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Groupements – Dallas |
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Si les groupements n'avaient pas existé, il eût fallu que Confortique les inventât ! Leurs péripéties sans cesse renouvelées, leurs histoires d'alliances, de concubinages, de divorces ont été le sel et le piment de notre revue. Nous les remercions et nous excusons auprès d'eux d'avoir parfois rallié leurs travers, mais qui aiment bien châtie bien. Il ne s'agit, en fait, là que de la partie émergée de l'icerberg. Si le métier est aujourd'hui ce qu'il est, s'il a su préserver un peu de sa valeur ajoutée, il le doit aux spécialistes en général et aux groupements en particulier. Les groupements ont su transformer les détaillants, fatalistes et condamnés par tous, en une forme de professionnalisme. Bravo ! Ecrire l'histoire des groupements est une mission impossible. Il faudrait un tome par groupement ! En outre, leur histoire ne cesse de se chevaucher et de s'entremêler. Toutefois, nous avons décidé de tenter une première approche. Nous ne prétendons pas être exhaustifs, nous nous excusons par avance de toutes nos lacunes ou imprécisions. Pour ceux qui contesteraient les propos, il y en a souvent, précisons que nous avons principalement travailler à partir des archives de Confortique et des articles que nous avons écrits, qui non seulement n'ont pas été contestés lors de leur parution, mais encore ont systématiquement été relus par les intervenants avant publication. Pas question donc, Messieurs, de contester a postiori, vos propos de l'époque, même si avec le recul du temps, ils vous paraissent erronés !
Dossier réalisé par Marie-José NICOL
Chapitre 1. Groupements : de la difficulté d'une définition
Première question : qu’est-ce qu’un groupement et comment le définir ? Il ne faut pas confondre groupement de détaillants et de grossistes. C’est Darty qui, paradoxalement causera l’arrivée des groupements de détaillants. Quant aux groupements de grossistes, c’est une autre histoire que nous nous proposons de vous narrer. Et si nous commencions par la définition d’un groupement ? Le dictionnaire comme d’habitude nous fournit la clé : "Association de personnes physiques ou morales réunies autour du partage d’intérêts ». Jean-François Boucher (Monsieur Bricolage) nous en fournit une autre : "Regroupement d’indépendants dans l’interdépendance". Guy Lelerc, Président de Fédération du Commerce Associé nous propose : "Donner les moyens des grands groupes intégrés à des entreprises à taille humaine". Effectivement, tous les groupements se sont fondés autour des achats, puis ont dérivé vers les ventes. D’ailleurs, tous ont entonné la même formule à destination de leurs détaillants : "Occupez-vous du mieux vendre et des services aux consommateurs, nous nous chargeons du mieux acheter". Mais à peine formulée, cette définition s’avère en partie fausse : "Il faut distinguer les groupements de commerçants qui se regroupent d’une façon ou d’une autre (coopérative, franchise, etc.) des groupements de grossistes", précise Christian Couvreur (Directeur Général d’Ex&Co). "En effet, le cas des groupements de grossistes doit être mis à part car ils ne sont pas commerçants (mais négociants) et les commerçants sont leurs clients". Notre interlocuteur range dans la catégorie de groupement de commerçants, Ex & Co, Digital, Gitem (puisque le détaillant, grâce à la forme coopérative, est partie prenante dans leur plate-forme) et Pro & Co (puisque grâce à l’association Pacte, les détaillants jouent un rôle actif dans la vie de l’enseigne). Toutefois, là encore, cette distinction pourrait être contestée : avec la transformation de Gitem en Euronics, les détaillants seront-ils toujours aussi actifs ? Bref, dès que nous parlons de groupements, il faut se rappeler que nous quittons le monde des certitudes et professer avec Socrate : "Nous ne savons qu’une seule chose, c’est que nous ne savons rien".
La genèse des groupements de détaillantsDans les années 60, l’arrivée des GSA repeint complètement la façade du commerce alimentaire. Elle provoque d’intéressantes réactions en chaîne. Les fournisseurs se groupent pour mieux vendre leurs produits : ainsi naissent les coopératives agricoles. Puis, dans un deuxième temps, les détaillants se groupent pour mieux acheter, ainsi naissent d’autres coopératives (la Qatec est née en 1956, Spreto en 1962 qui deviendra Cospreto en 1967, etc.) "Nous avions découvert que les fournisseurs nous menaient en bateau, nous avons donc décidé de fonder une coopérative", nous conte, en 1997, Emile Foligné (Gitem). Pour exister, les GSA ont besoin de place et doivent s’excentrer de la ville. Mais comment créer des centres suffisamment attractifs pour faire venir le consommateur ? Là, les GSA ont une idée géniale : elles vont générer autour d’elle des centres commerciaux. Comme elles ont acheté beaucoup de terrains, l’opération est réaliste. A noter qu’en ce qui concerne l’achat de terrains, les GSA effectuent de projection jusqu’à 20 ans. D’ailleurs, dans certains cas, elles organiseront elles-mêmes ces nouveaux commerces. C’est ainsi que le Groupe Auchan rachètera Leroy Merlin, Boulanger, etc. Ainsi naîtront Conforama, (plus tard But) et bon nombre d’enseignes spécialistes de la maison. A cette vague de fond, vient se rajouter le phénomène Darty qui bénéficie également de ces possibilités d’expansion. Bref, dans les années 80, les grands spécialistes fleurissent. Les commerçants indépendants sentent bien qu’il leur faut réagir et ils se regroupent à leur tour. Mais, il s’agit le plus souvent d’initiatives locales. Nous nous trouvons le plus souvent en face d’un groupe de copains qui souhaitent se répartir les tâches. Gérard est fou de télévision, il achètera donc la télé pour tous. Ensuite, il convient de regrouper les achats par marques pour obtenir de meilleures conditions : "C’était le bon temps", se souvient Gérard Pruvost, (ex-directeur Général du Gitem), "Nous nous retrouvions au café et c’est là que nous faisions les référencements. Plus tard, toujours au même bistrot du coin, nous y convoquerons les fournisseurs".
Darty cause l’arrivée des groupementsCurieusement, c’est l’arrivée de Darty qui précipite le mouvement. Darty est le premier, en France, à acheter en direct. Résultat, il peut pratiquer des prix de vente 20 % inférieurs, ce qui correspond exactement à la marge du grossiste de l’époque. Effectivement dans les années 70, la cascade de marge était impressionnante : aux 20 % du grossiste, se rajoutaient 40 % pour les détaillants. La belle époque, penseront certains. Mais avec un tel système, le petit commerce de proximité était condamné face aux grands. D’autant, ainsi que l’analyse, en 1989, Rodolphe Tasso (Expert Italie), la distribution traditionnelle était faible, dispersée, avec des magasins de petite taille, statiques et immobiles. Une seule solution, acheter en direct ! A noter que la problématique n’était pas uniquement française, mais européenne. Ainsi naquirent le Gitem en 1971 (sans doute le plus ancien des groupements de détaillants actuels), France Audio Vidéo en 1981 (ancêtre de Digital qui voit le jour en 1987). Expert, vit le jour en Suède en 1961 et fut fondé au niveau européen en 1967, puis fit une première tentative en France en 1981 avec Cart-Expert qui déposa le bilan en 1983 (preuve que même à l’époque rien n’était facile) avant de renaître de ses cendres, de par la volonté d’un groupe de 20 adhérents en Rhône-Alpes qui créèrent Expert France en 1986. N’oublions pas non plus dans les pionniers, les coopératives de quincailliers (comme la Qatec, créée en 1956, Socoda en 1976 et bien d’autres). Historiquement, les quincailliers, les notables du village, vendaient également les cuisinières bois-charbon. Par ce biais, ils devinrent, pour beaucoup, électroménagistes (notamment pour les produits blancs tandis que les électriciens alimentaient les commerces de brun). Dans les années 60, nous assistons à la naissance des coopératives de Copamétal et de Gémo qui fusionneront en 1983 pour donner la Sapec (Domaxel). D’autres, comme Catena, furent des acteurs importants de l’électroménager avant de se tourner vers le bricolage. Mais la grande vague des groupements vit le jour à partir de 1987 avec l’apparition de groupements nationaux, le plus souvent sous l’impulsion de groupements de grossistes.
Les groupements de grossistesLa genèse des groupements de grossistes répond à des conditions radicalement différentes de celles des groupements de détaillants. Pour eux l’arrivée des grandes surfaces, notamment alimentaires, fut tout d’abord une aubaine. En effet, les fournisseurs, n’ayant pas la logistique adaptée pour les livrer, en sous-traitaient la gestion aux grossistes, lesquels ne furent pas plus regardants à cette époque-là que maintenant. En effet, ce faisant, ils allaient à l’encontre des intérêts de leurs principaux clients, les détaillants. Bien souvent en pratiquant des coups, ils ont eux-mêmes affaibli la branche sur laquelle ils étaient assis : ils n’hésitaient pas à aller acheter à Bruxelles ou à Anvers des marchandises qu’ils revendaient ensuite aux hypers (hé oui, l’histoire n’est qu’un éternel recommencement !). "Ce marché s’appelait le Parallèle se souvient René Thiery (ex-connexion). D’ailleurs, les grossistes de l’époque ne se contentaient pas d’acheter à l’étranger, ils écoulaient ensuite les marchandises hors de leur secteur. Ainsi les grossistes du Nord alimentaient sur leurs surplus, à prix cassés, d’autres régions, ou à l’inverse, ils exportaient avec l’aide de fournisseurs nationaux". Mais tout le malentendu du grossiste réside dans le fait qu’à partir du moment où ses marges se sont réduites, il lui a fallu trouver de nouveaux débouchés. Rien de répréhensible à cela, sauf, qu’il a toujours (sauf de rares exceptions comme Disposelec) refusé de pratiquer la transparence et le plus souvent menti à tout le monde ! Pascal Péghaire qualifie les plates-formes de cette époque de "grossistes passe-plat" car ils n’assuraient aucun service se contentant d’un rôle d’intermédiaire !
Non au grossiste "passe-plat"Une dizaine d’années plus tard, la problématique de la livraison des GSA se transforma en cauchemar. En effet, entre temps, les fabricants s’étaient organisés, les GSA également (certaines possédaient des entrepôts) et les livraisons commencèrent à se faire en direct. Cette nouvelle configuration ne laissant pas de place au grossiste, il fut purement et simplement remercié par des fabricants lassés de leurs mauvaises pratiques. Cela commença par le brun dont le rapport poids/valeur ajoutée facilitait des livraisons en direct et dont la durée de vie rapide des produits nécessitait des réseaux le plus court possible. Les grossistes bruns de cette époque (1985-1989) se sont généralement adjoints une activité blanc ou se sont tournés vers l’électricité, le sanitaire ou la cuisine. Certains réagirent en pensant à la taille critique et se mirent à racheter systématiquement leurs confrères. Ce fut notamment le cas de Pro, de Cocelec (qui commence en 1984 en rachetant le grossiste Humbert à Nevers, ce qui donnera plus tard naissance à Extra) et de Findis. A noter que déjà, en 1984, Cocelec regroupe ses magasins de détails dans une seule et même société Comelec. D’autres décidèrent de s’associer : ainsi naquit en 1976, Coprame qui fut sans doute le premier groupement de grossistes. (A noter qu’ils mettront près de 15 ans avant de passer à la notion d’enseigne). Mais tous n’ayant pas les moyens (ni la volonté de faire cela), ils se tournèrent alors vers leur clientèle de base, les détaillants. Comment d’une part les fidéliser et d’autre part augmenter leur encours avec eux ? Alors, tel le messie, surgissent deux célèbres gourous marketing de l’époque Olivier Frémeaux et Ferdi Pauwels qui leur apportèrent la réponse : "Euréka, il suffisait de créer une enseigne". Bien évidemment, chaque grossiste voulant la sienne, elles furent d’abord régionales. C’est ainsi que le métier vit fleurir des Exact, Adena, Nordica, Ornor, Esma, Domanial, Tigma, Texma, Cena, Orca, Garant, Hilde, Club Confort, etc. C’est alors que le grossiste Eberhardt lança l’enseigne Domial (enseigne régionale). Les Dubosts la trouvèrent dans la corbeille de mariée lorsqu’ils le rachetèrent (en 1997) et l’utilisèrent comme enseigne nationale pour fédérer les anciens adhérents Proxi-Confort clients des plates-formes de Comafranc que Cocelec rachète en 1999. Elle sera d’abord lancée régionalement, en 1998, dans l’Est, après le rachat l’Holh et Danner et de HD Distribution à Mundolsheim. Ceci concernera 120 adhérents. En 1989, Jean-Michel Kuta (Gitem) exécuta toutes ces tentatives d’enseignes régionales en les qualifiant d’enseignes lumineuses ! La même année, visionnaire, André Bousquet déclarait : "La pérennité d’un grossiste passe par celle des détaillants qu’il sait fédérer. Il doit être capable d’offrir un réseau et une politique". 20 ans après, cette remarque est toujours valable et certains pourraient en prendre de la graine !
Ainsi naquirent les enseignesEn recherchant dans nos archives, nous avons trouvé que le tout premier groupement de grossistes fut le Lama. Il donna naissance à Chaîne Direct, groupement de détaillants qui vit le jour à Vichy en 1961 (créé par le charismatique Jacques Dubost). Il généra également l’enseigne Neva qui donna naissance à une MDD dont certains se souviennent encore, Nevada. Il peut être considéré comme l’ancêtre d’Extra qui ne fut lancé qu’en avril 1990 (avec une centaine d’adhérents) dans un grand hôtel parisien avec comme symbole une montgolfière qui s’élevait dans les airs !
La première enseigne de groupement, existant encore, le Gitem vit le jour en 1971. Elle fut portée sur les fonts baptismaux par Emile Foligné qui fédérait 7 coopératives (y compris Elco) et regroupait 12 000 points de vente. Le Gitem avait donc 20 ans d’avance ! A noter que le Gitem n’échappa pas au débat enseigne régionale ou nationale lorsque fleurirent les enseignes régionales. Ainsi la Scame quittera le Gitem pour lancer son enseigne régionale "Garant". L’échec sera au rendez-vous et elle reviendra très rapidement dans le giron nourricier. De 1971 à 1988, le Gitem n’est qu’un groupement d’achat, il ne commencera à devenir une enseigne qu’à partir de la création, en 1985 du concept Force G, mais ce n’est qu’à partir de 1989 avec la naissance du BCG (Bureau Central Gitem) que l’enseigne Gitem sera véritablement mise en musique. A noter que, de par sa formule coopérative, le Gitem est à ranger, nous l’avons vu dans la catégorie des groupements de détaillants. Dans le même temps, le deuxième projet (après Chaîne Direct) d’une enseigne nationale de grossiste (considérons le Gitem comme une enseigne de détaillant) fut sans conteste "Pro & Cie". "A la fin des années 1970, la propriété de l’enseigne était partagée par 5 grossistes et nous étions prêts à lancer une enseigne nationale" se souvient Pierre Thuillier. "Si la scission avec la Trame n’était pas intervenue, nous aurions eu plus de 20 ans d’avance sur toutes les autres enseignes !". Cette scission eut pour conséquence que Pro racheta tous ses grossistes. L’enseigne ne vit le jour qu’en 1980, avec tout de même près de 10 ans d’avance sur la plupart de ses confrères. Elle fut fondée par 4 dissidents de la Trame : Louis Thuillier (le père de Pierre), Pierre Aurieux, Jean-Marie Bertrand et Donatien Rault.
Nous avons parlé plus haut de la naissance d’Expert France en 1986 (avec un petit nombre de détaillants régionaux). Philippe Tharaud, lorsqu’il rachète la quincaillerie Bègue en 1987, comprend l’intérêt pour un grossiste de générer une enseigne nationale, d’autant qu’il trouve également dans la corbeille l’enseigne Proxi Confort. Crée en 1984, comme enseigne régionale du grossiste Duval à Amiens (Claude Duval y exercera des fonctions longtemps après que son affaire eut cessé son activité). Très rapidement, en 1991, elle prend la forme d’un GIE (et devient nationale) qui comprend 12 grossistes (dont Léger au Mans). Petit à petit, les grossistes partiront ou disparaîtront jusqu’à la scission qui donnera naissance à Axtem, mais n’anticipons pas. Une mention toute particulière pour Comafranc (qui détenait Gomichon, longtemps Président du GIE). Exception dans le métier, ce grossiste n’était pas vraiment spécialisé en Electroménager. Il trouva avec Proxi Confort le moyen de créer une véritable division Electroménager. Mais lorsqu’il revendra ses 7 plates-formes à Cocelec en 1999, ainsi naîtra Domial (la deuxième enseigne d’Extra).
A noter que Philippe Tharaud vient de revendre son affaire à Philippe Jumentier. Avec lui, les méthodes de la grande distribution s’invitent chez les groupements puisqu’il fut, auparavant, de 2000 à 2004, Directeur Général de Conforama. En 1989, la naissance de l’enseigne Pulsat est officiellement consacrée sur le plan national. En effet, elle avait déjà débuté, sous le manteau, le 21 janvier 1985. Maurice Bardou avait en effet regroupé quelques grossistes dans la région Midi-Pyrénées. Qui se souvient qu’en 1959 Maurice Bardou était préparateur en pharmacie ? C’est en rencontrant sa future épouse, secrétaire d’un grossiste nommé Dumontier qu’il tombera également amoureux du métier. Il épousera donc sa secrétaire et le rachètera !
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