Ficime
Onde de choc

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Alors que le Japon est leader sur nombre de composants électroniques dans la production de produits hig-tech, la situation actuelle fait peser des risques de pénurie. De leur côté, les filiales françaises des grandes marques japonaises sont les premières touchées par les conséquences du séisme.

Christine Dupuis

Confortique Magazine
n° 231 août-septembre 2011

 

Le Japon est la troisième région mondiale en matière de production de semi-conducteurs derrière l’Asie Pacifique et l’Amérique du nord. Le tremblement de terre et le tsunami qui ont suivi ont des répercussions sur les livraisons mondiales des semi-conducteurs, et sur la production électronique en général. A l’échelle française et mondiale, c’est principalement le secteur électronique qui en pâtit. Les entreprises japonaises génèrent plus de 20 % de la production mondiale des semi-conducteurs. Or, la désorganisation de la production et des transports consécutive au tsunami a provoqué des retards de livraisons.

Les pénuries et hausses de prix pourraient persister jusqu’au troisième trimestre. Si la plupart des grands fabricants de composants électroniques japonais ont des unités de production situées à une grande distance de l’épicentre du séisme et des régions touchées par le tsunami, ils doivent cependant faire face à des problèmes humains et d’approvisionnement en matériaux de base. Et si aucun dégât n’est à déplorer sur certains sites, la production est perturbée par les interruptions de fourniture d’énergie.

Smartphones, tablettes, caméscopes ou encore jeux vidéos sont très dépendants d’une production japonaise en partie paralysée par les conséquences du séisme et si les ventes n’en pâtiront pas vraiment, hausses des prix et retards de livraison sont au programme.

Le Japon ayant jalousement conservé sur son sol la production des biens les plus sensibles. Or, plus de deux mois après le séisme, il est toujours impossible de savoir quelle en est la portée précise sur l’industrie nippone. Au-delà des dégâts matériels immédiatement visibles, les vibrations et les coupures d’électricité ont notamment pu avoir des conséquences qui seront longues à détecter sur des équipements de haute précision. Les conséquences sur les infrastructures routières, portuaires, électriques et télécoms sont encore difficiles à estimer. Mais, point rassurant, si 70 % des batteries lithium-ion viennent du Japon, cela ne signifie pas que 100 % de la production japonaise est arrêtée. En revanche, nul ne connaît la proportion concernée.

Aucune rupture d’approvisionnement n’a été déplorée à ce jour mais des pénuries sont à craindre. Tout dépend en fait de l’évolution de la situation dans l’Archipel. Une donnée que personne ne maîtrise. Or, des pans entiers de l’industrie française sont potentiellement concernés.

Difficultés des filiales françaises

Dans ce contexte, les filiales françaises de groupes japonais sont les premières touchées. La Ficime (Fédération des entreprises internationales de la mécanique et de l’électronique) affirme que ses adhérents, filiales françaises de groupes japonais, rencontrent des difficultés identiques à celles identifiées par le ministère de l’Industrie, telles que les contrôles de radioactivité des produits en provenance du Japon, ainsi que des difficultés et retards d’approvisionnement.

On s’attend à une « pénurie », à des retards de sortie de produits, à un allongement des délais de livraison de produits, à l’arrêt de certaines productions… autant d’éléments qui vont porter préjudice à la chaîne de valeur car un produit non vendu c’est du chiffre d’affaires qui disparaît.

La Ficime souhaite attirer l’attention du Gouvernement sur les conséquences amplifiées de ces problématiques sachant que leur activité majeure est d’approvisionner le marché français en produits finis électroniques.

Encore plongée dans l’incertitude, la Ficime n’exclut pas pour autant tout effet d’annonce  : « La situation est critique. Les difficultés d’approvisionnement, à ce jour encore méconnues, sont de plus en plus certaines. Les entreprises françaises ne peuvent pas anticiper l’étendue des problèmes. Nous n’aurons de visibilité sur les conditions d’approvisionnement que d’ici 3 à 4 mois. Il est donc difficile de faire une estimation de l’ampleur des complications », affirme Laurence Fauque, Déléguée générale de la Ficime.

Quoi qu’il en soit, le ralentissement de la production des industries nippones, notamment suite aux coupures d’électricité, aura des répercussions sur les approvisionnements. Reste à savoir comment les entreprises japonaises affecteront-elles la distribution selon les différents pays ? La Ficime est très en amont sur ce dossier car il s’agit d’un phénomène transversal. Toutes les entreprises dont la société mère est au Japon sont concernées. De nombreux secteurs sont touchés, la photo, l’EGP, les moteurs thermiques, le matériel ETP. « Nos entreprises sont particulièrement concernées parce qu’elles s’approvisionnement en produits finis et non en composants ». explique Laurence Fauque,

La Ficime a créé une cellule de veille auprès de ses adhérents pour tenter de lister les problèmes à anticiper et à résoudre, tout en notant que l’appréciation des conséquences de la situation au Japon ne sera connue par les filiales françaises qu’au troisième trimestre de cette année. Elle a mis en place un certain nombre d’actions concrètes. En outre, la Ficime demande aux douanes françaises une plus grande fluidité des marchandises japonaises.

Préoccupations sociales

« Par ailleurs, la baisse d’activité dans nos secteurs d’activité aura incontestablement des conséquences sur les emplois. Le besoin d’assouplissement des indemnisations complémentaires par l’Etat du chômage partiel semble incontournable, estime Laurence Fauque. L’essentiel des préoccupations immédiates des entreprises adhérentes vise à assurer la sécurité des biens et des personnes ainsi que la pérennité des emplois et des structures en cas de maintien prolongé des limitations de disponibilité des produits ».

De son côté, l’Unedic a donné son accord pour l’utilisation de l’APLD, Activité Partielle de Longue Durée. Celle-ci est prolongée jusqu’au 31 mai 2011. « Or, ce calendrier ne correspond pas à la délicatesse de nos produits. Les difficultés d’approvisionnement créent une véritable inertie, et n’auront une réelle visibilité qu’au troisième trimestre 2011 ». La Ficime précise en effet que les difficultés liées aux produits finis n’interviendront que vers le troisième trimestre de cette année et non au printemps. « Dès lors, dans ce contexte, nous souhaitons une prorogation de l’utilisation de l’APL jusqu’à fin octobre 2011 afin d’en faire bénéficier nos entreprises au moment où les problèmes d’approvisionnement seront réellement constatés ».

Autre facteur, et non des moindres, le risque d’augmentation des prix. D’une part, la hausse des prix des matières premières aura un impact direct sur le coût de fabrication du produit. L’autre inquiétude de la Ficime réside dans « l’augmentation significative de certains composants provenant de sous-traitants japonais, partenaires de nos entreprises. Moins structurés que les grands groupes et situés de plain-pied, ils ont été particulièrement touchés par les événements et des répercussions sont inévitables. Ces deux facteurs engendrent une augmentation des prix auprès des consommateurs. Il s’agit d’une augmentation mathématique ».

Enfin, sur le plan de la radioactivité, le « risque de contamination » qui correspond en France à une contamination surfacique de produits manufacturés en provenance du Japon consécutive notamment, soit à un dépôt radioactif du fait du passage d’un panache contenant des substances radioactives, soit à une manipulation au moyen de dispositifs eux-mêmes contaminés, est à l’heure actuelle faible mais pas négligeable. Aussi, le ministère du Travail précise que « l’impact est dépendant du niveau de contamination des produits manipulés », mais « qu’en dehors d’une zone de production située dans l’environnement de la centrale de Fukushima », le niveau de contamination des pièces et produits en provenance du Japon devrait être limité et ne pas présenter de risque sanitaire. A ce jour, et dans l’attente de mesures harmonisées à l’échelle mondiale, la radioactivité du fret aérien en provenance du Japon est systématiquement contrôlée sous la responsabilité de la compagnie aérienne en charge de ce fret. Le contrôle se fait par palette avec des compteurs Geiger utilisés habituellement pour le fret radioactif réglementé. Toutes les palettes sont vérifiées et tracées après conditionnement.

La Ficime recommande la sérénité : « Les entreprises japonaises dont on connaît la notoriété et le sérieux, sont des enteprises responsables. De plus, les Douanes réalisent des contrôles lors de l’entrée des produits sur nos territoires. Jusqu’à présent, aucun contrôle n’a mis en exergue une radioactivité de nature à affecter la santé du consommateur ». Autant d’actions visant à assurer la conformité et le contrôle des produits japonais « dont la qualité et la notoriété n’est plus à prouver » conclut Laurence Fauque.•

 

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