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Qui veut prendre la place de la taxe professionnelle ?


Numéro de avril 2010

Julien Chapelle est informaticien dans une banque. Il mène une vie bien rangée sans la moindre fantaisie. Un soir en descendant dans son parking, il est témoin d’un meurtre : une sombre histoire de jalousie, un homme abat une femme d’un coup de revolver. Le pistolet atterrit à ses pieds et machinalement, il le ramasse. Commence alors pour notre héros de longues heures d’interrogatoire au cours desquelles bien des rebondissements ont lieu. Il apprend, en vrac, qu’il est passible de 20 ans de prison, qu’il a un frère jumeau récemment disparu : qu’il était indic pour les flics et qu’il doit le remplacer au pied levé ! Le métier de son frère jumeau ? Mac, et de plus il travaille pour un célèbre mafioso Tiago Mendes. Curieusement, son frère a disparu juste après que la Taxe Professionnelle, la favorite de Tiago Mendes, a été retrouvée morte. Il faut dire qu’elle avait fait son temps : depuis environ 35 ans, elle pénalisait les entreprises qui investissaient, favorisant ainsi les délocalisations. Au cours d’une vie de racket bien remplie, elle avait mis au point un système qui lui permettait, sur 10 ans, de récupérer environ 20 % du montant de l’investissement. Unique en Europe, sa suppression constitue un pas (petit) vers la fameuse harmonisation fiscale, pour l’instant encore, fantasme des politiques européens. Même si elle était décriée par tous, les policiers Mazin et Rafart veulent tout de même en savoir plus sur sa disparition. Que cela cache-t-il ?

Julien Chapelle se glisse donc dans la peau d’Ace, le surnom de son frère jumeau. Pour jouer son personnage, il doit subir une formation musclée, car on ne se transforme pas impunément de commis de banque en mafioso. Une des premières personnes qu’il rencontre est Luna, la prostituée favorite de son frère. Julien doit se faire au rythme effréné de leurs rapports qui le laissent sans force.

Mais une fois maîtrisée cette jolie panthère, il réussit à la faire parler. Elle lui avoue que Taxe Professionnelle alimentait en fait tout un réseau de collectivités locales. Ces dernières sont très inquiètes de sa disparition et se demandent comment elles vont financer leurs communes. Taxe Professionnelle a laissé des enfants qui ont repris une partie de son business en changeant bien sûr de nom. La famille se fait désormais appeler CET (Contribution Economique Territoriale). Elle regroupe les deux enfants de la défunte : CFE (Cotisation Foncière des Entreprises) qui grâce à un abattement de 30 % pour les industriels, taxe plus les distributeurs et CVAE (Cotisations sur la Valeur Ajoutée des Entreprises). Progressive, elle se fait plus légère pour les PME et plus lourde pour les grandes entreprises. Taxe Professionnelle ayant été pressurée durant de longues années par les industriels, ses enfants se tournent plutôt vers la distribution à laquelle ils estiment qu’il est temps de faire rendre gorge. Mais se faisant, ils commettent une erreur. Ils prennent comme modèle la très riche distribution alimentaire et bâtissent leur impôt principalement en fonction de ses possibilités. C’est oublier toute la distribution spécialisée, qui elle aussi a souffert de la crise (meuble électrodomestique, bricolage, négoce, etc.). En fait, les deux enfants de notre bonne vielle Taxe Pro sont les dignes fils de leur mère, ils ont été nourris au lait de la roublardise. En effet, taxer les enseignes plutôt que les industriels présente un avantage : le commerce ne peut pas se délocaliser. Eurêka ! Auraient-ils trouvé la formule magique ? Car pour certains, les nouvelles taxes sont aussi lourdes, voire plus, que les anciennes.

Voyant que le filon est bon, d’autres mafiosi n’hésitent pas à s’engouffrer dans la brèche. Julien Chapelle/Ace, grâce à son réseau de filles, rapporte régulièrement ces informations aux deux policiers qui lui demandent de trouver le nom de ces nouveaux délinquants.

Tout d’abord, il semble qu’ils aient compris les leçons de leurs aînés et ciblent, eux aussi, en priorité la distribution. Julien/Ace identifie tout d’abord Tascom, une taxe sur les surfaces commerciales, mais bien vite il se rend compte qu’elle n’est pas toute seule. La plus redoutable est sans doute TLPE, une taxe sur l’affichage des enseignes. Comme toujours, elle se cache sous de bons sentiments : il s’agit de lutter contre la pollution visuelle des entrées de villes. Très bien, mais le ver est dans le fruit. En effet, son application a été laissée à l’appréciation des communes ouvrant la porte à toutes les dérives et injustices ! En outre, la notion d’enseigne n’est même pas définie dans la loi.

Mazin et Rafart sont ravis, leur recrue est de choix et les renseignements recueillis de premier plan. Hélas, à prendre les attributs d’un mafioso, il existe un risque de le devenir. Le véritable Ace réapparait, décide de monter un coup avec son frère, sous couvert de la protection de la police et nos deux héros s’enfuient vers de luxuriants paradis avec le magot de Tiago Mendes. Happy End, mais pas pour les enseignes qui restent soumises à la loi de la jungle des communes, parfois en folie ! •

 
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