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Pierre Gauthier
Confortique Magazine
30 novembre 2011. Après plus de 70 ans de bons et loyaux services, la télévision française tourne une page de son histoire en s’engageant de plain-pied dans l’ère du tout numérique. Emportant dans son sillage la fin de l’émission du signal analogique, cette bascule n’a cependant pas été sans conséquence pour le consommateur qui, contraint de s’équiper d’un décodeur ou de renouveler son équipement TV, ne bénéficie plus de la couverture du réseau analogique par voie hertzienne pour recevoir les chaînes historiques de la télévision française. « Il faut savoir en effet que le switch-off n’a pas été que favorable au développement du marché des set top box, indique Lionel Ooreel, Directeur général de Sedea. D’après les chiffres communiqués, le switch-off a également entraîné une hausse des ventes de téléviseurs avec tuner TNT intégré de 18 % ». Une communication tardive et mal géréeDepuis 3 ans déjà, le marché de la TNT avait connu un pic de croissance à l’annonce de cette date fatidique. A tel point que les chiffres recensés estimaient le marché à environ 50 millions de récepteurs (6 millions en 2010). Pourtant, hormis en Île-de-France, et dans certaines grandes agglomérations, la méconnaissance du souci causé par la bascule à la télévision numérique par le grand public a généralement conduit le consommateur à s’équiper en dernier recours auprès des enseignes spécialisées, mais surtout des GSB, mieux positionnées sur ce marché grâce à une large gamme de produits d’appel dont le prix de vente moyen se situe autour de 20 euros. « Le marché s’est considérablement développé ces deux dernières années, constate Eric Normand, Président directeur général du Groupe Normand (Optex). Or, l’arrivée massive de nouveaux entrants, saisissant cette opportunité avec des produits d’appel, a quelque peu tiré sa valeur vers le bas et perturbé sa progression. Le marché étant amené à se réduire, l’offre produit devrait par conséquent se concentrer pour ne laisser la place qu’aux acteurs industriels positionnés historiquement sur ce segment ». Et Grégoire de Belmont, Directeur marketing et services clients d’Akira de reprendre : « Aujourd’hui, le marché est essentiellement dominé par les antennistes et les magasins de bricolage ». C’est ainsi que lors du mois précédent l’arrêt du signal analogique dans les régions concernées par le calendrier gouvernemental, des pics de vente ont été recensés auprès des enseignes, certaines frôlant la rupture de stock devant l’hystérie collective causée par cette annonce. Pourtant engagée dès 2008 par le gouvernement, avec le soutien de l’organisme Tousaunumérique, la campagne de communication mise en place n’a reçu qu’un accueil mitigé par la population, peu sensibilisée par le discours prononcé en faveur de la bascule au tout numérique. Relayées timidement par les médias et les points de vente, les conséquences pour le consommateur de ce changement de mode de consommation de la télévision n’ont ainsi été perçues qu’au dernier moment. Et encore. Les atouts et limites de la TNTFruit d’une concertation européenne, le passage à la norme DVB-T, définissant le signal de la télévision numérique terrestre, s’est imposé comme une nécessité pour le marché français. En effet, avec la multiplication des broadcasters sur le réseau analogique hertzien, l’attribution des fréquences de télédiffusion s’est vite révélée compliquée et embouteillée. En cela, la norme DVB-T apporte des solutions grâce à une bande passante plus large et une compression supérieure du signal télédiffusé grâce aux normes d’encodage MPEG2 (SD) et MPEG4 (HD). Concrètement, cela se traduit par la possibilité de diffuser dans un même signal plus d’informations. D’où l’apport d’un nombre de chaînes de télévision plus conséquent avec la TNT. Regroupant aujourd’hui une offre de 19 chaînes gratuites en qualité SD, la TNT permet également de recevoir gratuitement 4 chaînes en qualité HD (TF1 HD, France 2 HD, M6 HD et Arte HD). S’il convient de tempérer les atouts de la TNT en matière d’amélioration de la qualité d’image, hormis dans le cas des chaînes HD, force est de constater que la qualité de réception diffère d’un lieu à un autre. Une évolution de normes controverséeD’abord lancée à titre expérimental en mars 2005, la TNT a tardé à s’imposer dans l’inconscient collectif comme un passage forcé, mais nécessaire pour le consommateur, pour continuer à recevoir les chaînes gratuites de la télévision française. Outre le défaut évident de communication des institutions françaises autour du sujet, la brouille causée par la multiplication des normes TV ces dernières années a également contribué à la perte de repères du consommateur dans cette jungle terminologique. Et ce d’autant plus dans les zones rurbaines et rurales où l’information est plus difficilement relayée.
Il est à noter en outre que si la norme DVB-T a communément été adoptée par les pays de l’Union Européenne, certains pays ont fait le choix d’une autre norme, le DVB-T2, encore plus performante grâce à son mode de diffusion. Offrant en effet une bande passante encore plus large que le DVB-T, le DVB-T2 autorise notamment la transmission d’un nombre plus important de chaînes en HD. Actuellement en phase d’étude au sein des institutions compétentes, le passage à la norme DVB-T2 n’est donc pour l’instant pas évoqué, même s’il paraît évident qu’à terme une décision devra être prise pour élargir la bande passante afin de généraliser la télédiffusion des chaînes en HD, ainsi que le prévoit le plan du passage au tout numérique du ministre Eric Besson.
S’intégrant dans un projet d’envergure à l’échelle nationale, mais également européenne, le passage à la télévision numérique a notamment été présenté comme une réelle valeur ajoutée pour le consommateur qui, moyennant l’acquisition d’un décodeur (SD ou HD), peut désormais avoir accès à un nombre plus important de chaînes thématiques, de documentaires et de programmes en tout genre. En français, mais également dans certaines langues étrangères. « Aujourd’hui, la part de marché des décodeurs TNT HD est inférieure à 5 % en volume », précise Lionel Ooreel (Sedea). « Le taux d’équipement HD augmente, explique Lydia Gaillard Faghihy, Responsable distribution & développement produits de Fransat. Sur le marché de la TNT par satellite, la part des décodeurs HD représente environ 15 % et a tendance à augmenter depuis fin 2010. Après avoir investi près de 1000 euros dans un téléviseur, le consommateur est plus prompt à investir dans un décodeur qui sera évolutif et lui permettra de tirer partie de toutes les fonctionnalités du téléviseur. Il faut aujourd’hui distinguer le marché de la TNT HD terrestre de celui du satellite. En effet, le marché des décodeurs HD terrestres rencontre quelques difficultés dues à la chute des prix des téléviseurs qui intègrent déjà un tuner TNT HD. Ainsi, le besoin d’acquérir un décodeur n’est pas forcément nécessaire. A l’inverse, les foyers qui s’équipent d’un adaptateur TNT terrestre ne sont pas forcément ceux qui ont franchi le pas d’acheter un écran plat avec tuner intégré. Dans ce cas, l’adaptateur TNT sert essentiellement à s’équiper pour recevoir la TNT sans avoir à trop débourser. En comparaison, pour accéder à la TNT par satellite, le consommateur doit faire l’acquisition d’un décodeur dont le prix moyen est plus élevé qu’en terrestre. Si bien que lorsqu’un foyer doit choisir entre un décodeur TNT par satellite SD ou HD, il peut plus facilement orienter son achat vers un décodeur TNT HD ». Une couverture TNT pour tous ?Avec cette multiplication de terminologies techniques, le passage au tout numérique ne se fait malheureusement pas aujourd’hui sans heurt. « L’objectif de couverture de la TNT hertzienne a été établi à 95 % du territoire national, poursuit Lydia Gaillard Faghihy (Fransat). Dans la pratique, nous constatons que si 5 % ne sont pas couverts par le réseau terrestre, environ 5 à 10 % de foyers supplémentaires sont affectés par une mauvaise réception (dégradation du signal due à des interférences ou à une puissance insuffisante du signal reçu) ou par une réception partielle des chaînes de la TNT. Dans la plupart des cas, pour ces foyers, la réception TNT par satellite est la seule solution pour couper court à tout problème de réception. Dans les régions litigieuses où les problèmes sont connus, les revendeurs spécialisés et les antennistes n’hésitent pas à proposer directement la solution satellite pour éviter des déplacements SAV supplémentaires et coûteux pour des problèmes de réception ». Selon les estimations recueillies auprès des différents acteurs du marché, près de 80 % du territoire français sont aujourd’hui éligibles à la réception de la TNT par voie terrestre tandis qu’une forte proportion (20 %) n’a d’autre choix que de se tourner vers des solutions alternatives pour continuer à recevoir les chaînes de la télévision française. Ces zones « blanches » ou « d’ombre », selon les appellations sont plus généralement situées dans les zones montagneuses, mais également dans les zones mal desservies ou couvertes par les relais de télédiffusion.Un problème collectif et isoléBien que les problèmes de réception liés au relief ne soient pas propres au passage à la télévision numérique terrestre, la télévision analogique par voie hertzienne ayant également eu à subir en son temps les caprices de la géographie, les perturbations et interférences du signal survenant dans les zones normalement éligibles soulèvent cependant quelques interrogations autour de la robustesse du signal. Ainsi, et malgré son éligibilité à la télévision numérique terrestre, la Bretagne fut l’une des premières régions à dénoncer massivement le problème lors de son passage à la TNT le 8 juin 2010. Ce problème est pris au sérieux par le gouvernement qui s’est proposé de subventionner à hauteur de 250 euros le passage à la télévision numérique par satellite pour les foyers non ou mal couverts par le réseau TNT hertzien. Le souci est d’autant plus important dans l’habitat collectif où les décisions de mise à niveau des réseaux peuvent s’avérer compliquées à prendre pour la copropriété. Quelles solutions alternatives ?Outre le satellite, le câble et les offres Triple Play des fournisseurs d’accès à Internet constituent les deux autres alternatives aujourd’hui accessibles sur le marché. De moins en moins plébiscité par le consommateur étant donné le développement de la télévision numérique via l’ADSL, le câble entonne aujourd’hui son chant du cygne. En effet, outre l’intégration dans leur bouquet de programmes de l’offre gratuite de la TNT, les FAI proposent désormais une prestation identique au sein de leurs offres Triple Play, intégrant en sus l’accès illimité à Internet en haut débit ainsi que les appels illimités vers tous les téléphones. Néanmoins, et à l’instar de la TNT, la télévision numérique via l’ADSL connaît également quelques impairs. Affectée par le partage de la connexion entre l’accès à Internet et au téléphone, la réception des chaînes TV via les box ADSL dépend directement de la qualité de déploiement du réseau sur le territoire et du débit de la connexion. Ainsi, hormis dans les quelques grandes villes françaises proposant un accès à Internet en haut débit (6 Mbits/s minimum), il est impossible pour le consommateur de profiter pleinement de son accès à la télévision numérique via l’ADSL.
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Antenne, TNT, câble, satellite, décodeur, paraboles… Si ce jargon est aujourd’hui passé dans la vie de tous les jours, cela est essentiellement dû au fait qu’il rythme quotidiennement la vie des ménages français. A l’heure où une forte majorité de la population découvre les mérites de la télévision numérique, certaines régions résistent encore et toujours à l’envahisseur TNT, trois d’entre elles étant contraintes par la force des événements, d’autres en raison de problèmes de réception du signal par voie terrestre.