Coline Serreau a réussi le tour de force de donner la parole à toutes les classes sociales établies sur la planète.
Vandana Shiva – Inde
Physicienne et épistémologue, diplômée en philosophie des sciences, Vandana Shiva est l’une des chefs de le des écologistes de terrain et des alter mondialistes dans le monde. Elle milite notamment pour la défense de l’agriculture paysanne et biologique face à la politique d’expansion sans limites des multinationales agroalimentaires et aux effets pervers du génie génétique.
Serge Latouche – France
Serge Latouche est diplômé en sciences politiques, philosophie et sciences économiques. Il est professeur émérite d’économie à l’Université Paris-Sud 11 (Orsay) et à la Faculté de droit, économie et gestion Jean Monnet (Sceaux) de l’Université Paris-Sud 11. Il est considéré comme le spécialiste des rapports économiques et culturels Nord-Sud et de l’épistémologie des sciences sociales.
Ana Primavesi – Brésil
Ingénieur agronome, docteur, professeur en gestion des sols de l’université de Santa Maria (Etat de Rio Grande do Sul), est aujourd’hui retraitée et gère une petite exploitation agricole à Itai (Etat de Sao Paulo). Elle est aussi conseillère scientique de la FMO (Fondation Mokiti Okada).
Dominique Guillet – France / Inde
Président fondateur de Kokopelli, association qui milite pour la sauvegarde de la biodiversité des semences, Dominique Guillet a compris depuis toujours que le salut de l’humanité passait par le respect de la terre. A la n des années 80, il fonde la société Deva, qui produit et commercialise des élixirs oraux.
João Pedro Stedile – Brésil
Economiste et activiste social brésilien. Il est membre de la coordination nationale du Mouvement des Sans-Terre (MST), dont il est également l’un des fondateurs.
Philippe Desbrosses – France
Agriculteur, docteur ès sciences de l’Environnement à Paris VII, Philippe Desbrosses est directeur du Centre Pilote de la Ferme de Sainte-Marthe et président d’Intelligence Verte (association pour la promotion de la biodiversité).
Devinder Sharma – Inde
Ingénieur agronome, analyste des politiques alimentaires et commerciales, journaliste et écrivain. Expert des questions alimentaires, Devinder Sharma consacre sa carrière à dénoncer les mythes de l’agriculture industrielle.
Claude et Lydia Bourguignon – France
Lydia Bourguignon, Maître en sciences agroalimentaires et Claude Bourguignon, Ingénieur agronome (INAPG) et docteur en sciences microbiologie, ont quitté l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) suite à un désaccord avec les orientations et les thèmes de recherches de cet institut.
Pierre Rabhi
Agriculteur, homme politique, écrivain et penseur français d'origine algérienne, Pierre Rabhi est inventeur du concept
Le 7 avril dernier est sorti dans les salles obscures le dernier long-métrage de Coline Serreau intitulé : "Solutions locales pour un désordre global". Dans un monde ravagé par la main de l’homme, la cinéaste à succès a tenté avec l’aide d’une multitude d’intervenants d’apporter quelques réponses et solutions au drame écologique que vivent plus de six milliards d’êtres humains.
Eric BOURILLOT
Confortique Magazine
n° 220 mai 2010
Les films d’alertes et catastrophistes ont été tournés, ils ont eu leur utilité, mais maintenant il faut montrer qu’il existe des solutions, faire entendre les réflexions des paysans, des philosophes et économistes qui tout en expliquant pourquoi notre modèle de société s’est embourbé dans la crise écologique, financière et politique que nous connaissons, inventent et expérimentent des alternatives." Interrogée sur les raisons réelles qui l’ont poussée à réaliser ce film très attendu, la cinéaste déjà auteur en 1996 du très contreversé documentaire baptisé La Belle Verte, s’exprime avec des mots à elle qui lui viennent tout droit du fond du cœur. Solutions locales pour un désordre global, film documentaire écologiste et engagé, est l’un des aboutissements artistiques et intellectuels de son parcours de cinéaste. Dépassant la simple dénonciation d’un système agricole perverti par une volonté de croissance irraisonnée, la réalisatrice entre autres du documentaire féministe en 1976 : Mais qu’est ce qu’elles veulent et en 1991 du court-métrage : Pour Vera Chirwa dans le cadre du collectif contre l’oubli, invite le téléspectateur à découvrir de nouveaux systèmes de production agricole, des pratiques qui fonctionnent, réparent les dégâts et proposent une vie et une santé améliorées en garantissant une sécurité alimentaire pérenne. Caméra au poing, Coline Serreau a parcouru le monde pendant près de trois ans à la rencontre de femmes et d’hommes de terrain, penseurs et économistes, qui expérimentent localement, avec succès, des solutions pour panser les plaies d’une terre trop longtemps maltraitée.
"Des alternatives crédibles à notre système"Comment un tel projet a-t-il pu voir le jour ? Coline Serreau qui n’a cessé au fil de son existence de parcourir la planète à la recherche de solutions aux problèmes que son monde se pose au quotidien explique : "La Belle Verte, que j’ai tourné en 1996, parlait déjà d’écologie et d’une transformation radicale de notre mode de pensée. Il était très en avance, et n’a rencontré le public que bien après sa sortie. Il vient d’être réédité en DVD-livre chez Actes Sud, c’est dire qu’il connaît une belle seconde vie. Il y a trois ans, j’ai commencé à tourner pour mon plaisir des reportages sur divers sujets, dont un entretien avec Pierre Rabhi que je connaissais depuis quelques années. En rentrant du Maroc où j’avais filmé quelques-unes de ses actions, je me suis dit qu’il fallait continuer ce travail et approfondir le sujet dans le monde entier, avec tous les acteurs du changement. Je suis donc partie en Inde, au Brésil, en Ukraine, en Suisse, pour interviewer des gens qui proposaient des alternatives crédibles à notre système. J’ai voulu que la parole soit portée autant par les théoriciens et ténors des différents mouvements que par les paysans et les petites gens qui sont les vrais acteurs et inventeurs des changements. Je ne voulais pas faire un film qui culpabilise et déprime les gens." Au final, Coline Serreau démontre très simplement et avec des mots compréhensibles par l’ensemble des habitants de la planète bleue qu’il existe partout dans le monde des gens qui, sans se connaître, sont engagés dans un même combat, ont la même philosophie de vie et les mêmes pratiques envers la terre nourricière. "Mettre en lumière cette universalité des solutions, tout autant que leur simplicité, c’était vraiment le but du film. Je voudrais qu’après avoir vu ces quelques images, les gens aient de l’espoir, et l’envie de commencer tout de suite à agir et à inventer partout leurs propres solutions."
Une des solutions c’est un "retour en avant !"Ce documentaire unique totalement inscrit dans l’air du temps est le résultat final de 170 heures de rushes. La réalisatrice qui souhaitait absolument retranscrire sur le grand écran l’intimité de ses rencontres n’a tourné que caméra sur l’épaule : "Je voulais aussi que les mouvements de caméra soient libres et vivants, comme des yeux qui découvrent, regardent, sans grammaire imposée. Le montage a obéi à un double impératif de clarté, de construction rigoureuse du propos tout en gardant une totale liberté dans la gestion des coupes et des illustrations." Bien entendu, ce long-métrage qui devrait connaître un formidable succès dû à la place actuelle que tient l’écologie dans la pensée collective des Français, des Européens et de l’ensemble des peuples apporte par l’intermédiaire des nombreux intervenants interrogés pour l’occasion une pléiade de solutions plus ou moins attractives et surtout réalisables. "Une des solutions c’est un «retour en avant» : retrouver à travers de petites structures locales une autonomie alimentaire sans produits chimiques, qui nous rende notre liberté et assure notre subsistance. C’est ce que Vandana Shiva appelle la réinvention de la démocratie. Cette nouvelle démocratie, qui permet de faire le lien entre la terre et l’assiette, n’est pas en lutte contre les inventions techniques et la modernité des communications, il ne s’agit pas d’un retour à l’âge des cavernes. Il s’agit d’exiger notre droit à nous nourrir par nous-mêmes, notre droit à la santé et notre liberté à travers l’autonomie. Nous ne pouvons plus dépendre du bon vouloir des marchands et des politiques en ce qui concerne notre survie. Il ne s’agit pas d’un retour en arrière mais d’un changement de paradigme pour assurer notre futur." •
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