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Economie mondiale |
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Reprise es-tu là ? Si plusieurs indicateurs concordent pour indiquer un redémarrage imminent, les analystes tempèrent la portée de signaux positifs dont certains ne seraient que conjoncturels et s’interrogent sur la capacité des grandes puissances – Etats-Unis, Europe, BRIC – à tirer l’économie mondiale. Laurent FENEAU
Confortique Magazine
Il y a moins d’un an, à la stupeur quasi générale, l’économie mondiale s’effondrait suite au refus du gouvernement américain de venir au secours de la banque Lehman Brothers. Aujourd’hui, les signes de retour à la normale se multiplient tandis que l’optimisme s’installe sur les marchés financiers. Premier indicateur de ce rebond inattendu, la production industrielle. Partout, celle-ci se redresse ; au point que certains pays comme l’Allemagne, la France et le Japon ont affiché des croissances économiques positives au deuxième trimestre. Il n’en fallait pas moins pour doper les marchés financiers habitués à la morosité depuis la mi-2007… Compte tenu de la violence du choc qu’a connu l’économie mondiale, cette réaction d’enthousiasme est somme toute assez légitime. C’est en tout cas l’avis de Véronique Riche-Flores, Directrice des Etudes économiques de la Société Générale, selon laquelle, "de simples rebonds techniques vont conduire à des ajustements économiques tout aussi rapides que bénéfiques". Ainsi, après des mois de destockage, les entreprises n’ont pas d’autres choix que de se remettre à produire tandis que le secteur automobile, dopé par les plans de relance, agit partout comme un accélérateur de croissance. Premier pays où ces green shoots – signes de reprises – sont repérables : les Etats-Unis.
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Comme aux Etats-Unis, la consommation des ménages dans la zone euro est repartie au deuxième trimestre.
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"Le pire est derrière nous"
Le sursaut dont témoignent ces indicateurs est en effet si inattendu que certains analystes se prennent à rêver d’une reprise économique plus rapide et durable que prévu. D’autres vont même jusqu’à soutenir que gouvernements, théoriciens et statisticiens se seraient peut-être même trompés sur la nature d’une crise qui relèverait plus "d’un choc de confiance" que d’une véritable dépression financière… En attendant, la reprise semble bel et bien là. L’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) confirme une tendance à l’amélioration dans les pays de sa zone, avec des signaux de reprise plus forts en Italie et en France. Selon celle-ci les exportations allemandes ont également enregistré à la rentrée leur plus forte hausse depuis trois ans. Mieux encore, une cinquantaine d’économistes, auteur du Blue Chip Economic Indicators, fait preuve du plus bel optimisme en prévoyant la sortie de la récession pour… ces prochaines semaines. Seule incertitude pour le collectif : "la vitesse, la force et la durée de la reprise économique".
Les têtes pensantes de l’industrie automobile eux-mêmes – pourtant des plus pessimistes il y a quelques mois – se mettent à rêver d’une croissance durable… "Sur de nombreux marchés, nous sommes à peu près en fin de période de récession. On a passé le plus dur notamment aux Etats-Unis et dans les pays émergents", déclarait Carlos Ghosn au Figaro le 9 septembre dernier. Ce qui n’empêche pas le PDG de Renault et de Nissan d’envisager de réduire la masse salariale du groupe de 20 % d’ici la fin de l’année et d’imposer dans l’immédiat 19 jours d’arrêt à ses cadres… Et de préciser, "nous devrions assister à un redémarrage aux Etats-Unis et dans les BRIC au premier trimestre 2010". Il faudra ensuite attendre "la fin 2010 voire le début 2011, pour une amélioration en Europe. Elle sera suivie en fin de course, par le Japon".
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Les exportations ont été gonflées par les ventes de Renault et de PSA qui ont bien sûr largement profité des dispositifs d’aide à l’automobile.
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Incertitude : l’après-plan de relance…
N’en déplaise au numéro un de Renault, les premiers signes de reprise sont d’ores et déjà repérables chez nos amis nippons. Car le Japon est bel et bien de retour ! Il a même annoncé à la mi-août qu’il sortait de la récession avec une hausse de 0,9 % de son PIB au deuxième trimestre, après cinq trimestres consécutifs de contraction. Au cours des deux précédents trimestres, le produit intérieur brut du Japon avait chuté de plus de 10 %. Rappelons que le pays dépend presque exclusivement de la demande étrangère pour sa croissance. Cette fois pourtant, stimulée par un plan de relance extrêmement généreux, c’est la demande intérieure qui l’a tiré de l’ornière. Au final, le rebond est bien effectif au pays du soleil levant. Même les exportations repartent à la hausse… Une excellente nouvelle pour les industriels de l’automobile et de l’électronique, deux des fers de lance de la première puissance exportatrice de l’Asie !
Echaudés, gouvernements et banquiers occidentaux se gardent pourtant de tout optimisme béat. Pour certains, le bout du tunnel est encore loin et la sortie de crise pourrait en effet réserver quelques surprises. La situation française illustre parfaitement ce manque de visibilité sur le moyen terme. Les bons chiffres du deuxième trimestre n’augureraient en rien d’une reprise durable… Si la consommation a bien résisté, c’est en effet d’abord grâce au succès de la prime à la casse. De leur côté, les exportations ont été gonflées par les ventes de Renault et de PSA qui ont bien sûr largement profité des dispositifs d’aide à l’automobile mis en place en Allemagne, en Espagne ou encore en Italie. Au final, "la seule vraie surprise, c’est que partout, les plans de relance se sont révélés plus efficaces que prévu", résume Pierre-Olivier Beffy, Economiste chez Exane BNP Paribas. Et c’est là que le bât blesse, car à moins d’alimenter indéfiniment le tonneau des Danaïdes des déficits, il faudra bien que le secteur privé prenne le relais…
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En Europe, la pénurie de crédit constitue aujourd’hui l’un des principaux obstacles à une franche reprise de l’économie.
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Messieurs les banquiers, tirez les premiers !
Problème : sans reprise substantielle du crédit, l’investissement ne pourra pas redémarrer et le secteur privé ne prendra pas le relais de la croissance. En Europe, la pénurie de crédit constitue aujourd’hui l’un des principaux obstacles à une franche reprise de l’économie. Or, selon certains économistes, le credit crunch va continuer à faire sentir ses effets. Si les banques se défendent d’un manque d’audace pourtant évident, leur grande prudence à octroyer des prêts conséquents aux entreprises pourrait tuer dans l’œuf toute possibilité de relance des investissements.
Face à des capacités de production excédentaires, les ménages européens risquent en outre de ne plus être à la hauteur en 2010. Si leur consommation a en effet remarquablement résisté à la tempête du premier trimestre, c’est avant tout grâce à la désinflation. De l’avis de la plupart des économistes, cette situation ne durera pas. L’Insee s’attend, certes, à une inflation zéro en 2009. Mais, l’institut penche pour un retour de la hausse des prix sur l’ensemble des biens de consommation l’an prochain. La faute au prix de l’énergie – pétrole, gaz, etc. – et au mode de calcul de l’indice des prix à la consommation (IPC). Le pouvoir d’achat des ménages n’en sortira pas indemne, la consommation non plus…
Idem aux Etats-Unis où le léger frémissement de la consommation semble également lié à l’impact à court terme de la prime à la casse. Signe qui ne trompe pas : le niveau de revenus des Américains est resté stable en juillet alors que les analystes anticipaient sur une hausse de 0,2 %. Résultat, l’humeur des ménages, dont la consommation nourrit outre-Atlantique les deux tiers du PIB, n’est pas au beau fixe. L’indice de confiance publié par Reuters et l’Université du Michigan en août dernier, accuse une chute de près de 3 %. Celle-ci s’explique bien sûr par la crainte du chômage qui, malgré un tassement cet été à 9,4 % contribue toujours à la modération des salaires… et des dépenses.
Dans cette équation complexe que pose la reprise, le niveau de l’emploi demeure en effet la principale inconnue. Aux Etats-Unis où il frise les 10 %, on redoute un impact durable sur le comportement du consommateur, avec notamment une forte tendance à l’épargne même si celle-ci a légèrement reculé au cœur de l’été : 4,2 % en juillet contre 4,5 % en juin. Idem en Europe où une dégradation des marchés du travail est attendue pour les prochains mois, en léger décalage par rapport à la reprise en cours. Dans la zone euro comme partout ailleurs, la hausse du chômage, par ses répercussions sur la consommation et le coût de l’assurance chômage, constitue d’ailleurs un puissant frein à la croissance. C’est plus particulièrement le cas en France où le chômage de longue durée concerne plus de 1,2 million de personnes. À noter que le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 15,2 % en un an… Sur les derniers mois, le chômage continue d’augmenter à un rythme soutenu (+6,5 %) du fait notamment de fin de contrats à durée déterminée, de fin de missions d’intérim, mais également de licenciements. À l’inverse, les offres d’emplois durables (plus de six mois) baissent de manière chronique : - 2,6 % en juillet et - 22,5 % depuis un an. Christine Lagarde, ministre de l’Economie, a d’ailleurs prévenu à la fin du mois d’août que la tendance à la dégradation du marché du travail n’est "pas terminée" et devrait "se poursuivre durant quelques trimestres encore…"
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En France, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 15,2 % en un an. |
Une lourde facture de 3 000 milliards de dollars
Enfin, outre celle du chômage, la question des finances publiques est probablement la plus épineuse. Les Etats ont effectivement investi près de 3 000 milliards de dollars, soit 5,3 % du PIB mondial (!), pour soutenir l’activité économique et financière. Certes, peu d’économistes critiquent cette injection massive d’argent tant elle était indispensable pour empêcher l’effondrement général des marchés. Mais son résultat est bien sûr l’envolée de l’endettement public. Si certains pays, comme la Chine, ont de la marge en la matière, ce n’est le cas d’aucune des grandes puissances capitalistes développées…
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Les Etats ont soutenu l’activité économique et financière, avec comme résultat l’envolée de l’endettement public.
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Des BRIC pour consolider la croissance mondiale ?
Bref, entre chômage élevé et diminution de la marge de manœuvre des Etats, le scénario qui se profile n’est pas des plus encourageants. La dynamique des grands pays émergents – bien que la Chine finance déjà une grande partie du déficit américain – peut toutefois constituer une alternative. Les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) affichent effectivement en cette rentrée la même tendance d’un rebond fort des indicateurs de confiance, constatée dans les pays développés. Au deuxième trimestre, par exemple, selon le cabinet Nielsen, les consommateurs des quatre économies émergentes affichent l’optimisme le plus fort concernant une éventuelle sortie de crise. Autre signe positif, la production industrielle est sur la bonne voie en Asie et en Amérique latine avec des progressions significatives de mois en mois. Même les pays de l’Est, pourtant parmi les plus touchés par la récession, commencent à voir ralentir la chute de leur production industrielle. Mieux encore, alors que les exportations se sont effondrées depuis le début de la crise, certains pays émergents ont montré un léger frémissement en juin. C’est le cas de la Chine qui voit ses exportations augmenter de 8,6 % entre mai et juin. Des raisons d’espérer donc…
Il faut toutefois relativiser ces premiers signes de sortie de crise… Les pays émergents, notamment en Asie, sont en effet fortement dépendants de la conjoncture économique des grandes puissances occidentales. Résultat, une croissance américaine et européenne insuffisamment soutenue en 2010 ne permettrait pas aux BRIC de retrouver leur niveau de croissance d’avant-crise. Au-delà, les rebonds importants des indicateurs de ces pays depuis le deuxième trimestre de l’année relèvent avant tout d’un rattrapage mécanique après l’effondrement de la demande en 2008 et ne peuvent être considérés – pour l’heure – comme durables. D’autant que la volatilité de la demande et des prix des matières premières constitue un risque important pour la stabilité économique des BRIC et plus particulièrement encore pour l’Amérique latine. Dans le détail, actuellement orientés à la hausse, ces marchés pourraient subir une nouvelle contraction et freiner la reprise. Enfin, des ajustements pourraient également intervenir sur les marchés financiers des pays émergents. Un nombre croissant d’analystes économiques s’inquiètent par exemple de l’apparition d’une bulle spéculative sur les marchés chinois suite au plan de relance mis en place par le gouvernement…
Bref, on peut sincèrement douter des capacités réelles des pays émergents – et plus particulièrement de la Chine – à tirer la reprise mondiale. Comme en occident, le rebond constaté en Chine, au Brésil et en Inde, tient beaucoup à la relance du secteur automobile. Par ailleurs, le fait que la Chine se porte bien et n’a pas encore été réellement inquiétée quant à son niveau de croissance économique n’est pas des plus rassurants… En effet, les déséquilibres qui sont à l’origine de la crise économique aux Etats-Unis et en Europe subsistent encore du côté de l’Empire du Milieu. C’est le cas de la bulle financière évoquée plus haut, mais également de la bulle immobilière. Au final, si la crise a eu le mérite d’assainir les économies des puissances occidentales, rien n’a été fait dans ce sens à Pékin. Et il n’est pas interdit d’imaginer un scénario catastrophe bis – crise de l’immobilier, crise du crédit et crise financière – pour la Chine en 2010. Dans cette hypothèse, les Etats-Unis seraient les mieux placés pour insuffler une croissance durable. Autrement dit, si le pire est derrière nous, mieux vaut garder un œil dans le rétro et l’autre sur la ligne d’horizon… La reprise est là certes, mais la route sera longue. •
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Les consommateurs des quatre économies émergentes affichent l'optimisme le plus fort concernant une éventuelle sortie de crise.
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