Club du design
L'ordinateur dans le collimateur

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L’électronique grand public a une capacité de mutation perpétuelle et rapide, digne de Flash Gordon. Cet univers est si prompt au changement que les auteurs de l’excellent ouvrage Domovision 2009-2014, Gérard Laizé et Frédéric Loeb, nous laissent imaginer que demain l’ordinateur, tel que nous le connaissons aujourd’hui, sera passé de mode. D’ici à cinq ans, le Web version 4.0 l’aura rendu obsolète. L’informatique passera du stade d’appareil à celui de simple fonction. Sans compter l’accélération qui sera donnée à la robotisation. Bluff ou vraisemblance ?

Annabel BENHAIEM
Confortique Magazine
n° 207 février 2009

 


Le design est l’affaire de tous dans l’univers de l’électronique grand public. Le VIA, Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement, recourt chaque année à des prospectives sur nos modes de vie dans le futur. Ces anticipations ont cette qualité de reposer sur des études sociologiques approfondies et des connaissances éminentes en matière d’équipement de la maison. Dès lors, les auteurs se sont arrogé cette lourde tâche de prévoir ce qu’il adviendra de notre cadre de vie d’ici à cinq ans. Et la conclusion de cette étude oscille entre un futurisme digne d’un roman fantastique et une réalité de plus en plus accro à la fulgurance des nouvelles technologies.

Trois chapitres de l’étude sont consacrés à l’évolution de ces technologies. Le premier explique de quelle manière les ordinateurs sont amenés à disparaître et décrit le cheminement de son obsolescence. "L’Internet a connecté des ordinateurs entre eux, le World Wide Web a relié des documents entre eux en créant des liens "hypertextuels". La convergence de l’ère numérique a fait de l’Internet un "trou noir" qui a absorbé le courrier postal, la télévision, la téléphonie, la presse, la banque et même les réseaux humains. Le succès des blogs et des sites relationnels fait de l’Internet un créateur de relations et d’opinions entre les Hommes. Médias de masse et médias des masses cohabitent à présent. Les cibles à atteindre sont de plus en plus nombreuses, tout comme les producteurs de contenus. On pense qu’en 2010, 70 % des contenus en ligne seront produits par des individus et non des organismes institués. L’encyclopédie Wikipédia 2.0 constitue un bon exemple de cette nouvelle gestion de l’information par les "pronétaires", les prolétaires du Net, qui le font vivre gratuitement au quotidien. Une erreur dans Wikipédia est corrigée en moyenne en deux minutes." Cependant, la qualité de l’information ne pourra que ressentir les mauvais effets d’un traitement trop rapide et d’une vérification des sources approximative. L’information est une donnée précieuse que seuls des professionnels peuvent transmettre. Cette évolution de nos modes de vie ne va pas dans le sens de la véracité et de la vérification des informations, stades essentiels à la qualité de ce que nous ingurgitons chaque jour.

 

Le Web sans machines

L’étude continue sa démonstration en ces termes : "Le Web 2.0 permet la convergence entre les applications, l’agrégation de sites en méta-sites, véritables petits mondes autonomes. Le Web 2.0 installe Internet sur le téléphone et le "Peer-to-Peer", les relations directes entre les internautes. Près de 60 % des Français de 15 à 24 ans, leaders d’opinion en la matière, sont favorables à un terminal unique. Dès à présent, nous assistons à la construction d’un GGG, Graph Global Géant, selon Tim Berners-Lee, l’inventeur des trois "w". Cette nouvelle abstraction d’analyse permet de représenter les liens entre les interactions des différentes personnes membres de communautés en ligne. Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, propose quant à lui le concept de "Social Graph", ensemble des relations entre toutes les personnes du monde entier. Une approche sémantique transformera cette abstraction multidimensionnelle en métadonnées, compréhensibles par des machines. Sous réserve de compatibilité des systèmes gérant les réseaux communautaires entre eux, une page nouvelle s’ouvrira dans les relations entre les hommes. Les machines et les réseaux seront capables d’analyser les contenus des documents échangés, donc des contenus émotionnels auxquels ils réagiront sous forme d’opinion, voire d’émotion. La publicité et les techniques de marketing bénéficieront d’outils d’analyse et de séduction d’une précision et d’une efficacité inédite… si les internautes laissent les acteurs économiques entrer dans l’âme collective de leurs données personnelles."

Ces perspectives font froid dans le dos. A cette étape du raisonnement, l’espoir émerge qu’il ne s’agisse là que de prospectives, non réalistes…

"A un horizon de dix ans, le Web 3.0 aura encore renforcé l’interactivité inouïe du Web 2.0, cet accès de tous à (presque) tout. Le Web 3.0 systématisera le développement sur des terminaux fixes ou mobiles des applications connectées, les Widgets (wired objects). Le Web 4.0 fera disparaître la notion d’Internet. La circulation d’informations en ligne deviendra aussi indispensable et banale que l’électricité. Des produits physiques dont le design et l’ergonomie restent à inventer feront oublier la notion même d’ordinateur ou de site Internet. Les progrès stupéfiants de l’animation virtuelle soutenue par l’engouement pour les jeux vidéos laissent même envisager une ergonomie intégrale sans relais entre l’homme et la machine, si ce n’est une paire de lunettes à vision stéréoscopique."

 

Les nanotechnologies

L’étude précise encore que les progrès enregistrés par les techniques de stéréolitographie ont engendré de véritables imprimantes en trois dimensions, qui matérialisent des fichiers informatiques en objets qui peuvent intégrer jusqu’à seize couleurs. Selon le site Internet Zedax.ch, "La stéréolithographie est un procédé de prototypage rapide. Les données CAO d’un objet sont découpées en couches très fines et envoyées à la machine. Un faisceau laser ultraviolet est ensuite mis au point sur la surface de la cuve de photopolymère liquide. Le laser dessine une tranche de la pièce, transformant une fine couche de plastique liquide en solide. La couche est ensuite abaissée dans la cuve et recouverte de photopolymère liquide, le laser dessine la tranche suivante au-dessus de la précédente. Le processus continue, couche par couche, jusqu’à ce que la pièce soit terminée".

Ensuite, continue l’étude, de "nouvelles caméras capables de percevoir le mouvement ont permis le développement des surfaces computeurs avec interaction entre l’Homme et des images projetées ou rétroprojetées. Le meuble devient écran ou l’écran support de vie."

"Les notions même d’objet et de matière changeront, car les nanotechnologies permettront leur reproduction infinie et parfaite, leur adaptation, leur transformation de l’intérieur. On peut imaginer des micro-usines produisant des micro-engrenages, des liftings du visage, des machines à produire des légumes survitaminés…" et tant de folies que l’on ne peut encore aujourd’hui imaginer.

 

Un robot domestique par foyer

C’est la Corée du Sud qui imagine d’ici à 2015 pourvoir chaque foyer d’un robot domestique. Partisane de la théorie japonaise qui souhaite personnifier les robots, voire les humaniser, pour mieux les accepter dans notre environnement, au détriment de la théorie allemande, qui cherche au contraire, "à simplifier au maximum la technologie pour une plus grande efficacité possible, sous forme d’ordi-robot". Les robots de la mouvance anthropomorphique génèrent moins de stress, plaisent et stimulent davantage le caractère participatif des "vrais" humains. Cette théorie reste cohérente avec la culture animiste des Japonais qui confère une âme aux objets. L’étude Domovision explique que les évolutions récentes en matière de robotique sont impressionnantes. Un groupe de chercheurs de l’école d’ingénieurs de l’Université d’Osaka, au Japon, a mis au point un dispositif prometteur pour le baladeur numérique d’Apple. Baptisé Kome Kami Switch (interrupteur temporal) et relié à des capteurs infrarouges fixés sur les lunettes ou les écouteurs, le système détecte les mouvements de la peau lors du clignement des yeux de l’utilisateur et génère des signaux électriques permettant de contrôler le baladeur. Par exemple, un clin d’œil gauche d’une seconde permet de revenir au début du morceau, tandis qu’un clin d’œil droit permet de passer au morceau suivant. Le fait de fermer les deux yeux en même temps permet de mettre en pause ou de redémarrer la lecture. "Même si la généralisation des robots de service, de compagnie pour les personnes âgées, explique l’étude Domovision, devrait nécessiter de nombreuses années, le Japon a fait en 2006 de cette robotique une des sept priorités industrielles pour le XXIe siècle. (…) Bill Gates, de son côté, prévoit que le marché de la robotique sera aussi prometteur que celui de la micro-informatique voilà 30 ans."

Ces prospectives ont le mérite de prendre en compte tous les paramètres de notre société actuelle, mais elles donnent parfois le sentiment de s’inspirer de romans fantastiques. Aussi, la mort annoncée de l’ordinateur semble quelque peu irréaliste, en tout cas sur les 5 prochaines années.  •

 

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