Economie mondiale
La reprise ne sera pas un long fleuve tranquille

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Simple rémission, ou guérison, quel est l’état de santé réel de l’économie mondiale ? Jean-Michel Boussemart, délégué général de l’institut Rexecode, s’est penché sur l’état du malade, et le moins que l’on puisse dire c’est que son pronostic est nuancé.

  Philippe MECHIN

Confortique Magazine
n° 217 février 2010

 

Il ne faut pas oublier que le monde a failli sombrer corps et biens il y a à peine un an. Ce fut soudain, violent, comme jamais dans l’histoire. Toutefois, le pire a été évité grâce notamment à l’intervention des banques centrales dans les pays développés et des plans de soutien budgétaire des états. Toujours est-il que dès le 3e trimestre 2009 le PIB est reparti à la hausse. Cependant le rebond constaté est plutôt mou, et la question essentielle est de savoir s’il va reprendre de la vigueur ou au contraire s’étioler. La réponse à cette question essentielle est complexe. En effet dans l’économie mondiale il existe des forces expansionnistes fortes qui ne demandent qu’à s’exprimer et amplifier le rebond, mais certains freins sont puissamment serrés, et vont même se resserrer. Dans ces conditions la reprise sera laborieuse, elle ne sera pas un long fleuve tranquille.

 

Pas d’inflation à l’horizon

Heureusement l’inflation ne menacera pas, ce qui laissera du temps aux banques centrales pour adapter leur stratégie de sortie d’une politique monétaire d’emprunts à taux zéro. Toutefois, il est fort probable que ceux-ci resteront très bas. Dans ce contexte ce seront bien évidemment les plus imaginatifs et les plus innovants qui s’en sortiront le mieux.

Pour mieux illustrer l’ampleur de cette crise sans précédent dans l’histoire de l’humanité, il suffit de s’en référer aux chiffres, avec notamment le taux de croissance de 53 pays qui avait chuté de 6 %, fin d’année 2008 pour revenir à une progression de 5 % au 3e trimestre 2009. Cette progression nous laisse toutefois encore loin des années précédant la crise.

Cependant, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne et les chiffres de la production industrielle en sont le meilleur exemple. Si les pays industriels ont enrayé leur chute, ils n’ont pas refait leur retard, tant s’en faut, a contrario des pays dits émergents lesquels ont déjà gommé leur chute relative et sont d’ores et déjà repartis à la hausse. Le taux d’utilisation des capacités de production, même s’il se redresse dans les pays développés, reste encore faible à ce jour, ce qui n’incite pas à l’investissement. Quant au marché du travail, avec la chute sans précédent de l’activité et le rebond difficile il poursuit malheureusement sa terrible détérioration.

 

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Rebond, vous avez dit rebond ?

Malgré tout et après enquête auprès des chefs d’entreprise, tout démontre pourtant que ce rebond va se poursuivre sur le très court terme, ce qui n’empêche pas les marchés boursiers de s’interroger, malgré une belle remontée depuis mars. Pourtant, ce rebond va tirer à la hausse les produits de base et devrait inciter à l’optimisme. Ce n’est pas le cas, et l’or poursuit son ascension, signe d’une certaine inquiétude.

Il faut dire que d’autres indicateurs ajoutent aux interrogations comme les fameux directeurs d’achats américains. S’ils ont connu une phase de rebond assez nette ces derniers mois, ils se sont légèrement affaissés en novembre. Beaucoup plus ennuyeux, ces mêmes directeurs d’achats se sont également affaissés dans les secteurs non manufacturiers. Tout ceci démontre clairement la mollesse du rebond. En Europe, c’est un peu la même chose. Si l‘embellie a été vigoureuse au Royaume-Uni, elle ne s’est pas inscrite dans la continuité, puisque la courbe de progression commence déjà à s’infléchir. La zone euro a connu le même parcours, avec ce rebond « amorti » ces dernières semaines, à l’exception de la malheureuse Espagne qui continue de souffrir terriblement. Par conséquent, les entreprises voient leurs carnets de commandes se regarnir, mais avec difficulté. Ces remarques sont évidemment valables aussi pour le secteur des services.

Enfin, il ne faut pas passer sous silence le fort reflux des prix du pétrole qui a distribué du pouvoir d’achat, ces derniers mois, mais ce phénomène est déjà derrière nous puisque l’or noir remonte. Les prix des produits de base remontent également suite à une demande ferme tirée par les pays émergents et notamment la Chine. Ces risques inflationnistes n’affectent en rien les marchés de taux puisque les taux à 3 mois restent les mêmes. Ceci résulte d’une politique monétaire menée par les banques centrales, et tout indique qu’elles vont continuer à maintenir cette politique de taux d’intérêt quasi nulle, longtemps, car la situation économique reste fragile dans nos pays développés. Quant aux taux à long terme, ils restent aussi exceptionnellement bas, autour de 3,5 % bien que les déficits publics explosent un peu partout, sans oublier ici et là les désordres liés au déclassement de la note de certains pays comme la Grèce. Tout ceci démontre en tout cas que le risque inflationniste n’est pas envisagé du côté des marchés obligataires.

Voilà où nous en sommes aujourd’hui et si le rebond se prolonge à très court terme, la suite s’avère plus délicate, en raison des forces expansionnistes et de freins puissants.

 

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Les raisons d’espérer

A propos des forces expansionnistes qui ne demandent qu’à s’exprimer et qui incitent à l’optimisme, il faut d’abord regarder du côté de la Chine dont la demande interne ne cesse de progresser. Autres facteurs d’espoir, le déstockage violent dû à la chute de l’activité est pratiquement arrivé à son terme, sans oublier les effets des plans de relance et les corrections trop vives dans certains pays qui seront suivies de réajustement. Enfin durant cette récession terrible, les entreprises ont réussi à préserver leurs taux de marge et leur capacité à reprendre le chemin de l’investissement.

Mais manifestement la superstar de l’économie mondiale, c’est la Chine. Il suffit de regarder la production industrielle. La crise n’est qu’un accroc dans la courbe de progression qui se trouve dans une trajectoire de 18 % l’an. Une production industrielle alimentée par une progression vertigineuse des ventes annuelles au détail de 19 %. Pour mieux illustrer l’extraordinaire vigueur de la demande intérieure, il faut savoir que l’an passé à la même époque, le chiffre de vente des automobiles s’élevait à 6 millions, et qu’aujourd’hui il est de 12 millions. Le double en un an ! Mieux encore, les exportations sont reparties à la hausse, tant et si bien que malgré l’augmentation des importations dopées par la vigueur de la demande intérieure, stimulée par une libération du crédit, l’excédent commercial chinois est de nouveau dans le vert. Toutefois, dans cet invraisemblable tableau plane une ombre, celle de l’utilisation excessive du crédit qui pourrait conduire à une surchauffe, voire une bulle financière.

 

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Les raisons de douter

Malheureusement, il existe aussi des freins puissamment serrés pour reprendre l’expression de Jean-Michel Boussemart. Ils sont identifiés, mais la façon dont certains sont serrés fait peur, et les moyens pour les débloquer incertains.

C’est ainsi que l’endettement des ménages n’est pas encore suffisamment résorbé. Notamment aux Etats-Unis, même si des efforts très importants plus ou moins librement consentis par ces mêmes ménages ont été accomplis. C’est ainsi que le crédit à la consommation se contracte depuis 9 mois, et le crédit hypothécaire depuis 5 trimestres. Du jamais vu au pays de l’oncle Sam depuis la Seconde Guerre mondiale ! Toujours est-il que le processus de désendettement dans un contexte de baisse des salaires est un problème beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, dans la mesure où celui-ci s’accompagne d’un désir d’épargne de précaution. Ces deux éléments conjugués constituent un frein redoutable à la consommation. Cette épargne de précaution est hélas justifiée, eu égard à la dégradation du marché du travail. Une dégradation qui ne semble pas prête de s’arrêter dans les mois qui viennent. Les chiffres sont accablants dans tous les pays industrialisés, et ceci n’est pas de nature à encourager les ménages à s’engager dans des investissements à moyen et long terme, voire à consommer, tout simplement. Les chiffres sont affolants. C’est ainsi qu’aux Etats-Unis, mois après mois tous les records tombent, comme par exemple le taux de chômage de longue durée le plus important depuis la crise de 29. En Europe, les résultats ne sont guère meilleurs. La France enregistre une hausse continuelle depuis le début de la crise. Bien évidemment, la consommation n’est pas au mieux, même si celle-ci reste encore à des niveaux acceptables, dopée notamment par des primes à la casse pour l’industrie automobile. Dans notre beau pays, celle-ci résiste même un peu mieux qu’ailleurs, grâce à son système de protection sociale.

D’autres nuages obscurcissent l’horizon. Tout d’abord avec l’explosion invraisemblable d’une dette publique, qu’il va bien falloir tôt ou tard rembourser, ce qui devrait se traduire dans les années à venir par des ponctions fiscales douloureuses. Enfin, il ne faut surtout pas oublier le désordre sur le marché des changes, avec notamment un yuan largement sous-évalué et un euro surévalué, ce qui pèse lourdement sur nos exportations. La reprise tant attendue empruntera des chemins cahoteux. Elle se manifeste cependant depuis la rentrée 2009 et devrait durer en l’état jusque mi-2010. Devrait s’ensuivre une longue période de convalescence qui devrait conduire à un retour à l’expansion aux alentours de 2012, à condition que les problèmes évoqués plus haut soient résolus, et qu’aucune nouvelle bombe financière n’explose. Enfin, les entreprises vont se voir confrontées à des défis redoutables, comme la sauvegarde de la planète, et un environnement concurrentiel de plus en plus fort avec l’avènement des pays en voie de développement dont la Chine est aujourd’hui le leader incontesté. •

 

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