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Federation Procos |
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S’il est indéniable que 2008 se sera révélée une année particulièrement difficile pour le commerce, en raison des problèmes survenus à partir du second trimestre (hausse du cours du pétrole, raréfaction des matières premières, crise de la consommation), le bilan dressé par la fédération Procos fait néanmoins état d’une bonne résistance des différents secteurs du commerce spécialisé sans récession mais avec une évolution nulle à 0,1 %.
Pierre GAUTHIER
En dépit d’un premier trimestre encourageant et d’un bon mois de mai (+ 0,5 %), la dégradation de la situation économique durant les 6 derniers mois de l’année 2008 aura eu raison du moral des consommateurs.
Crise, es-tu là ?
Appropriée puis alimentée par les médias, la crise ne doit cependant pas être considérée comme révélatrice de la situation du marché français à l’heure actuelle. En effet, si les spécialistes s’accordent sur le degré de préoccupation soulevé par la conjoncture, la fédération Procos tient cependant à nuancer la gravité de la situation à la fin 2008 en soulignant la résistance des enseignes du commerce spécialisé. Évidemment moins bon qu’en 2007, le bilan de l’année 2008 se révèle toutefois moins pire qu’annoncé. Et cela grâce au dynamisme dont les enseignes du commerce spécialisé ont fait preuve sur la période. N’en déplaise aux prévisions avancées par les économistes, faisant état d’un frein au développement, les adhérents Procos ont été à l’origine en 2008 de l’ouverture de quelque 1 200 nouveaux points de vente, représentant la création de près de 20 000 emplois supplémentaires.
Bien qu’affectés par la crise à la consommation ressentie sur le territoire, certains secteurs ont néanmoins réussi à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas notamment de l’Alimentaire spécialisé (+ 2,7 %), de l’Equipement de la maison (+ 0,8 %), de l’Hygiène-Santé-Beauté (+ 0,7 %), des Loisirs (+ 1,2 %) et de la Restauration (+ 1,8 %). Seuls les secteurs de l’Automobiles et services (- 1 %) et de l’Equipement de la personne (- 0,7 %) accusent véritablement un recul net de leur activité en 2008. Limitant ainsi les dégâts, le commerce spécialisé annonce une évolution étale, avec une progression à + 0,1 % (contre + 3,1 % en 2007). Bien que le nombre d’ouvertures de magasins demeure en constante évolution dans la plupart des secteurs, les loisirs et l’équipement de la personne affichent cependant un net ralentissement de leur développement, le premier en raison de la chute spectaculaire des marchés de la micro-informatique, de la téléphonie et des télécoms (- 6 %), du DVD (- 6 %), du CD (- 18 %) et du livre (- 2 %), le second en raison de la crise qui touche le textile. Le jeu vidéo est en effet le seul marché sur le segment des loisirs qui enregistre une progression en 2008 avec + 2 %.
L’équipement de la maison au ralentiGénéralisé sur l’ensemble des secteurs, le ralentissement de l’activité des enseignes positionnées sur l’équipement de la maison est, quant à lui, causé par plusieurs facteurs. Dans le meuble, après une année 2007 faste (+7,3%), le marché enregistre une légère diminution de -0,3% à surface évolutive (source IPEA). Au sein de l’EGP, la déflation observée a représenté un sérieux frein à la croissance du chiffre d’affaires. Et ce d’autant plus en raison du changement de comportement du consommateur et de la concurrence de l’e-commerce. A contrario, l’engouement pour la cuisine, le retour aux valeurs sûres et l’attirance vers les belles marques ont profité au PEM (+ 3,4 % en valeur) qui affiche une croissance sensible. Le GEM, quant à lui, victime d’une conjoncture défavorable enregistre un recul de sa valeur de 1% (source Gifam). Directement impacté par la chute des permis de construire, le bricolage a quant à lui bien résisté, ce qui lui permet de présenter des résultats atones, malgré une baissse de la valeur sur le réseau GSB de 1,1%. Le même constat est à dresser pour la jardinerie qui, malgré des conditions climatiques très mauvaises au printemps, demeure stable quelle que soit la conjoncture. Attentif aux prix, le consommateur a incité les commerçants à revoir leur politique commerciale. La multiplication des opérations promotionnelles, de même que l’élargissement des gammes de produits vers des prix d’appel a été l’une des principales sources d’investissement des enseignes en 2008. Toutefois, bien que l’argument prix demeure prédominant, le changement de comportement du consommateur, recherchant désormais plus de sens et de valeurs dans ses achats, a également contraint les points de vente à changer d’attitude. Sensible à la notion de services et de valeur ajoutée, le chaland a ainsi amené les commerçants à revoir leur positionnement produit vers le haut. Privilégiant l’image, la marque, la qualité et la pérennité du produit, la clientèle a ainsi donné sa préférence aux produits positionnés sur la gamme moyenne supérieure.
Devant composer avec cette mutation du mode de consommation, les commerçants ont également eu à subir en 2008 nombre de difficultés inhérentes à la hausse des loyers commerciaux.
Un commerce à double vitesse
Institué il y a un peu plus d’un an, le nouvel indice des loyers commerciaux (ILC) a été créé pour pallier l’envolée erratique de l’indice du coût de la construction (ICC) occasionnée par la hausse de l’acier. Apportant plus de justesse dans le calcul du loyer commercial, grâce à une meilleure prise en compte de l’activité commerciale, l’ILC a bénéficié du soutien du gouvernement, qui a légalisé son application au mois de juillet 2008 lors du vote de la loi de modernisation de l’économie. Suite à une enquête réalisée au mois de janvier 2009 auprès de 50 groupes, représentant 8 200 points de vente, la fédération Procos a estimé que 30 % des baux avaient déjà pu bénéficier d’un passage à l’ILC, tandis que près de 60 % des baux étaient toujours en attente de décision. Si le processus de généralisation de l’ILC au territoire français est aujourd’hui en cours, grâce à la forte mobilisation en sa faveur des bailleurs de centres commerciaux et des grandes foncières, sa mise en place se révèle néanmoins longue et fastidieuse en raison du blocage de certains organismes, refusant catégoriquement sa mise en œuvre. Il s’agit pour la plupart des immobilières d’hypermarchés (à l’exception d’Auchan), des investisseurs institutionnels (banques et assurances), de certaines filiales d’entreprises publiques et des petits propriétaires de centre-ville. Représentant à l’heure actuelle 12 % des baux, ces refus entraînent aujourd’hui un risque de voir sur le territoire coexister un commerce à deux vitesses, l’un soumis à l’ICC (8,85 %), le second régi par l’ILC (3,85 %). Menaçant directement les commerçants indépendants ainsi que les commerces de centre-ville et de quartier, ces blocages créent aujourd’hui une situation insupportable pour les commerces de proximité, déjà confrontés entre 2000 et 2007 à une hausse de loyer de 38 %, et qui auront par conséquent du mal à résister aux nouvelles hausses de l’ICC (+ 8,85 % pour le T2 2008, + 10,46 % pour le T3 2008).
L’immobilier commercial en déroute ?Alors que les premiers résultats sur la loi Charié sont attendus, l’année 2008 aura été marquée par un nouveau record en termes de projets commerciaux. Avec 738 opérations déposées, représentant 8,5 millions de m2, la France constitue le champion européen dans cette catégorie. S’agissant pour l’essentiel de créations (5,6 millions de m2), ces projets voient la grande victoire des parcs d’activité commerciale (50 % des projets) sur les centres commerciaux en périphérie (5 % des projets). Principalement tirée par les immobilières des groupes alimentaires (Auchan, Casino), les leaders historiques du marché (Unibail et Ségécé) et les outsiders (Apsys, Altéréa), cette évolution du volume global des projets commerciaux en France voit le recul des opérations de centre-ville (15 % des projets), à la faveur de la périphérie. Cependant, si le nombre de dossiers est en hausse constante depuis 10 ans, les premiers signes de freinage commencent à apparaître en raison de la multiplication par quatre des abandons et suspensions de projets en 2008 (800 000 m2 contre 200 000 m2 les années précédentes). Enfin, aujourd’hui, seul un projet sur trois est autorisé. Cette sélection s’explique notamment par le fait que nombre d’ouvertures intervenues ces 18 derniers mois n’ont pas de justification économique, en plus de confronter les enseignes à des démarrages de plus en plus difficiles. Faisant preuve d’une extrême prudence pour les prochains mois, en raison de l’absence de visibilité, les entreprises du commerce ont déjà démontré au premier trimestre 2009 une très grande sélectivité dans leur choix d’implantation et leurs investissements, en privilégiant le risque zéro et la rentabilité (rapport loyer/chiffre d’affaires). Si cette formule semble effectivement la bonne pour amortir les effets à court terme de la crise, elle risque cependant de montrer rapidement ses limites si jamais cette dernière perdurait, notamment vis-à-vis des plans de développement des enseignes. Il suffit aujourd’hui de constater le phénomène de concentration des entreprises pour s’en rendre compte. À moins qu’il ne s’agisse là de l’avenir du commerce. • |
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