
Le soleil se lève à L’Est et jusqu’à nouvel ordre se couche à l’Ouest. Ce vieil adage a plus que jamais pris tout son sens, à l’issue de l’édition de printemps du salon Electronic de Hong Kong. Ainsi va l’ordre des choses, et l’économie mondiale se met au diapason de la loi de l’univers.
Philippe MECHIN
Confortique Magazine
n° 211 juin-juillet 2009
C’est sur l’avènement du continent asiatique que portent les espoirs de jours meilleurs pour l’humanité qui connaît la plus grave crise de son histoire, laquelle affecte tout particulièrement le monde occidental, et surtout notre Vieille Europe. Depuis octobre 2008, les mauvaises nouvelles se sont accumulées. Effondrement des marchés boursiers, faillites retentissantes de grandes banques, fermetures d’entreprises, escroqueries planétaires, explosion du chômage. Ces catastrophes sans précédent n’épargnent cependant personne, dans une économie mondialisée et hélas dérégulée à l’extrême, où chacun se tient "par la barbichette". Dans ce contexte terrible, même ces pays émergents où les croissances à deux chiffres étaient monnaie courante, jusqu’au désastre de septembre 2008, y ont échappé. Il en a été notamment de la Chine, qui a souffert terriblement de la chute brutale de ses exportations, provoquant la fermeture de dizaines de milliers d’entreprises, dans la fameuse province du Guangdong, autour de son duo magique Canton-Shenzhen. Ces exportations avaient permis aux banques chinoises de posséder en quelques années des liquidités pharamineuses dont des sommes énormes se sont volatilisées en majeure partie aux États-Unis dans des placements hasardeux. Cette crise financière issue de la folie des "investisseurs" américains, dont le plus bel exemple se nomme Subprime, a en réalité submergé le monde.
Depuis, chacun cherche une issue et tente tant bien que mal, qui de laisser passer l’orage, qui de survivre, qui de relancer son économie. De Dunkerque à Tamanrasset de Moscou à Vladivostok, de New York à Los Angeles, de Berlin à Madrid,les plans de relance se multiplient avec plus ou moins de bonheur. Cette redistribution des cartes au niveau planétaire est sans précédent.
La vie continue
Dans cette ambiance étrange de chamboule tout, la vie continue, et chaque habitant de notre petite planète reste, que cela lui plaise ou non, un acteur de l’économie et un consommateur quel que soit son niveau de responsabilités, quels que soient ses revenus. Toutefois, ce cataclysme a singulièrement redistribué les cartes. Dans ce maelström, il apparaît clairement que l’avenir se situe en Asie. La Chine, malgré les difficultés qu’elle a rencontrées, reste l’oasis de croissance pour les années à venir, grâce à un gigantesque marché intérieur soutenu par un vigoureux plan de soutien de la consommation mis en place par le gouvernement. Celui-ci n’a cependant pas oublié qu’il reste le géant des exportations, même si celles-ci souffrent. Dans un tel contexte, les salons locaux prennent toute leur importance, et plus que jamais Hong Kong se positionne comme la plateforme stratégique idéale, tant pour les exposants et visiteurs nationaux et internationaux. Nous en avons eu encore la preuve irréfutable lors de l’édition de Printemps du salon Electronic Fair qui a affiché une belle santé. Avec 2 125 exposants venus de 20 pays, et 49 950 acheteurs, ces chiffres font du salon le deuxième salon mondial dédié à l’électronique. Devenir le premier est l’objectif clairement affiché, puisque pas moins de 2 nouveaux halls seront ouverts d’ici l’automne, lesquels permettront d’accueillir plus de 1 000 exposants supplémentaires. Ces stands trouveront, à moins d’un nouveau cataclysme, facilement preneur. En effet, la liste d’attente est longue et les exposants potentiels ne demandent que cela. Toujours est-il que la prééminence du CES de Las Vegas est menacée, et lorsque l’on connaît la détermination et la connaissance du marché des organisateurs, force est de reconnaître que nos amis Américains n’ont qu’à bien se tenir.
Heureux Hongkongais qui peuvent se permettre d’organiser deux salons dédiés au monde de l’électronique en un an, dans un contexte de récession mondiale.
Une porte ouverte sur le monde
Bien sûr c’est la Chine, appelée ici "Mainland", qui est l’objet de toutes les attentions. Les missions d’achat, spécialités magnifiquement orchestrées par HKTDC dont le savoir-faire n’est plus à prouver en ont été le meilleur exemple. Les liens entre l’Empire du Milieu et la région administrative de Hong Kong se sont étroitement resserrés depuis le Tsunami financier qui n’a oublié personne puisque le Hangsen, la bourse locale a chuté de 62 % en quelques mois, l’immobilier de 25 %. Quant au chômage il est passé de - 3 % à - 6,5 %. Enfin pour l’anecdote, les 40 "tycoons" locaux les plus riches auraient perdu la moitié de leur fortune en quelques semaines. Toutefois, cette crise a permis au géant "voisin" de réaliser combien Hong Kong était une plateforme stratégique et qu’il fallait la soutenir. Fort de son indépendance dans les domaines monétaires et fiscaux, et surtout de son incomparable expertise dans de nombreux domaines notamment celui de la haute technologie, plus que jamais, ce minuscule territoire de 7 millions d’habitants est indispensable au développement industriel de la Chine.
Ce savoir-faire, dont elle a tant besoin notamment en termes de technologie, de marketing, de logistique elle le trouve à Hong Kong et nulle part ailleurs. Aussi ceux qui voient dans l’ex colonie britannique un voisin encombrant, soucieux avant tout de son indépendance politique et économique, se trompent lourdement. Plus que jamais, et surtout dans des domaines aussi pointus que le marketing international, le savoir-faire hongkongais est incomparable. Et comme la Chine possède de grandes ambitions en matière de lancement de marques à vocation mondiale dans les années à venir, quelle meilleure opportunité que de venir s’exposer au sein des somptueux halls du Convention and Exhibition Center. Ainsi ces marques venues pour la plupart de chez le "voisin d’à côté", encore peu ou pas du tout des occidentaux, ont-elles fait l’objet de toutes les attentions via leur présence dans le Hall appelé Hall of Fame. Ce n’est plus une première, certes, puisque celui-ci a été créé en 2005, mais cette mise en valeur de 214 marques démontre la volonté farouche de les imposer sur les marchés mondiaux. Et quelle meilleure vitrine que les sessions de printemps et d’automne des salons de l’électronique de Hong Kong ?
Non seulement les fabricants peuvent exposer leurs innovations à l’attention du marché local, mais également des visiteurs internationaux. En effet, la pratique généralisée de la langue anglaise, la connaissance des marchés mondiaux, la capacité hôtelière, le transport aérien, la praticité des moyens de déplacement urbains sont des atouts que peu de places au monde offrent aux exposants et aux visiteurs venus de l’étranger. Ce double avantage est probablement unique au monde, avec en corollaire, l’avantage inestimable de se situer géographiquement sur un pays continent dont le dynamisme sauve pour l’instant le monde d’un désastre annoncé, de par son fabuleux marché domestique.
Un salon qui ratisse large
A l’instar de tous les salons dédiés à l’électronique, cette session 2009 n’aura pas été marquée du sceau de la révolution en matière de produits. Et pourtant le salon ratisse large, puisque tout produit manufacturé qui utilise l’électronique a droit de cité ici. Faire cohabiter des fabricants de PEM et des industriels spécialisés dans les composants de haute technologie est la signature HKTDC. En effet la partie sourcing reste encore importante, ceci explique cela. Et puis cette variété de l’offre ajoute au charme de ce salon. Des composants les plus sophistiqués, aux gadgets insolites, en passant par les produits de healthcare au succès toujours croissant, le visiteur n’est jamais gagné par la monotonie. Il a matière à s’informer, mais aussi à s’étonner, à s’amuser aussi. L’électronique a tellement envahi nos produits de consommation qu’elle se trouve aujourd’hui partout dans nos foyers et pas seulement dans les nouveautés high-tech de nos ados. Le salon de Hong Kong est le reflet d’une réalité, pas la vitrine d’une sophistication élitiste. Cependant, que l’on ne se méprenne pas. Electronic Fair n’est pas un bazar. La signalétique et le principe des familles de produits sont scrupuleusement respectés. Ainsi pour les technologies de l’information, les professionnels avaient rendez-vous sur les halls de l’ICT, comme lors des dernières éditions.
Nous avons été habitués ces dernières années à un florilège de nouveautés et d’innovations qui ont changé nos vies. Depuis peu, la source s’est tarie, et nous n’avons plus matière à émerveillements. Les écrans plats ont envahi nos foyers, les consommateurs sont de plus en plus exigeants. Les téléphones portables se sont banalisés, malgré leurs incroyables possibilités, les GPS en baissant leurs prix de manière vertigineuse, ne sont plus que des produits utilitaires. Les ordinateurs toujours plus légers toujours plus plats, de simples instruments de travail. Bref, et le phénomène est mondial, nous ne sommes guère plus étonnés par le high-tech, même si celui-ci continue d’envahir nos vies.
Une industrie qui passe au vert
Les préoccupations sont ailleurs. Le monde entier a pris conscience qu’il était encore temps de sauver la planète de la folie destructrice de certains. Contrairement aux idées reçues tous les pays se sentent aujourd’hui concernés, et même ceux qui ont a réputation de polluer le plus. Ainsi cette Chine vilipendée par quelques ayatollahs de l’écologie est le pays qui possède le plus d’éoliennes au monde et où l’énergie photo voltaïque est la plus utilisée au monde. Comme partout, chaque consommateur éduqué, informé, "passe au vert". Il ne s’agit pas d’un phénomène de mode mais une tendance profonde et durable, attisée probablement par une crise qui accélère les processus d’économies en tout genre ; toujours est-il que sur le salon, nous avons eu la confirmation que cette prise de conscience est désormais universelle et que rien ne pourra plus entraver ce phénomène qui implique désormais tous les industriels et consommateurs de tous les continents. Voilà en fait, au-delà des produits, la grande nouveauté de cette édition de printemps du salon de l’électronique de Hong Kong.
Finalement celui-ci nous permet de rester optimistes. Nous sommes en train d’assister à la mutation très importante d’une industrie. Elle est certes moins visible que ce à quoi elle nous avait habitués ces dernières années, avec son florilège d’innovations, lesquelles ont engendré une guerre des prix meurtrière, qui n’a profité ni aux fabricants qui y ont perdu de l’argent, ni aux consommateurs qui se sont retrouvés trop souvent avec des produits rapidement obsolètes. Enfin le salon confirme que le soleil se trouve à l’Est et que de nombreuses entreprises peuvent l’approcher, sans se brûler les ailes, grâce aux filtres des salons de Hong Kong. •
Deux nouveaux halls pour cet automne
HKTDC
Confortique : Quelle est la raison de ce large sourire ?
Confortique : Dépasser le CES est vraiment l’objectif majeur pour vous ?
Confortique : Etes-vous vraiment sûrs de les remplir ?
Confortique : D’un salon de sourcing, vous semblez tendre vers un salon de marques.
Confortique : Voilà un sacré challenge, surtout en période de crise. |