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Columbo et le Prix Public Indicatif


Numéro de novembre 2009

Un beau matin, le prix Public Indicatif, une figure du métier de l’électrodomestique est retrouvé assassiné dans son lit un couteau entre les deux omoplates. Qui l’a tué et pourquoi ? Le lieutenant Colombo est dépêché sur les lieux. Il arrive dans sa vieille 403 Peugeot avec son éternel imperméable mastic sur les épaules.

- Comme le dit souvent ma femme, s’attarder longtemps au lit peut être fatal !

Devant cette boutade approximative, les fabricants de brun présents toussotent, l’air embarrassé.
Columbo en profite pour les interroger : "Voyons, vous aviez toutes les raisons du monde d’assassiner la victime. Il paraît que vous ne respectez aucun PPI et que bien au contraire, vos prix se dépositionnent au moins deux fois par semaine".

- Ceci justement plaide en notre faveur. Pour nous le PPI est mort depuis longtemps. Nos enseignes comparent tous les jours leurs prix entre elles et avec leurs sites Internet. Des ajustements se font automatiquement.

- Alors, ce sont vos clients qui vont bientôt vous tuer. Dois-je me préparer à un autre crime ?

- Non, car nous, les fabricants de brun, avons mis au point une politique claire et différenciée par réseau de distribution. Nous leur proposons des gammes spécifiques, des produits réservés, etc. Ils n’ont donc aucune envie (ou presque) de nous tuer !

Columbo poursuit ses investigations. En rentrant chez lui, il passe devant un point de vente Toutelectro et voit le dernier produit de chez Mas affiché à – 40 %.

- Si le PPI n’existe pas dans le brun, comment un point de vente peut-il afficher une remise de – 40 % ? Il rentre et pose la question au détaillant : "Nous nous comparons au prix le plus haut pratiqué", répond ce dernier.

- Oui, mais ce produit est à peine sorti.

- Raison de plus, rétorque le détaillant avec insolence.

- Vous savez que le PPI a été assassiné ? questionne Columbo.

- A sa grande surprise, son interlocuteur fond en larmes.

- Vous le connaissiez ?

- Non, mais pour mes collègues d’Internet et moi, c’était une star. En créant une valeur de référence, il nous aidait considérablement dans notre démarche discount. D’autant que comme il était toujours très haut, nos pourcentages de remise affichés n’en étaient que meilleurs. En brun, à cause des ajustements permanents des enseignes, notre travail est plus difficile.

Columbo retourne voir les fabricants de brun.

- Les salauds, s’exclament ces derniers. Ce produit fait partie d’une gamme réservée pour nos meilleurs clients.

- Qui sont les salauds ? s’enquiert Columbo.

- Les grossistes bien sûr. Il y en a toujours un pour concocter un coup tordu et vendre des gammes réservées à ses copains Internet, quand cela n’est pas un magasin qui lui appartiendrait en propre, par des voies détournées !
- Et encore, il peut même arriver que cela soit un détaillant qui en livre un autre, le cas s’est déjà produit, intervient le Président.

- L’affaire se complique, soliloque Columbo. Allons voir les fabricants de blanc.

Ces derniers accueillent Colombo avec déférence.

- Nous, tuer le PPI ? Jamais, s’exclament-ils en chœur. Nous le respectons trop. D’ailleurs, il nous protège. La preuve ? Les enseignes jouent le jeu avec nous et indiquent toujours notre PPI sur les catalogues.

- Ils ont l’air trop polis pour être honnêtes, pense, en aparté, Columbo. Allons voir les enseignes.

- Tuer le PPI ? Ce n’est pas l’envie qui nous en manque, confièrent les enseignes.

- Nous sommes les dindons de la farce. Sous prétexte d’être partenaire avec eux, les fabricants nous obligent à indiquer sur nos catalogues un prix qui n’existe pas et ne sera jamais pratiqué. Résultat, nous les enseignes des réseaux longs, nous passons pour des voleurs, ce qui n’est pas bon pour notre image.

- Et pourquoi ce prix n’est-il jamais appliqué ? s’enquit Colombo

- Parce que sur le terrain, nos détaillants sont bien obligés de s’aligner sur leurs concurrents. Les détaillants se font donc avoir. Les fabricants leur promettent une marge qui n’est que virtuelle. Il n’y a qu’à consulter leur bilan pour s’en assurer.

- C’est donc vous qui avez tué le PPI ? questionne Columbo.

- Non, ce n’est pas nous. D’ailleurs, nous avons un alibi. De toute façon, il était gravement malade, vous avez pu vous en rendre compte et serait mort de sa belle mort.

- Comment cela ?

- La parade est simple. À terme, chaque enseigne ne travaillera plus qu’avec deux ou trois marques capables de maîtriser leur politique commerciale.

- Il risque encore d’y avoir des morts, s’indigna Columbo.

- Oui, mais ce sera de maladie. Il ne faut pas s’étonner qu’à force de fréquenter toutes sortes d’individus peu recommandables, les fabricants attrapent des virus. Ils sont parfois les premiers à encourager les grossistes à vendre sur Internet pour alléger leurs stocks ou finir leur mois !

- En tous les cas, je sais maintenant qui sont les coupables, ce sont les détaillants, se félicita Columbo.

- Oui, nous en sommes fiers, nous l’avons achevé, mais les sites Internet l’avaient déjà considérablement affaibli. Encore n’avons-nous agi qu’en état de légitime défense, reconnurent ces derniers.

Ils furent donc acquittés. Ainsi mourut le Prix Public indicatif... •

 
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