message électronique de l'histoire de l'Internet !

De plus, l'invention d'un protocole de liaison (le TCP/IP) permet, la même année, l'accès à d'autres réseaux indépendants et présentation au grand public est faite de cette nouvelle fonctionnalité. À nouveau dix années passent, et dans les années 1980, cinq centres surpuissants sont désormais installés aux USA riches d'une connexion croisée. À noter que la France voyait dans le même temps le succès fulgurant, désormais bien discret, de son propre réseau connecté via le lancement dès 1981 du Minitel et de ses fameuses connexions via le 3615 !

 

1990 – l'HTML rime avec ouverture commerciale

Puis, en 1990, la création simultanée du protocole HTTP et du langage HTML autorise techniquement l'ouverture du réseau à une exploitation commerciale. Un an plus tard, le CERN, centre de recherche européen basé en Suisse, invente une application exploitable de ce réseau jusqu'alors inconnu du grand public : le www pour World Wide Web.

L'Internet tel que nous le connaissons aujourd'hui était né ! Dès lors, la "machine" s'emballe. 1994 : création du moteur de recherche Yahoo, 1995 : Windows 95 intègre le navigateur Internet Explorer (qui allait atteindre 80 % de parts de marché dès 2000), 1998 : la création de Google témoigne des grandes heures de ces sociétés de services naissantes qu'on appelle les start-up. Et en 2000, ce sont plus de 350 millions d'utilisateurs, regroupés pour l'heure sous le néologisme créé de toutes pièces "internaute".

 

1997 – les premiers pas de l'ADSL

Le second vrai boom de l'Internet allait survenir grâce à une sensible évolution de la technologie qui allait décupler les performances de débit de transfert de l'information et donc le confort d'utilisation : l'ADSL. Depuis sa capacité maximum historique de 56 Ko, le réseau des réseaux allait atteindre des scores jusqu'à 2, puis 4 et 8 et désormais parfois 20 Méga-octets, voire 100 dans le cadre de la fibre optique ! Dans ces conditions l'affichage d'une page d'accueil devient quasi instantané tandis que l'échange de fichiers lourds devient une réalité accessible au plus grand nombre. Autre évolution sensible, le modèle économique de commercialisation de l'accès au Net des différents FAI (Fournisseurs d'Accès au Net) passe progressivement d'une idée d'accès contingenté, de type 79 francs pour 20 heures d'utilisation tel que cela existait en 2000, au concept de forfaits avec disponibilité immédiate et permanente à l'instar des abonnements actuels. À la clé, une nette baisse du coût de connexion à la minute puisqu'un accès illimité au Net vaut désormais quelque 20 à 30 euros mais avec, a contrario, une sensible hausse en valeur réelle générant ainsi un nouveau poste de dépense conséquent pour les ménages au même titre que les forfaits de téléphonie mobile !

 

Un schéma classique de développement économique

Selon un mode d'évolution très classique, les débuts de l'Internet en France, durant les années 2000, ont vu la multiplication exponentielle d'opérateurs et de prestataires en tous genres dont des spécialistes (Infonie, Wanadoo, AOL...) et d'autres acteurs beaucoup plus surprenants tels que La poste, le Crédit Agricole ou la chaîne de télévision M6. L'offre d'alors, très variée, intégrait par ailleurs des services exclusifs peu satisfaisants pour le consommateur final qui avait du mal à trouver son compte dans une jungle de tarifs, de délais maximum de connexion et de portails d'accès aux niveaux d'intérêts très variables ! Dans le même temps, la bataille des prix faisait rage et les premiers compétiteurs à proposer des accès illimités essuyèrent les plâtres. Puis vint l'heure des concentrations dictées par des impératifs de rentabilité financière. Dès 2003-2004, le secteur du haut débit se consolide ainsi autour de quelques grands groupes via des rachats, des fusions voire des retraits purs et simples du marché. Neuf Télécom et Cegetel fusionnent, Tiscali est racheté par Telecom Italia tandis que Wanadoo, filiale de France Télécom, demeure leader inconstesté du marché et adopte le nom Orange.

 

L'heure des services

Encore plus récemment, l'évolution de la législation, notamment sous la pression de Bruxelles, autorisant notamment le dégroupage des lignes (c'est-à-dire la non-obligation de s'abonner à France Télécom pour accéder au réseau téléphonique) a permis l'émergence de forfaits multiples successivement baptisés double-play, puis triple-play et enfin, plus rarement, quadruple-play. Dans les faits, ces prestations regroupent respectivement téléphonie fixe + accès au Net + télévision par câble + téléphonie mobile. Car, outre l'intérêt de hauts débits vis-à-vis du seul surf sur le Net, l'ADSL autorise la diffusion de différents contenus en ne requérant qu'un seul câble, celui du téléphone ! Toutefois, des contraintes techniques limitaient l'accès à ces services nouveaux à une clientèle essentiellement citadine. Un état de fait que Jacques Chirac avait intégré à sa politique générale sous le vocable de fracture numérique et qui, conjointement lié aux efforts des FAI, s'avère aujourd'hui en nette amélioration. La France, longtemps en retard sur le sujet de l'ADSL, affiche en effet un taux d'équipement, estimé à quelque 45-50 %, qui la place désormais parmi les pays les mieux pourvus en la matière !

 

L'avènement des sites marchands

Côté commerce, comme bien souvent à l'occasion de l'arrivée d'une nouvelle technologie, l'Internet a commencé par chauffer les esprits à outrance. Il n'était pas rare, durant les années 1995-2000, entendre des prophéties alarmantes qui annonçaient la fin probable et imminente du commerce traditionnel. Fort heureusement, il n'en fut rien et la diversité des circuits fut préservée. Sans doute pour une raison toute simple, la multiplication des circuits de distribution ne modifie en rien le pouvoir d'achat du consommateur ! En d'autres termes, l'émergence de l'Internet sous sa forme marchande a imposé auprès du chaland des arbitrages de lieux d'achat qui ont certes profité aux ventes en ligne mais certainement pas dans les proportions imaginées ! De fait, quelque 10 ans après les premières mises en ligne de sites marchands, l'Internet atteint une part de marché de l'ordre de 10 à 15 %, tout au plus. Il convient de préciser que cette valeur varie sensiblement en fonction de la nature des produits. Dans le détail, le consommateur a su se montrer à la fois prudent et avisé en privilégiant ses achats sur le Net au bénéfice de familles de produits très largement identifiés. De façon schématique, pour une grande part, il s'agit d'articles hautement banalisés et absolument identiques à tous les circuits tels que livres, CD et autres DVD. Pour une autre part, les ventes en ligne s'adressent à des biens de petites tailles, contraintes logistiques de livraison obligent, et de fortes valeurs. Relèvent de cette logique les lecteurs MP3, les appareils photos numériques et dans une moindre mesure les biens d'équipements électroniques (lecteurs DVD, TV...) ou ceux propres à l'actuelle convergence numérique. Bref, la révolution commerciale absolue annoncée n'a pas eu lieu, tout au mieux avons-nous assisté à une redistribution des cartes à laquelle les circuits traditionnels ont su parfaitement s'adapter !

Aujourd'hui, aucune enseigne physique de points de vente ne se dispense de son site en ligne et, dans la majorité des cas, celui-ci s'avère marchand venant grossir de la sorte le parc des points de vente d'un nouveau venu 100 % virtuel !  •

 

30 millions d'internautes, et moi, et moi...

Plus de 30 millions de Français âgés de 11 ans et plus ont accédé à l'Internet en octobre 2007. Dans le détail, ce sont 30,045 millions d'internautes français de plus de 11 ans (soit 57,1 % de la population de cette tranche d'âge) qui se sont connectés depuis leur domicile ou bien à partir d'un autre point d'accès (travail, hotspot Wifi...). Par rapport au chiffre d'octobre 2006, cela représente une progression de 9 %. Par ailleurs, 22,925 millions de personnes étaient connectés (octobre 2007) en haut débit à domicile, soit 19 % de plus par rapport à l'an dernier. Cette population représente 43,6 % des Français âgés de onze ans et plus, contre 36,9 % en octobre 2006.

 

 

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