Les Rencontres du Commerce Associé se sont déroulées à la Cinémathèque française au pied du métro Bercy à Paris.
Olivier Dauvers animait le débat "Quand les entrepreneurs s’engagent" avec ici, de gauche à droite, Yves Martin-Delahaye, Président du directoire Gedimat, Jean-Louis Bancel, Vice-président délégué du groupe Crédit Coopératif et Jean-Bernard Peylet, Responsable développement durable chez Espace Revêtements.
Erik Orsenna a apporté un élément structurant au débat : le durable est compatible avec le global.
Guy Leclerc, Président de la FCA, animait le débat avec Michel-Edouard Leclerc, co-président des centres E.Leclerc, "Développement durable et Commerce Associé : des valeurs communes".
Alexandra Bouthelier a mis de bonne humeur son auditoire en présentant les chiffres du commerce associé.
Laurent Francony, Responsable qualité enseigne chez Système U.
La Fédération du Commerce Associé s’est transformée le temps d’une
matinée en rassemblement de militants pour un développement durable et
écologique. De Leclerc à Gédimat en passant par Espace Revêtement, tous
reconnaissent la nécessité d’une démarche de qualité. Naviguant déjà
sur un réseau porteur avec + 4,9 % de progression en 2008, le commerce
associé s’offre ainsi de belles perspectives d’avenir.
Annabel BENHAIEM
Confortique Magazine
n° 211 juin-juillet 2009
Les chiffres du Commerce Associé pourraient donner le vertige aux entreprises et aux réseaux qui subissent la crise de plein fouet. + 4,9 % de progression sur l’année 2008, malgré un quatrième trimestre difficile. Guy Leclerc qualifie ces chiffres de très belle performance. Le secteur crée la même année 13 825 emplois. Depuis septembre, la performance du Commerce Associé est supérieure au marché (- 0,3 %). Aucun secteur n’accuse une croissance négative, l’alimentaire fait même figure d’exemple avec ses + 6,1 %. Le chiffre d’affaires global s’élève à près de 118 milliards d’euros. Guy Leclerc ne manque pas d’ajouter : "Si le quatrième trimestre avait été bon, nous aurions atteint les 120 milliards". Fichue crise… Le nombre de points de vente n’a pas beaucoup augmenté, mais ils ont créé plus d’emplois que les centrales, contrairement aux années précédentes.
Pour Alexandra Bouthelier, Déléguée générale de la FCA, le maillage territorial du Commerce Associé est abouti, les transmissions sont corrélées aux départs à la retraite, les adhérents restant en moyenne une vingtaine d’années.
Objectif transmission
Les transmissions sont un sujet qui tient au cœur de la Fédération. Elle a identifié trois écueils à éviter pour les cédants et les repreneurs. Le premier réside dans les difficultés rencontrées lors de la recherche de financement. La FCA a mis en place avec la Socorec un financement accompagnant les groupements grâce à des systèmes de prêt participatif. Le deuxième est d’ordre plus psychologique, puisqu’il s’agit de la demande de conseils. Selon une étude de la Chambre de Commerce, 34 % des repreneurs souhaitent obtenir des avis extérieurs et 58 % d’entre eux aimeraient être mis en relation avec des spécialistes. Le troisième écueil évoqué reste l’entente entre cédant et repreneur. Une bonne transmission est la somme d’une addition particulière : le cédant doit être d’accord pour transmettre son entreprise en confiance et le repreneur doit pouvoir bénéficier de ses conseils. Face à ces excellents résultats, la FCA a tiré une conclusion innovante : puisque le système a résisté à la crise, il est résolument durable. La Fédération s’est ainsi attachée à faire du développement durable sa nouvelle ligne politique en ajoutant une touche personnelle : un quatrième pilier, l’économie. Il vient renforcer le concept déjà soutenu par les notions de gouvernance, d’environnement et de social.
Ainsi, les rencontres du commerce associé lors de la matinée du 12 mai se sont déroulées sous la bannière du développement durable.
"Cette matinée représente pour nous l’opportunité de prendre du recul par rapport à la crise et d’aborder un thème stratégique, le développement durable. Il vient se frotter à notre modèle économique largement défaillant ces derniers temps", a fait remarquer Guy Leclerc en introduction. En octobre 2008, la Terre a atteint un seuil critique : nous consommons plus de ressources naturelles que la planète n’en produit.
Un académicien durable
L’écrivain Erik Orsenna, farouche défenseur de Gaïa, était l’invité d’honneur de cette rencontre. Il a brillamment exposé deux de ses conclusions quant au développement durable. La première : malgré la mode du global, "le local résiste mieux qu’on ne croyait". A l’époque de l’effondrement du mur de Berlin, on pensait que l’uniformité traverserait le monde. Mais non. Les inégalités se creusent et laissent apparaître des mécanismes locaux de plus en plus présents. La seconde conclusion, Erik Orsenna l’a élégamment subtilisée à Claude Lévi-Strauss. L’œuvre de l’anthropologue a balancé entre la diversité de l’Homme et la similarité de tous. Face à cette dichotomie primaire, quelle serait la zone pertinente de solidarité dans un marché global ? se demande Erik Orsenna. Selon lui, la nécessité d’en savoir plus que le périmètre de son métier s’avère nécessaire. Afin de parler de développement durable dans son entreprise, il faut s’intéresser à la science. "Le but est de devenir intelligent !", s’exclame l’écrivain, "il s’agit d’une démarche en deux étapes : croire en ce que l’on fait ou produit et tirer les conclusions de ses expériences pour ne pas réitérer ses erreurs".
La formule paraît simple, pourtant, elle a été largement reprise lors de cette matinée par les différents intervenants, comme un leit-motiv que l’on aurait du mal à mettre en application. L’académicien a conclu, un brin alarmiste, par une phrase que tout le monde a déjà entendue mais que chacun écartait jusqu’à présent d’un revers de main : "nous n’avons pas le choix, si nous ne réfléchissons pas durable, il n’y aura plus de croissance."
Agir et réagir face à consommateur intelligent
La crise financière mondiale aura eu ce mérite de modifier les comportements d’achat, souligne Elizabeth Pastore-Reiss, fondatrice et Directrice de l’agence Ethicity, spécialisée dans le conseil en marketing et communication éthique. Du superflu, nous passons à la consommation raisonnée, comme si les acheteurs avaient eu besoin d’une bonne secousse pour se réveiller avant le séisme. Du coup, les entreprises s’y mettent également. Et l’éthique est devenue une notion que les consommateurs considèrent comme due par les entreprises. Ils commencent à se tourner à nouveau vers les petites structures, celles à qui on accorde plus facilement sa confiance. Les citoyens veulent de la "traçabilité humaine et environnementale", ils se situent plus dans une problématique d’usage que sur de la possession. 20 à 25 % des Français mettent en pratique ce qu’ils disent en matière de développement durable.
Le durable chez les grands
A cette table ronde, fabricants et enseignes se sont donné le mot : "nous avons déjà entamé un processus de développement durable au sein de notre réseau". Chez Gedimat, le directeur général estime être au cœur de la démarche durable et ne compte pas laisser passer les trains, avec cette volonté affichée de "faire partie de la locomotive". Système U a mis au point un centre commercial Haute Qualité Environnementale, sans pour autant savoir si les gains énergétiques pourront se répercuter sur le chiffre d’affaires. Stéphane Benamou a pourtant fait ce pari pour le magasin des Arcs dans les Alpes. Panneaux solaires, ampoules basse consommation, récupération de l’eau de pluie, etc.
La chaîne hôtelière Best Western est allée jusqu’à créer un outil de management lié au développement durable de l’enseigne. Le coût augmente pour l’enseigne, mais la démarche garantit aux clients, entre autres, que les savons et autres produits de lavage disposés dans sa chambre ne pollueront pas les nappes phréatiques.
Laurent Proy, Directeur général de l’enseigne de fournitures de bureau Majuscule, affirme avoir référencé avec son équipe une association de labels indépendants afin de mettre en avant des produits ciblés et de rationaliser le rapport de l’économie de l’entreprise à l’environnement.
Michel Edouard Leclerc a révélé, dans un discours anti court-termiste, son intention de faire de son réseau le fer de lance du développement durable, sans pour autant abandonner l’idée de réaliser des bénéfices à partir de cette notion.
Réconcilier économie avec écologie a semblé possible l’espace de quelques heures en compagnie de ces acteurs désireux de construire leur identité de marque autour de concepts sains bien que très à la mode. •