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Rencontres Gifam 2009 |
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Lors de la troisième édition des Rencontres du Gifam, une question quelque peu décalée "Et si la crise n’était pas économique ?" était posée avec la complicité de personnalités, Michel Serres, philosophe, Andreu Solé, sociologue, et Robert Zarader, économiste. Christine DUPUIS
Confortique Magazine
Depuis plusieurs années, le Gifam s’est donné comme ambition de développer une dynamique d’association, de partenariat avec tous les acteurs de la filière "afin d’accroître notre prise de conscience d’appartenir tous au même univers de partager une vision commune, et coordonner nos moyens autour du même centre de gravité qu’est le consommateur, souligne Jean-Jacques Blanc, Président du Gifam. C’est un devoir de responsabilités envers les enjeux collectifs de notre filière qui revêt une grande importance pour notre organisation professionnelle". Cette année, le Gifam proposait à ses partenaires un nouvel échange d’idées autour d’un thème qui s’est imposé à tous depuis plus d’un an, la crise, et d’aller au-delà des éléments visibles. Trois personnalités se sont prêtées au jeu du décryptage de la crise et ont porté un regard humaniste et philosophique sur ce phénomène intemporel. Selon Robert Zarader, économiste, "cette crise est née d’un excès de confiance entre les individus, l’Etat et les entreprises, dans un contexte de croissance illimitée. Les opérateurs financiers se sont trop éloignés de leur métier". Aussi, dans ce contexte, Andreu Solé, sociologue s’étonne de la faiblesse de la perspective historique et des analyses actuelles concernant la crise : "les étiquettes "crise économique" et "crise financière" empêchent de voir l’essentiel. Le mot crise suppose un événement ou une série d’événements exceptionnels ou passagers. Ceux que nous vivons sont si fréquents qu’ils deviennent normaux. Ils ne sont pas passagers". Comment comprendre la grande peur de nos pays dits développés ? Selon Andreu Solé, le problème est plus profond : "il réside dans la conception moderne de l’homme. Si au Moyen-Age, la réalité essentielle pour les hommes c’était Dieu, aujourd’hui, la réalité est économique. Notre vision du temps, de la mort, de la vérité, de l’espace, des rapports entre les humains et la nature est faussée". Des propos de chercheur partagés par Michel Serres, philosophe "Rien n’est plus comme avant. Aussi, pour comprendre le contemporain, il faut prendre un recul historique. Quand la part des paysans est tombée de 70 % à 2 %, cela a marqué une rupture avec une situation qui durait depuis le néolithique. Quand les antibiotiques sont arrivés, subitement on ne mourait plus d’une méningite ou de la tuberculose. Résultat, l’espérance de vie a bondi. Ces bouleversements ont eu pour effet de changer non seulement notre rapport à l’environnement, mais également au corps. L’humanité n’a jamais autant changé... alors que nos institutions politiques et universitaires n’ont pas évolué. C’est cela, la vraie crise. La crise économique, à côté, c’est un épiphénomène, un petit symptôme, une toute petite ride sur la surface de l’histoire. Cette crise économique et financière est importante, mais ce n’est qu’un point particulier comparé à l’énorme crise que nous traversons". Pour Andreu Solé, "si les hommes ont peur en l’avenir, leurs comportements en tant que consommateurs en pâtiront et alimenteront ainsi la composante de la crise économique".
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"Cette crise est née d’un excès de confiance entre les individus, l’État et les entreprises, dans un contexte de croissance illimitée." Robert Zarader, économiste |
Quelles sont les conditions de sortie de crise ?
Avant d’essayer de sortir de la crise, encore faut-il en connaître sa définition. Selon l’étymologie, du latin, crisis, manifestation grave d’une maladie, issu du grec krisis, décision, jugement. Une crise est un événement social ou personnel qui se caractérise par un paroxysme des souffrances, des contradictions ou des incertitudes pouvant produire des explosions de violence ou de révolte. La crise est une rupture d’équilibre. Dans le domaine médical, une crise est un changement rapide et grave intervenant dans l’état de santé d’un malade (crise cardiaque ou crise d’asthme). "L’organisme doit choisir entre guérir ou mourir. S’il guérit, l’organisme invente une nouvelle voie pour affronter la vie autrement, explique Michel Serres. La guérison n’est pas un retour en arrière qui procure les mêmes effets. Si l’on dit relance, on reviendra à l’état de crise. C’est comme après la Révolution française, on a eu deux Restaurations qui ont abouti à une nouvelle révolution. Si vous reprenez à zéro, vous retrouvez exactement l’état antérieur. Le mot crise exige, comme dans un cas médical, une situation parfaitement nouvelle. En période de crise, il faut inventer du nouveau à tout prix et non imiter".
En effet, aujourd’hui, le risque est grand de faire croire que tout redeviendra comme avant. Au contraire, explique Robert Zarader, "il faut définir de nouvelles façons de coopérer entre les individus, entre les entreprises, réinventer le rapport de l’homme à l’économie, à la nature. Nous devons développer des formes de coopération et de solidarité plus fortes, tant au niveau de la production que de la consommation des biens, qui permettraient de mieux structurer notre société".
Si auparavant, les hommes se livraient des jeux à deux, aujourd’hui il y a un nouvel acteur dans le combat, l’environnement, qu’il conviendrait de prendre en compte. "Malheureusement, toute l’économie est fondée sur l’oubli du monde alors qu’il donne désormais son avis, souligne Michel Serres, le monde s’exprime à travers les dérèglements de l’eau, de l’air, du réchauffement climatique. Le combat devra se jouer désormais entre les trois parties. Les négociations politiques ne pourront plus l’ignorer. Le débat dépasse les notions écologiques".
Le débat devra dépasser les réalités économiques actuelles. Selon Andreu Solé, "l’économie n’est qu’une série de conventions entre les hommes à un moment donné. Derrière la notion du bien commun, des éléments vertueux devront se construire". Pour l’heure, de nouveaux courants économiques sont fondés sur des alternatives aux modèles de concurrence classique. En matière de recherche et développement, des alliances de développement commun de programmes et d’innovation ont lieu. "Nous sommes aujourd’hui face à une situation qui nécessite de réinventer les formes classiques de concurrence dans ce "divin" marché". Michel Serres croit en l’homme : "il est très puissant, très infini d’inventions, de désirs, d’intelligence... alors que notre environnement est désormais très fragile. Cette nouvelle donne est décisive".
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"L’économie n’est qu’une série de conventions entre les hommes à un moment donné. Derrière la notion du bien commun, des éléments vertueux devront se construire." Andreu Solé, sociologue |
Quel rôle peuvent jouer les acteurs économiques ?
Le secteur des biens d’équipement a-t-il contribué à alimenter ces excès, ces déséquilibres ? Une question à laquelle Jean-Jacques Blanc apporte son éclairage : "Notre secteur s’appuie sur des fondamentaux solides. Dès lors, nous ne sommes pas dans une industrie spéculative mais dans la sphère des biens d’équipement. Nous apportons aux consommateurs une valeur d’usage tangible. L’innovation, basée sur l’ingéniosité humaine, a contribué à faire grandir notre activité. Cette valeur d’usage s’est accrue dans le temps et nous améliorons le bilan de la performance de nos produits en faisant progresser la technologie sans pour autant que celle-ci soit synonyme de perte de maîtrise des individus. Notre secteur s’est développé sur une croissance maîtrisée en s’efforçant de ne pas se banaliser. L’égoïsme économique, l’individualisme sont dans une impasse. Dans notre secteur, quelle pouvait être la notion de bien commun ? C’est autour des économies d’énergie, de la réduction de l’empreinte énergétique que nous nous sommes engagés. Aujourd’hui, l’entreprise doit prendre en compte les activités individuelles dans l’intérêt collectif. Des alliances entre les entreprises doivent se développer. C’est dans cet axe que le Gifam développe une dynamique d’association. Nos invités nous ont donné des pistes, des axes de coopération... A nous de les exploiter". •
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"En période de crise, il faut inventer du nouveau à tout prix et non imiter." Michel Serres, philosophe |









