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Special 20 ans |
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Si pour fêter ses 150 ans, le groupe Seb se focalise sur son approche design pour s'améliorer sans cesse, si Electrolux met en place un Design Lab destiné à promouvoir les jeunes générations de designers riches d'idées, et si enfin en 2001 le Centre Pompidou a organisé une exposition sur l'évolution de l'électrodomestique, à l'instar du Moma (Museum of Modern Art) à New-York en 2007, alors, le design peut aujourd'hui prétendre être un enjeu pour les marques. En 20 ans, cet "art" a fait son chemin, passant du statut d'ornement luxueux à celui de discipline indispensable. Comment y est-il parvenu ?
Annabel BENHAIEM
La célèbre designer des années folles, Charlotte Perriand, disait en son temps : "le sujet du design n'est pas l'objet, c'est l'Homme". Cette phrase révolutionnaire pour l'époque a inspiré la mécanisation des ustensiles de la vie domestique, grâce à l'invention du moteur électrique éliminant tout effort, alors qu'au XIXe siècle, c'était la main qui accompagnait les mécanismes. Simultanément, les sciences appliquées généraient des appareils sans précédent qui permettent, par exemple, l'enregistrement et la restitution du son ou de l'image ou bien la communication à distance. Des années 1970 à 1990, le design a perdu sa destination première, soit de faciliter la vie quotidienne. Il s'est perdu dans les méandres du luxe et de la starification de ses auteurs. Depuis peu, le design tel qu'on l'entendait au départ reprend du galon dans les stratégies des marques. Pour Anne-Marie Boutin, Présidente de l'APCI (Agence pour la Promotion de la Création Industrielle), "l'utilisateur revient au cœur du design". Toujours selon elle, "suite aux délocalisations des années 80 et 90 des sites de production des entreprises vers des pays où la main d'œuvre coûte moins cher, les sociétés dont le siège social est resté dans les pays industrialisés ont dû repenser leur stratégie et réfléchir sur la valeur ajoutée qu'ils pourraient développer en amont et en aval de la production". Dès lors, "la compétitivité ne se joue plus dans la cour des coûts de fabrication, mais bien sur la créativité des designers, l'identité et l'image de la marque. Le fait est que les entreprises ayant décidé d'ériger le design en élément-clé et de se risquer sur un travail en amont, ont obtenu de meilleurs résultats à la vente et en terme d'image de marque grâce à une dynamique plus innovante et plus compétitive", ajoute Anne-Marie Boutin. Des marques comme Moulinex, Seb ou Braun ont su intégrer dans leur processus de fabrication cet élément. "L'APCI a milité pour l'émergence de cette vision du design et a communiqué auprès des entreprises de la manière suivante : si vous choisissez bien votre designer, il saura optimiser votre produit, le rendre ergonomique puisqu'il participera au choix des matériaux. Dès lors, il pourra réduire le nombre de pièces, économiser de l'énergie et réduire les coûts de transport liés au poids du produit", continue la Présidente de l'organisme. S'offrir les services d'un designer ne coûte pas forcément cher et il peut rapporter beaucoup car il se penchera sur les problématiques que les consommateurs vivent quotidiennement et cherchera la solution la plus pragmatique. La vision de Gérard Laizé sur le sujet s'accorde avec celle d'Anne-Marie Boutin. Animant une conférence sur l'évolution du design lors de la journée consacrée aux 150 ans de Seb, le président du VIA (Valorisation de l'Innovation dans l'Ameublement) s'est penché sur l'évolution du design. Selon lui, "le designer est passé du statut d'habilleur de produit à celui de concepteur d'objets utiles, efficaces et beaux. Le design est devenu cette synthèse entre la fonction et l'émotion permettant de remettre l'Homme au centre de sa réflexion". D'anciens designers du groupe Seb comme Pierre Paulin témoignent de la volonté de Seb de s'entourer de créateurs : "En 1984, moi et l'équipe avec laquelle je travaillais avons créé le fer Jet Line pour Calor. Pour repasser, il fallait asperger d'eau les vêtements pour créer de la vapeur. J'ai proposé d'incorporer un réservoir d'eau au fer Jet Line. Aujourd'hui, c'est la norme, mais il fallait y penser et Seb nous a offert cette opportunité". Pour Moulinex, le Studio Barrot Design dirigé par Jean-Louis Barrot a décidé dans les années 1970 de lancer une gamme de fours avec des formes et des couleurs très audacieuses, histoire de sortir de la monotonie du noir, gris et blanc.
Nouveaux enjeuxTrois caractéristiques liées à l'évolution des individus se détachent aujourd'hui dans l'univers du design, la globalisation, le vieillissement de la population et l'éco-conception. La commissaire de l'exposition qui s'est déroulée en 2002-2001, "les bons génies de la vie domestique" au Centre Georges Pompidou, l'affirme : "la production industrielle propose au consommateur des objets techniques utilitaires complexes, dont l'impact sur la vie quotidienne se manifeste de manière importante. Produits en très grande série, ils contribuent par leur diversité d'applications à l'évolution des modes de vies". De fait, les appareils ménagers sont partie intégrante d'un nouvel univers environnemental qui se dessine dans lequel des changements sont perceptibles et qui affectent l'ensemble de la société dans la manière de produire, d'habiter, de travailler, de communiquer. Il ne s'agit pas d'une question de style ou de fonctionnalisme, mais de quelque chose de plus profond qui influe sur la manière d'organiser l'espace et les équipements qui le composent. Une entreprise comme Electrolux ne se contente pas de surfer sur la vague du design mais cherche à l'intégrer dans sa stratégie, à l'instar de Seb. La création de son Design Lab et sa volonté de rechercher des solutions respectant l'éco-système en témoigne. A l'issue de la sélection qui opposait plusieurs étudiants en design pour le Design Lab, c'est le Hongrois Levente Szabo qui a remporté le concours avec sa machine à laver le linge fonctionnant avec des noix de sapindus Mokorossi. Ces fruits sont riches en saponine, un détergent naturel antibactérien et qui protège le noyau. S'inspirant des techniques de lavage propres à l'Inde et au Népal, ce jeune designer a souhaité se débarrasser de tout détergent soupçonné, à raison, de polluer nos nappes phréatiques. Hypoallergéniques, ces noix sont placées dans un bac et un kg suffit pour tenir une année. "Aujourd'hui, on ne distingue plus le design de l'éco-design", affirme l'élève, "chaque entreprise doit encourager ces initiatives".
Du nouveau design aux objets amicauxLes années 70 à aujourd'hui ont contribué à cette évolution vers un design à visage humain. Ainsi, en 1975 apparaît le "nouveau design". Au chapitre de l'environnement quotidien, deux influences marquent cette décennie : la poursuite du fonctionnalisme et le retour du décoratif au sujet duquel on parle de "nouveau design". En Italie, par exemple, Alchimia puis Memphis s'engagent dans la recherche d'un nouveau cadre de vie où le ludique tend à l'emporter sur le fonctionnel. Par ailleurs, le "made in Japan", ayant donné le ton, la miniaturisation et la neutralité des formes et des couleurs aboutissent à la "boîte noire" comme le démontrent les éléments des nouvelles chaînes hi-fi. La poursuite du fonctionnalisme est évoqué au travers de la bibliothèque Carltonet tandis que le décoratif revient avec le lampadaire Ashokad'Ettore Sottsass pour Memphis (1981), mais aussi la table pliante Dole Melipone de Philippe Starck pour Xo (1985). Parmi les appareils nous retrouvons le micro ordinateur Apple II C dessiné par Frogdesign en 1984, l'appareil photo Olympus XAZ(1979). Puis vient le temps des objets "amicaux" de 1990 à 2000. En ce qui concerne le mobilier et plus généralement le cadre de vie des années 90, de nouveaux rapports affectifs basés sur la couleur, le toucher et même l'odorat se mettent en place entre l'objet et son utilisateur. De nouvelles performances entrent dans la maison : écran de télévision ultraplat, miniaturisation extrême d'un caméscope numérique, table de cuisson à induction... L'attrait des designers et des fabricants pour des matériaux «modernes» ne cesse de croître, ils sont remarquables tant par leur aspect physique que pour leurs propriétés mécaniques. La réalisation de meubles et d'objets fait appel à des procédés de mise en œuvre très élaborés, souvent avec l'aide de l'ordinateur. A l'époque, on remarque la toute récente gamme d'appareils électroménagers Cucina de Philips, le dernier fer à repasser de Moulinex Odyssey, qui côtoient le lave-linge Zoe de Zanussi (1999) et l'aspirateur DC02 de Dyson (1997). Un iMac deuxième génération, le minuscule caméscope DCR-PC1de Sony et l'ultra performant téléphone mobile Mondode Trium/METE nous introduisent dans le nouveau millénaire. Après 2000, quels objets pour demain? Dans un futur proche, tout ce qui relève de la commande à distance, en particulier dans le domaine de la domotique, a connu un développement important. Il en a été de même pour la commande vocale. Par ailleurs, dans différents domaines, on expérimente aujourd'hui la télévision du futur, l'image vidéo accompagnant le téléphone fixe, le nettoyage à sec de la vaisselle par ultrason, les peintures luminescentes, l'arrivée de matériaux intelligents qui modifient considérablement la manière de concevoir les appareils. La prochaine décennie ne devrait pas nous décevoir. •
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