Chiffres & cotes
Sortir de la crise ne sera pas une sinecure

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Comme chaque année, le décalage estival entre nos dates de bouclage et de parution ne nous permet pas de faire figurer nos tableaux et commentaires habituels. Nous en profitons donc pour aborder quelques thèmes forts du semestre écoulé, en les extrapolant a minima.

 Pierre MAIN

Confortique Magazine
n° 212 août-septembre 2009

 
C’est un fait à souligner en rouge : pour la première fois depuis 1945, les premiers signes de reprise économique se manifesteront hors des Etats-Unis. En ce qui concerne le retour à la croissance, non seulement l’Amérique suivra, mais la zone euro se classera bonne dernière, handicapée par une monnaie surévaluée, des déficits records et un chômage massif.

 

Le monde de la finance

La crise purement financière est derrière nous. Le terrain bancaire est largement déminé. Ne subsistent que quelques bombes à retardement dans les établissements allemands et autrichiens, dont les détonateurs se trouvent en Europe de l’Est, laquelle souffre beaucoup et ne se relèvera que péniblement. En revanche, les crédits, octroyés avec une frileuse parcimonie, restent scotchés à l’onde de choc.

 

La reprise, mais oû ?

Il semble bien qu’elle va émerger dans… les pays émergents. La théorie du découplage, infirmée lors de l’effondrement des échanges, redevient d’actualité. C’est en Chine, en Inde, au Brésil, et plus largement dans la zone Pacifique que la croissance sera clairement positive en 2010, selon les experts du FMI et de l’OCDE. Signe des temps : le G7 a vécu ; place désormais au G20. Les facteurs qui soutiennent cette hypothèse sont connus : des systèmes bancaires solides, des réserves de change élevées, une demande intérieure en progrès, de faibles endettements et des exportations diversifiées, souvent aidées par des monnaies faibles.
Un nouveau partage du monde est en route. En Corée du Sud, les "chaebols" (Hyundai, LG, Samsung…) gagnent des parts de marché dans des secteurs hyperconcurrentiels ; et tous les pays émergents renforcent leurs industries de haute technologie, accroissent leur "production" d’ingénieurs. Katmandou, c’est fini ; maintenant, c’est Katmandur.

 

Doute et dollar aux USA

L’Amérique ne peut compter sur sa demande intérieure (les ménages sont occupés à se désendetter) et doit composer avec ses déficits. Reste le dollar, dont la faiblesse organisée profite aux exportations. Or, les Etats-Unis commercent principalement avec les pays émergents d’Asie et d’Amérique latine. La Fed voit ainsi le retour à la croissance se profiler fin 2009. Pertinent ? On peut en effet s’interroger sur l’impact du chômage (10 % fin 2009) sur la croissance. Il ne peut que ralentir la reprise économique, mais la réactivité individuelle et collective est forte outre-Atlantique. Par ailleurs, nous avons une faible idée, en Europe, de la masse de recherches, de projets et d’initiatives en faveur de la protection de l’environnement. La présidence Bush a occulté la prise de conscience des Américains, et leur hâte à combler leur retard dans ce domaine qui va s’avérer fertile en créations d’emplois.

Le dollar, lui, est destiné à garder un profil bas. Le FMI estime qu’il doit rester faible face aux autres devises afin de combler le déficit extérieur, et comme le doute s’installe à propos des capacités du pays à rembourser sa dette, on observe une fuite devant le billet vert qui contribue à son anémie. Ce n’est pas très bon pour les économies de la zone euro, la plus touchée par une parité défavorable. Son seul "allié" indirect est la Chine qui, très impliquée par ses réserves de change, devra soutenir le dollar s’il glisse dangereusement. Cela dit, son statut de monnaie de réserve, s’il est contesté, n’est pas menacé.

 

Déflation ou inflation ?

La demande et la concurrence incitent les industriels et les distributeurs à baisser leurs prix, et un contexte de croissance faible ou nulle, couplé à un chômage croissant, risque d’entrainer la zone euro vers une déflation à la japonaise. Cette vision, rassurante (si l’on peut dire) envers l’inflation, est controversée. Le gouverneur de la BCE, qui a un peu tardé à baisser le taux directeur, garde le doigt sur la détente, prêt à tirer sur le moindre signal d’alerte.

J.-C. Trichet redoute la trilogie : endettement + hausse des matières premières + hausse du pétrole. Dès que la croissance chinoise dépassera les 8 % (taux nécessaire pour que l’Empire du Milieu absorbe les demandes d’emploi d’origine paysanne), l’arsenal anti-inflation sera activé. Et c’est pour bientôt, les 8 %.

A l’appui de cette perspective, l’économiste M. Cicurel estime que la sortie de crise pourrait bien prendre la forme d’une délicate manœuvre entre un contexte économique dépressif et une inflation à deux chiffres. Ce qui est le plus redouté, c’est une envolée des taux à long terme. Outre le fait que l’inflation est une séduisante pratique pour éponger les dettes, les pays les plus endettés seront conduits à hausser notablement les taux de leurs emprunts d’Etat. Par ailleurs, dès que le retour de la confiance se manifestera sur les marchés d’actions, et dès qu’une grande banque centrale relèvera son taux directeur, les taux longs décolleront. Enfin, la masse des liquidités injectées par les banques centrales représente en elle-même un facteur inflationniste. La sortie de crise s’annonce donc d’autant plus complexe qu’une autre variable va intervenir…

 

Le choc social

Dernier wagon de la crise économique, le chômage va gonfler un peu partout, n’épargnant qu’un petit groupe de pays émergents, dont la Chine et la Russie ne font pas partie. Il est confirmé que le taux de chômage atteindra (au mieux) les 10 % aux Etats-Unis et en France, pour toucher les 20 % en Espagne et en Grèce. Le phénomène va freiner la croissance et comporte en germe des tensions aux conséquences imprévisibles. Il est évident que le choc social de la crise est devant nous.

Les solutions classiques - hausse des impôts, réduction des dépenses d’Etat, inflation ou austérité - sont toutes mauvaises. Les seuls remèdes valables sont tout aussi classiques : R&D, innovation, investissements et créations d’entreprises, en particulier dans le secteur PMI-PME. Or ces répliques sont actuellement soit difficiles à mettre en place, soit d’effet de moyen-long terme. Beaucoup d’espoirs sont investis dans les écotechnologies, dont le développement est certain, mais soumis aux mêmes contraintes. Cela va mener les gouvernements dans un couloir de négociations plus ou moins heureuses, et parfois contraires aux politiques mises en place.

 

Le marché boursier

Dans l’ensemble, les marchés sont attentistes et l’aversion au risque perdure. Le rebond des Bourses intervenu au premier semestre est purement technique. Les investisseurs attendent des signes sans équivoque de reprise économique globale. Les analystes s’attendent à une chute des bénéfices des entreprises cotées à Paris de 20 à 28 % pour 2009, et à une progression d’environ 10 à 12 % pour 2010. Cela conduit certains d’entre eux à penser que le marché anticipera cette hausse, ce qui mènerait le CAC 40 autour des 4 000 points fin 2009. C’est plus un vœu pieux qu’une prévision, et la seule certitude se focalise sur le maintien d’une forte volatilité des cours, avec des consolidations ou corrections brutales.

Cependant, on peut penser que le moment est venu de se placer sur des titres de qualité, présents sur des marchés en développement. Parmi ces valeurs, plusieurs offrent des rendements nettement supérieurs aux emprunts d’Etat, avec des perspectives de valorisation à moyen-long terme. C’est investir "utile", d’autant que l’Etat, sur les dividendes comme les valorisations, saura très bien prendre sa part. •

 

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