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En 20 ans, le baladeur véritable objet identitaire a vécu de nombreuses aventures et révolutions. Plus qu’un produit ludique, il correspond à une véritable histoire d’amour entre le public et la musique. Car depuis que cette dernière est devenue mobile, le baladeur s’est peu à peu modifié. Technologique, personnalisé, tendance et universel, il correspond à la fois à un accessoire de mode, à un univers personnel et sensoriel, bref à un mode de vie. Très vite, il a rassemblé diverses générations, classes sociales, nations et sensibilités autour d’une passion commune.
Naïma BENHEBBADJ
Innovation de marqueImpossible de parler du baladeur sans parler de ces marques qui ont créé l’innovation avec comme défi principal : allier qualité d’écoute, liberté et mobilité. Les marques l’ont bien compris : pour conquérir un large public, il faut communiquer sur l’apport technologique du produit, mais également permettre au consommateur de se réapproprier le baladeur. Il s’agit alors d’en faire une valeur identitaire, un mode d’expression. Car, le baladeur a cela d’extraordinaire, qu’il s’est associé très étroitement à l’univers musical et artistique. Mais revenons sur cette saga si particulière. En 1988, le baladeur est destiné à lire des cassettes audio et sur ce secteur, la marque Sony est alors incontournable. Elle vend ce produit depuis 1979 et sa suprématie est telle qu’au début des années 1990 le nom Walkman (marque déposée par l’entreprise Sony) se substitue dans le langage au terme de baladeur-cassette. Sony avait d’ailleurs déposé plusieurs noms de marque dans les années 1990 finissant toutes avec le préfixe -man : Walkman, Pressman, Watchman, Scoopman, Discman et Talkman. Ces noms désignaient plusieurs appareils qui formaient une gamme de produits de divertissement portatifs.
La révolution en marcheLe terme Walkman étant celui qui a connu le plus de succès, la firme a choisi de l’utiliser pour désigner tous ses différents produits audio portatifs (baladeur cassette, baladeur CD, baladeur numérique, et récemment également les téléphones portables de marque Sony Ericsson). Lancé en 1979 au Japon, le premier modèle Walkman de Sony nommé plus exactement TPS-L2 était de couleur bleu et gris argenté. Le modèle sorti au Royaume-Uni était un modèle stéréo avec deux prises jack, caractéristique qui a ensuite disparu dans les secondes versions du Walkman. À la fin des années 1980, le Walkman n’est plus le seul baladeur cassettes sur le marché : on retrouve désormais le Walky de Toshiba, le CassetteBoy d’Aiwa et Panasonic propose également son modèle. Dans ce contexte de concurrence féroce, Sony s’est une nouvelle fois démarqué du lot en lançant en 1989 son modèle WM-DD9 avec pour particularité d’être le seul modèle à double sens de lecture (auto-reverse). À la fin des années 1990, les baladeurs cassettes ont été généralement abandonnés en faveur des technologies numériques émergeantes que sont le CD, le DAT et le MiniDisc. Passée l’année 2000, les baladeurs cassettes ont commencé à devenir obsolètes car les cassettes audio ont commencé progressivement à être dépassées. Cependant Sony continue encore actuellement de produire son baladeur cassettes Walkman.
Le disque dans tous ses états !Le premier baladeur CD de Sony, le modèle D-50, a été lancé en 1984. Il était surnommé le Discman et ce nom est depuis employé pour les désigner. Pendant quelques années, les Discmans et les Minidiscs ont rencontré un véritable succès au sein de leur marché. Cependant actuellement les baladeurs numériques utilisant le nouveau support de stockage comme la mémoire flash et les disques dur miniaturisés sont devenus plus populaires que les premiers. Sony continue encore de produire des baladeurs CD. Les modèles les plus récents peuvent lire sur les CD des fichiers de musique compressée grâce au format d’encodage MP3 et ATRAC3Plus. Physiquement ces modèles sont améliorés à chaque nouvelle version notamment au niveau de leur encombrement. Initialement le MiniDisc était comparable à un CD miniaturisé, capable de stocker jusqu’à 74 minutes de musique en qualité CD sur un disque occupant approximativement deux tiers de la taille d’un CD. Les MiniDiscs étaient protégés à l’intérieur d’un boîtier en plastique, ce qui augmente leur durée de vie comparé aux CD. Vendus chers, les lecteurs MiniDisc resteront longtemps réservés à une “élite”. En outre, les albums à ce format disparaissent très vite des étalages. Mais, ce qui porte le coup le plus dur au support de Sony, c’est l’arrivée du MP3. Ce format audio issu de l’informatique, qui, comme le format Atrac du MiniDisc, compresse le son, permet à des millions d’internautes d’échanger de la musique par Internet, grâce à la taille des fichiers très réduite.
L’avènement du mp3Le premier baladeur à tirer parti de la technologie mp3 est commercialisé sous le nom de Mpman en Asie et sous la marque Eiger Labs aux Etats-Unis, en 1998. Cependant, la même année, c’est le constructeur de matériel informatique Diamond qui marquera les esprits avec la sortie de son Rio PMP 300. Ce modèle comporte seulement 32 Mo de mémoire, soit environ 30 minutes de musique. Concurrencé par le MiniDisc, et bien que proposé à un prix inférieur, de l’ordre de 150 à 230 € (1000 à 1500 FF à l’époque), il ne réussit pas à percer auprès du grand public. Très vite de multiples marques copient ce concept et lancent d’autres lecteurs MP3 à mémoire flash. Le principal frein à leur succès est le coût des cartes mémoires, parfois aussi élevé que celui des baladeurs. Il existe cependant encore de nombreux modèles de lecteurs de ce type, pouvant embarquer plusieurs giga-octets de musique. En 1999, une société californienne, Remote Solutions, annonce, dans l‘indifférence générale, la sortie du premier baladeur à disque dur. Elle est très vite concurrencée par deux autres sociétés : Creative (avec son baladeur numérique à disque dur DAP) et Archos (avec son Jukebox 6000). Les jukebox de Creative ont des dimensions comparables aux lecteurs CD portables tandis que les Archos se rapprochent du gabarit des lecteurs à cassette. Ces lecteurs MP3, précurseurs, connaissent leur petit succès, essentiellement auprès de la communauté informatique. Malgré les tentatives de Thomson (RCA, aux USA) et de Philips, il a fallu, pour populariser le concept du baladeur à disque dur, attendre la venue d’un autre acteur de poids : Apple. La marque américaine lance l’iPod en 2001. Son design, sa simplicité et la notoriété de son fabricant ont beaucoup aidé au succès de ce baladeur ultra plat. Les premiers modèles embarquaient 5 et 10 Go de musique, soit 83 à 170 heures !
Petit, mais costaudD’un autre côté, l’industrie informatique cherche désespérément à remplacer notre bonne vieille disquette de 1,44 Mo. La clef USB a mis tout le monde d’accord. Pratique, facile, universelle, elle permet de sauvegarder et d’échanger plusieurs dizaines, centaines voire milliers de Mo de données… et donc plusieurs dizaines/centaines de minutes de musique ! Très vite les constructeurs font évoluer la clef USB en y ajoutant une prise casque et des touches de navigation, pour en faire un baladeur MP3 ultra-compact. Les clefs USB connaissent diverses déclinaisons, certaines n’intégrant pas la prise USB et nécessitent un câble pour les relier à l’ordinateur. Apple investira le marché avec le Shuffle, un baladeur sans écran, dont la version actuelle intègre un clip pour l’attacher aux vêtements. Depuis, le succès mondial de l’iPod est devenu emblématique, un modèle du genre. Plus de 88 millions d’iPod étaient vendus en décembre 2006, atteignant les 119 millions en octobre 2007. Sur la période octobre 2006-septembre 2007, un million d’iPods ont été vendus chaque semaine. La domination d’Apple est telle sur ce marché, que son concurrent Rio s’en est retiré en août 2005. Dell a également arrêté la fabrication de ses lecteurs mp3 à disque dur en février 2006, Apple ayant vendu 14 millions d’iPod à Noël. Les principaux concurrents d’Apple sont aujourd’hui Creative (qui aujourd’hui commercialise ses baladeurs sous le nom “Zen” :Zen Nano Plus, Zen Vision, Zen Vision:M,…) et Archos (qui aujourd’hui s’est spécialisé dans la vidéo nomade avec la gamme Gmini 400, Gmini 500 et AV (AV400, AV500, AV700). Dans une moindre mesure, et selon les pays, on peut aussi citer iRiver, Cowon, Samsung et, bien entendu Sony, qui s’est tardivement mis au mp3.
En perpétuel mouvement…D’autres acteurs comme la société Memup proposent des gammes de baladeur mp3/mp4 avec des designs innovants et des nouvelles fonctionnalités. La frontière devient mince entre le lecteur musique et vidéo, au profit des baladeurs multimédias. Ce secteur s’ouvre donc à d’avantage d’acteurs et la profusion de produits en tout genre inondent le marché. Comme le Keos, un baladeur mp3, pourvu d’une fonction vidéo mp4, de touches tactiles et possédant un doublejack pour partager à deux la vidéo, musique et les photos. Notons également qu’aujourd’hui, le téléphone mobile est doté d’une qualité de son et de suffisamment de mémoire pour devenir un nouveau type de baladeur. Retenons pour exemple de ce nouveau phénomène, la sortie de l’iPhone d’Apple, un appareil qui multiplie et centralise toutes les fonctionnalités son, vidéo, Internet, sur un même support. Son utilisateur, accédant à l’Internet via le même équipement, peut y charger en tout lieu un vaste choix d’écoute. Nous pouvons donc être certains, que les prochaines générations d’appareils mobiles dédiés au son, nous réservent encore de nombreuses révolutions. • |





