Produits bruns
Les defis de la Hifi

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A l’heure de la haute technologie, de la connectivité et des multiples sources de captation de la musique, quid de la Hifi ? Nos bonnes vieilles chaînes stéréo ne sont-elles plus que des objets de décoration pour bobos nostalgiques des seventies ? Existe-t-il encore quelques dinosaures prêts à investir dans un matériel souvent très coûteux ? Quid des platines, ampli, et enceintes qui ornèrent nos meubles et devant lesquelles mélomanes et amateurs de "beau son" s’émerveillaient à l’écoute d’une sonate de Chopin, ou de Satisfaction ? A l’heure de l’Ipod, et de la miniaturisation, quel avenir pour la Hifi, c’est ce que nous avons voulu savoir.

Philippe MECHIN
Confortique Magazine
n° 203 octobre 2008

 

Il y eut, en 1998 l’avènement du home cinéma et son déluge de décibels afin que les amateurs du genre (et quelquefois les voisins) puissent profiter des délires sonores des grandes pyrotechnies sonores hollywoodiennes. C’est la course à la puissance, au détriment de l’esthétique et de l’encombrement. C’est l’époque des grosses Bertha. Bon nombre de consommateurs font admirer leur "puissance de feu" dissimulée dans les endroits les plus insolites, quand d’autres exhibent leur "artillerie" en rase campagne. C’est le temps de l’hyperconsommation. Les enceintes lancées à plein volume, bien aidées par des amplis monstrueux décornent les bœufs et lézardent les murs. Les marques spécialisées y trouvent matière à exprimer un savoir-faire de haute qualité pour les amateurs du genre, dans un marché qui cherche encore ses marques.

Changement de décor quelques années plus tard. Arrivent la sophistication, la miniaturisation, la recherche esthétique. Les éléments se rassemblent en packs à l’initiative de Bose, pionnier en la matière. Le concept connaît un grand succès et toutes les marques se lancent dans la course. Force est de reconnaître que les avantages sont multiples : facilité d’installation, compacité, et surtout esthétique plus raffinée, moins ostentatoire, à exposer dans son salon sans faire frémir d’horreur les invités. Les fabricants retrouvent une deuxième vie. Ce regain d’énergie est conforté par la progression des écrans plats et donc de leur équipement.

Mais au-delà du home cinema, quid de la Hifi et quel avenir pour ce marché ?

Tel est le problème fondamental auquel se trouvent confrontés les fabricants et la réponse n’est pas simple.

 

Dématérialisation

De par leurs liens historiques avec les disques vinyle, puis les CD, les fabricants se trouvent confrontés aujourd’hui à une situation paradoxale. Les disques poursuivent leur descente aux enfers, et il paraît évident que leur disparition est programmée. La gestion des stocks, des réassorts, et surtout la concurrence du téléchargement sont des obstacles, qui le précipitent  aux enfers. De grandes enseignes comme la Fnac, qui ont tant œuvré pour la promotion du disque, le poussent inexorablement vers la sortie, en réduisant le référencement et en développant son site de vente en ligne. Pas assez rentable et trop lourd à gérer pour les enseignes. A défaut d’une disparition totale, il se marginalise. Dans ce contexte, la nouvelle star ne nomme Ipod. Passé l’émerveillement face à ses capacités de téléchargement, son esthétique, et sa praticité, les consommateurs en veulent plus. Ils réclament une meilleure qualité sonore.

C’est dans cette brèche que se sont engouffrés les fabricants, en adaptant leurs produits à ce petit appareil miracle, et désormais presque tous proposent amplificateurs, lecteurs et enceintes. L’avantage technique est considérable. Les utilisateurs de l’Ipod, qui reprochaient la qualité médiocre du rendu sonore de l’appareil, peuvent désormais bénéficier d’un son qui se hisse au niveau des supports matérialisés, grâce aux efforts importants fournis en matière de recherche et développement de la part des fabricants. Ceux-ci intègrent désormais l’idée qu’il leur faudra proposer une offre toujours plus sophistiquée et bien réelle pour restituer des sons dématérialisés. Pour Philippe Carré Directeur général d’Inovadis, le marché vit une mutation très importante "Il faudra nous habituer à la dématérialisation complète des supports audio. Mais l’image de qualité médiocre liée à ce type de supports, est en train de s’effacer grâce au savoir-faire des fabricants de matériel HIFI". Autre avantage, la facilité d’utilisation ouvre de nouveaux horizons. Ainsi la marque américaine Sonos propose-t-elle des systèmes audio multi-pièces sans fil qui permettent d’écouter ses chansons préférées dans chaque pièce de la maison.

Quant aux grandes marques, qu’elles s’appellent Marantz, Harman Kardon, Bose, Yamaha, Denon, pour ne citer que les plus illustres, toutes occupent déjà ce créneau avec des produits déjà de très haute qualité.

Et la Hifi des purs, de ceux qui ne veulent pas rendre les armes, face à la dématérialisation ? Ceux pour qui le "beau son" est encore un art, les consommateurs prêts à investir des sommes importantes pour le bonheur d’entendre dans leur salon le son déchirant de la trompette de Miles Davis, "comme s’ils y étaient" , représentent-ils encore un marché ou sont-ils marginalisés ?

Ni l’un ni l’autre. En effet ils représentent une demande faible certes, mais non marginalisée. Il existe aujourd’hui une clientèle aisée, de plus en plus exigeante. Ces passionnés sont souvent prêts à investir des sommes très élevées pour assouvir leur passion. Pas question pour eux de se rendre dans une enseigne de distribution spécialisée qui d’ailleurs ne propose pas ce type de produits. Des show-rooms ultra-sophistiqués sont à leur disposition, et l’offre est à la carte. Il est à noter d’ailleurs que de plus en plus de lecteurs et ampli pour Ipods figurent dans les offres proposées. Ces produits ultra-ciblés, sont souvent fabriqués par des PME à haute technologie, comme la firme anglaise Voix qui a décidé d’ouvrir après 3 ans d’existence un bureau à Paris. Pour Patrick Mulaisho, son créateur, la capitale est une plate-forme intéressante de développement "Les Français sont très exigeants. Ils sont habitués à la technologie Hifi. Nos produits ont été primés par les professionnels et la presse locale. Ceci nous incite à poursuivre notre effort".

Une démarche partagée par Jean-Louis Lamblot, Directeur général de Marantz France qui confirme que "bien que le marché de la Hifi enregistre chaque année une chute de 3 %, les 3e et 4e quartiles ont tendance à progresser. Nous constatons aujourd’hui que les marges sont bien plus intéressantes sur ces segments de la hifi que sur celui de la TV, d’autant plus pour les distributeurs qui ont vocation à développer leurs services et à proposer de l’accessoires. Enfin, quant à savoir ce qui fait la différence entre un ampli à 350 euros et un ampli à 1 000 euros … c’est l’émotion ressentie !".

Le marché de la Hifi se trouve une fois de plus à la croisée des chemins suite à l’avènement de la musique virtuelle. Pour autant, il est loin d’être dépassé par le phénomène nous l’avons vu. Enfin, Les grands noms ont encore un sens pour les consommateurs. Le rachat de la mythique marque d’enceinte Ellipson par le groupe Inovadis est le meilleur exemple de leur attachement aux marques.   •

 

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