Colloque IPEA
Conjoncture et conjonctures

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Chute de la bourse sur toutes les places mondiales, effondrement de la consommation, désordre monétaire, scandales financiers, fermetures d’entreprises, etc. Il n’est pas un jour sans que nous ne recevions notre lot de mauvaises nouvelles, et les mois à venir laissent entrevoir peu d’espoir d’embellie. Notre monde affronte une crise financière, monétaire, économique, probablement sans précédent, avec cependant des jours un peu meilleurs à partir du second semestre 2009, annonçant un retournement de tendance en 2010 selon Jean-Michel Boussemart, président de l’institut Rexecode, auteur d’une analyse de la situation, présentée lors du colloque de l’Ipea dont voici les moments forts.

Philippe MECHIN

Confortique Magazine
n° 207 février 2009



Selon cette étude, toutes les économies des pays industrialisés sont entrées en récession et les pays émergents connaissent de grosses difficultés. La France, malgré les dénégations des ministères de tutelle, n’échappe pas à la règle. Les premiers signes d’essoufflement ont été visibles dès le printemps dernier avec un plafonnement de la consommation, et un marché de l’immobilier entré dans une phase de retournement qui sans être aussi violent que ce que connaissent les Etats-Unis, l’Espagne ou la Grande-Bretagne, n’en est pas moins sévère. C’est donc à l’unisson de la zone Euro, que notre beau pays connaît les affres de la récession, mot tabou chez nos politiques, quelques mois après le Japon, lui-même précédé par les Etats-Unis. Mais plus grave cette récession mondiale qui a démarré réellement avec la trop fameuse crise des subprimes, s’est accompagnée d’un terrible choc pétrolier, puisque l’été dernier le baril de Brent est monté jusqu’à 150 dollars, et bien sûr d’une crise financière elle aussi tellurique, dont le point de départ fut la faillite de la séculaire banque Américaine  Lehman Brothers. Cette défaillance, aussi brutale que spectaculaire, a provoqué une onde de choc qui continue à se propager de par le monde avec pour conséquence une perte de confiance interbancaire et un assèchement du crédit à la consommation. Cette réduction drastique des crédits à la consommation pèse à la fois sur l’investissement des ménages lesquels réduisent leurs dépenses, mais aussi sur l’investissement productif des entreprises, obligeant celles-ci, en quête de liquidités à dégonfler leurs stocks. Cette crise financière qui a démarré le 15 septembre, est d’autant plus sévère que ce synchronisme récessif de toutes les économies mondiales, que nous n’avions pas connues depuis le premier choc pétrolier de 1974, a exercé des effets multiplicatifs et amplificateurs de sorte que les pays émergents, qui jusque-là s’étaient tenus à l’écart, ont pris le même chemin, Chine comprise, laquelle est aujourd’hui en récession industrielle.

 

Combien de temps, quelle ampleur, et quel rythme de reprise ?

Telles sont les trois questions fondamentales que chacun est légitimement appelé à se poser, à la lecture de ce tableau bien sombre. Aucune réponse n’est à ce jour assurée, et nous ne pouvons faire que des paris, en observant ce qui s’est passé dans l’histoire de l’humanité. Bien évidemment, la durée de cette crise constitue notre préoccupation majeure. Pour Jean-Michel Boussemart, nous pouvons nous référer à notre environnement international, et notamment aux Etats-Unis où, selon le National Bureau of Economic Research, les phases de crises récessives constatées depuis la Seconde Guerre mondiale ont duré en moyenne 10 mois. Pourtant, celle que traverse L’Amérique a déjà dépassé ce seuil puisque celle-ci est entrée officiellement en récession en décembre 2007. Toutefois, la fourchette établie par le NBER est large puisqu’elle se situe entre 6 et 16 mois. Cependant au vu des chiffres les plus récents, tels que la dégradation des indices de conjoncture ou de confiance des ménages, tout laisse à penser que ce chiffre de 16 mois sera largement dépassé, et que cette récession devrait connaître son point culminant à l’été 2009, ce qui en ferait déjà la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en termes de longueur.
Quant à son ampleur, même si personne à ce jour ne possède de chiffres précis, les estimations laissent entrevoir des résultats qui démontrent sa profondeur. En effet tout le monde s’accorde à dire que le PIB connaitra une rétractation de l’ordre de 4 à 5 % fin 2008 pour les Etats-Unis et de 3 à 4 % sur L’Europe. Ces chiffres sont d’ores et déjà à rapprocher de ceux que nous avons connus au cœur du premier choc pétrolier des années 70.

Bien sûr lorsque nous vivons le quotidien tant dans notre vie professionnelle, que dans notre vie de consommateur citoyen, nous avons du mal à nous imaginer que nous puissions en sortir, tant les conséquences d’une telle crise agissent sur nos portefeuilles bien sûr, mais également sur notre moral. Face à ce flot ininterrompu de mauvaises nouvelles, l’idée de reprise paraît lointaine immatérielle, abstraite. Pourtant, le passé nous enseigne que plus les phases baissières sont rudes, plus les rebonds sont vigoureux. Il faut savoir que des forces de rappel se mettent spontanément en place et des forces de soutien et de relances sont mises en œuvre par les autorités. Ainsi, en termes de forces de rappel spontanées, il suffit de prendre l’exemple des matières premières qui chutent considérablement et notamment celle emblématique du pétrole. Si son prix se maintient autour de 50 dollars le baril, comme c’est le cas ces jours-ci, au lieu des 100 dollars ces derniers mois, cette division par deux se traduirait par un transfert de ressources au profit des consommateurs de l’ordre de 1 500 milliards de dollars, ce qui représente 2,5 % du PIB mondial ! Quant aux forces de soutien venues des autorités, pas besoin d’être grand clerc pour s’apercevoir que toutes les banques centrales sont en train d’écraser leurs taux d’intérêt. Ce mouvement baissier de la banque centrale américaine et de la BCE en Europe est loin d’être terminé. D’autre part, sur le plan budgétaire, un grand nombre de plans gouvernementaux ont été mis en œuvre, dans bon nombre d’états. Le plus spectaculaire restant à venir. Des bruits courent à propos de la mise en place d’un plan massif par l’équipe du nouveau président Obama. Des chiffres pharamineux sont avancés, à considérer toutefois avec réserve, eu égard à l’état dégradé des finances américaines.

 

Ne pas désespérer

Au vu de toutes ces mesures, Rexecode estime la vraie reprise à l’horizon 2010, après un rebond au 2e semestre. Il ne faut donc pas désespérer. L’économie est soumise à des mouvements de rappel cycliques depuis la nuit des temps. Toutefois, il subsiste deux interrogations majeures, qui conditionnent cette reprise. La première concerne la confiance entre banques, malgré l’intervention des banques centrales, et tous les plans de sauvetage. En effet, chaque jour nous apprenons des nouvelles toujours plus invraisemblables, lesquelles n’arrangent rien. Tant que le système bancaire n’a pas assaini ses comptes, il paraît difficile d’imaginer qu’il puisse accompagner une reprise solide et durable. La deuxième interrogation majeure concerne le
désordre monétaire. Celui-ci existe depuis le 15 septembre, de manière spectaculaire, notamment sur les monnaies des pays émergents. Ces dumping monétaires, appuyés par les gouvernements d’un certain nombre de pays ne vont pas dans le bon sens. C’est par exemple le cas du won Coréen qui s’est déprécié de 50 % en un mois par rapport au dollar. Plus délicat encore est le problème du Yuan chinois, "piloté" par les autorités, afin de "coller" au dollar. Ainsi, est-il facile d’imaginer que Pékin peut opérer une dévaluation compétitive pour compenser ses difficultés et augmenter, par la même, ses excédents commerciaux qui continuent de flamber, pour atteindre le chiffre colossal de 30 milliards de dollars par mois. Ceci accroit les déséquilibres avec les Etats-Unis et porte les germes de conflits majeurs.

Dans ces conditions, la reprise de la fin 2009 pourrait être forte dans un premier temps comme un élastique qui se détend et par la suite manquer de souffle, en 2010.

Il faudra pourtant fourbir ses meilleures armes, pour sortir d’une crise dont l’ampleur, nous le savons, est considérable. Pour matérialiser ces affirmations, il suffit de quelques chiffres. Ainsi depuis octobre 2007 les bourses mondiales ont-elles perdu la moitié de leur valeur. La capitalisation boursière s’est contractée de 25 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de 45 % du PIB mondial ! Vertigineux. Derrière cette disparition de richesses, les entreprises ne peuvent que mettre la pédale douce sur leurs dépenses d’investissement, et les ménages remontent leur taux d’épargne pour compenser la perte patrimoniale, ce qui par conséquent pénalise la consommation. Les emprunts d’Etat sont devenus des valeurs refuges, au détriment des obligations privées, qui ne profitent pas de la baisse des taux. Preuve d’une défiance encore bien réelle. Dans ces conditions la croissance s’est effondrée, avec en corollaire une baisse spectaculaire de la production industrielle. L’exemple de la chute de l’acier notamment est significatif et démontre que le monde entier est en récession, même la Chine, bien que son marché de consommation intérieur soit loin d’être en baisse.

 

Quel avenir pour la France ?

Comme tous les pays de la zone Euro, la France n’échappe pas à la récession. L’industrie et les services connaissent une baisse d‘activité brutale. L’emploi recule et le chômage repart à la hausse. Comme partout ailleurs la consommation des ménages est en régression et les stocks d’invendus croissent. Le marché de la construction souffre aussi de méventes. Toutefois, le retournement n’atteint pas les sommets de nos voisins espagnols ou britanniques. Le vrai point noir de la France réside dans un manque de présence à l’export. Notre commerce extérieur reste notre point faible. Nos performances sont pénalisées par une compétitivité insuffisante. Enfin une baisse du volume du PIB, d’environ 1 % est fort probable.

Dans une économie mondialisée, notre pays ne peut échapper à cette crise que d’aucuns appellent un Tsunami financier tant elle a commis des dégâts importants en peu de temps. Le gouvernement a mis en place également un plan de relance via une politique de grands travaux. À lui seul, ce plan ne suffira pas. Il devra s’accompagner d’un élan puissant qui passera par une concertation entre tous les états, avec une priorité sur la zone Euro bien chahutée ces derniers temps.  •

 

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