Panoramique Edition 2003 © confortique-news.com Il
y a 20 ans, en matière de télévision, les choses - faute d'être passionnantes
- avait au moins le mérite d'être claires. Via le réseau national, le
téléspectateur bénéficiait de trois chaînes publiques. Aujourd'hui,
changement de décor ! Depuis le démarrage fulgurant de la télévision
numérique aux Etats-Unis avec le lancement de Direct Tv au milieu des
années 90, tout le gratin mondial de l'audiovisuel s'est lancé dans
cette vaste course en avant. La quasi-totalité des alliances qui se
sont tissées à l'échelon planétaire entre les différents géants du secteur
sont liées à cette nouvelle technologie numérique qui permet de multiplier
le nombre de chaînes diffusées sur un même canal, et donc de composer
de véritables bouquets de chaînes thématiques. Dorénavant, confortablement
installé devant son écran plat au format 16/9, le téléspectateur peut,
s'il le désire, suivre en direct plusieurs matches du Championnat de
France de Football, découvrir un film récent, ou encore s'offrir une
tranche d'exotisme en se branchant sur les chaînes nationales
du Maghreb. Seule obligation pour assouvir sa soif d'images tombées
des étoiles : se rendre chez son revendeur le plus proche afin de souscrire
un abonnement à l'un des différents bouquets numériques français. Particularités
de ces derniers : la diffusion de chaînes thématiques. Dès lors,
c'est la notion même de chaîne de télévision telle qu'on l'entendait
jusqu'à maintenant qui est amenée à disparaître avec l'avènement
de la télévision numérique. Désormais, le téléspectateur n'est plus
passif. C'est lui qui, en fonction de ses goûts et des différents satellites
vers lesquels est pointée sa parabole, compose son propre programme.
L'opérateur mondial de satellite et leader européen pour la diffusion de programmes de télévision et de radio Eutelsat S.A., a récemment publié les principaux résultats de son Observatoire international des foyers "câble/satellite", réalisé sur 38 pays d'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. "Créé en 1994, cet observatoire, le plus large d'Europe, permet de mesurer l'évolution des quatre principaux indicateurs de la télédiffusion que sont la nature des équipements de réception TV des foyers, la répartition entre l'analogique et le numérique, la pénétration des chaînes payantes et, avec l'arrivée des offres multimédias par satellite, l'équipement PC et Internet des foyers TV", explique l'opérateur. "Il nous permet, bien sûr, de suivre également l'évolution du nombre de foyers recevant les programmes diffusés par les satellites Hot Bird et Eurobird sur ces 38 pays." Bilan : pas moins de 122 millions de foyers sur les 38 pays étudiés sont équipés d'une réception directe par parabole ou via un réseau câblé local, soit 41 % du total des foyers TV. Cette progression s'inscrit dans une tendance annuelle de croissance de 8 % depuis 1994. En Europe de l'Ouest, 53 % des foyers TV sont connectés au câble ou au satellite, 35 % en Afrique du Nord et Moyen-Orient, et 27 % en Europe de l'Est. "Les pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord enregistrent de nouveau la plus forte croissance avec une progression de 23 % entre 2000 et 2001", détaille l'Observatoire. Sur ces 122 millions de foyers équipés, le câble continue dans le même temps à dominer les modes de réception avec 58 % (70,2 millions de foyers). Toutefois, la réception directe par parabole individuelle ou collective, forte de 54,3 millions de foyers équipés, affiche tout de même une progression de 18 % (+ 3,7 % pour le câble). Les équipements de réception numérique, tant du côté du câble que du satellite, progressent sensiblement à l'échelon européen : + 54 % avec 21,7 millions sur les 105 millions de foyers équipés câble/satellite. Sur la même période, les équipements de réception analogique, qui représentent 79 % du marché global avec 83,3 millions, régressent de 0,7%. Par ailleurs, au sein de la réception numérique, la réception câblée représente 19 % (3,9 millions) et la réception parabolique individuelle et collective 81 % (17,7 millions). Sur ces 17,7 millions de foyers, 15,3 millions sont abonnés à des bouquets payants et 2,4 millions reçoivent des chaînes numériques en clair. Au total, sur les 105 millions de foyers câble/satellite d'Europe de l'Ouest et de l'Est, ce sont donc 19 millions de foyers qui étaient abonnés à une offre de télévision payante numérique l'an dernier. Le Royaume-Uni représente à lui seul 36 % de ces foyers, la France, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et l'Allemagne 50 %. Au sein des 19 millions de foyers abonnés, 80 % sont équipés d'une réception directe par parabole (15,3 millions) et 20 % d'une réception via leur réseau câblé local (3,9 millions). Si cette répartition 80/20 est respectée en Italie, en Espagne, en France et au Royaume-Uni, en Allemagne au contraire, le câble numérique s'affiche comme majoritaire avec 57 %.
Suivant le célèbre adage, "Les derniers seront servis les premiers." la France qui avait pris beaucoup de retard sur le marché satellitaire analogique, s'octroie aujourd'hui une place non négligeable sur le marché de la télévision numérique. Avec un taux de croissance supérieur à 20 %, le marché français de la réception satellite offre d'excellentes perspectives de développement. CanalSatellite (diffusé sur Astra) a été le premier à lancer son offre en avril 1996. Un an après l'ouverture de ses programmes, l'opérateur avait dépassé les objectifs qu'il s'était fixés à l'époque. Du côté de son premier concurrent TPS (diffusé pour sa part sur Eutelsat), l'enthousiasme est également de mise. Ce second bouquet a, quant à lui, ouvert son antenne le 17 décembre 1996. Avec plus de 160 000 abonnés servis après seulement six mois d'activité commerciale, le lancement a, là aussi, été largement réussi. Bilan six ans plus tard : près de dix millions de Français - sensiblement autant que d'Internautes - peuvent désormais réserver un billet d'avion avec leur télécommande, jouer au tiercé, ou consulter leur compte bancaire via leur écran de télévision. En effet, avec le numérique, rien n'est interdit. Car il autorise en effet l'interactivité. Une activité qui génère des flux financiers non négligeables. Inconnus de la majorité des téléspectateurs des chaînes généralistes, les services interactifs sont entrés dans les habitudes des abonnés de la télévision à péage. Dans la pratique, ils sont surtout utilisés par les abonnés des bouquets satellites. Sur le câble - Noos, NC Numéricâble, France Télécom - les applications interactives progressent aussi sensiblement. Phénomène en émergence, la télévision interactive peut devenir un redoutable concurrent des chaînes traditionnelles. Ainsi en Grande-Bretagne, un service de jeux interactifs diffusé sur le bouquet BskyB enregistrait déjà l'an dernier, une audience qui le plaçait en dixième position, devant des chaînes comme MTV. Dans ce contexte, l'Europe se présente comme le marché le plus intéressant pour le développement de la télévision interactive. Les analystes estiment en effet que le taux moyen de pénétration d'Internet dans les foyers devrait être dépassé par celui de la télévision interactive dès 2003, à la faveur du développement de la technologie numérique. Ce qui ne devrait pas être le cas aux Etats-Unis. Reste que si le développement de la télévision interactive est écrit d'avance, il est difficile d'évaluer le potentiel de ce marché. Les estimations des professionnels s'échelonnent ainsi entre 11 milliards d'euros en 2004 et 100 milliards en 2008. Mais avant de s'imposer, la télévision interactive doit encore franchir plusieurs obstacles. Le premier d'entre eux est d'ordre psychologique. Rien ne garantit, en effet, que la grande majorité des téléspectateurs ait envie ou besoin d'adopter ces nouveautés, même si elles deviennent réalisables d'un point de vue strictement technique. L'absence d'uniformisation des normes techniques utilisées constitue l'autre frein principal à ce développement. Ils sont ainsi plusieurs acteurs à tenter d'imposer leurs solutions, quitte à empêcher toute compatibilité des unes avec les autres. A l'exception de l'expérience Tak conduite par le Français Thomson multimédia en collaboration avec Microsoft sur la base de la technologie Internet, l'interactivité est - on l'a vu - rendue possible par le développement de la diffusion numérique. La bataille des normes se concentre donc sur les décodeurs qui sont nécessaires à sa réception. Exemple significatif : sur le marché hexagonal, chaque plate-forme numérique (TPS, CanalSatellite, Noos) utilise sa propre solution technique. Ainsi, pour être accessible partout, les mêmes services doivent être développés de trois façons différentes.
Dans ce contexte, quid de la Télévision Numérique Terrestre ? Le cadre juridique choisi par le législateur ne positionne pas la future TNT comme une concurrente du câble et du satellite dont la vitalité économique devrait être préservée. En effet, les acteurs présents dans la TNT pourront être les mêmes que ceux du câble et du satellite. Il s'agira plutôt de complémentarité entre ces trois modes de diffusions des programmes. Le satellite restera l'apanage des chaînes thématiques aux programmes très ciblés et la solution idéale pour les zones urbanisées. De son côté, le câble proposera une offre élargie, davantage réservée aux transmissions à haut débit (Internet, téléphonie, vidéotransmissions) et accessible uniquement aux grandes agglomérations. Enfin, la TNT aura une vocation plus généraliste. Son autre particularité sera de proposer la majorité de ses chaînes gratuitement. Si l'on estime que les chaînes gratuites seront le vecteur d'attractivité principal, la TNT ne devrait pas intéresser les foyers équipés d'une offre de télévision payante du câble ou du satellite, sauf à ce qu'ils se désabonnent (le taux de désabonnement est actuellement compris entre 10 % et 15 % par an). C'est donc d'abord un vivier de 11,5 millions de foyers (source : BIPE) qui ne reçoit que les six (ou moins dans certaines zones) chaînes analogiques en clair qu'il faut convaincre des "plus" de la TNT ; sauf à chercher à les contraindre en fixant une date pour l'arrêt de la diffusion en analogique, comme tous les pays européens ayant lancé la TNT l'ont fait (entre 2006 pour la Finlande et l'Italie et 2012 pour l'Espagne). Cette catégorie de téléspectateurs est, a priori, celle qui a le moins besoin ou le moins envie d'une offre supplémentaire de télévision et qui se contente des programmes des chaînes dites historiques actuelles principalement, parce qu'ils n'ont pas le temps ou le désir d'une autre offre de télévision. En revanche, les foyers qui ne peuvent pas recevoir une offre payante du câble ou du satellite pour des raisons techniques sont potentiellement plus intéressés par la TNT, y compris dans sa dimension payante. Enfin, dans un contexte où il y a des déçus du câble et satellite malgré le développement régulier du marché, la TNT peut donner une impulsion nouvelle au marché de la télévision payante, qui semble relativement mature, si elle répond aux attentes de ceux pour qui le câble ou le satellite ne sont techniquement et/ou économiquement pas adaptés et qui souhaitent néanmoins, en fonction de leurs centres d'intérêts particuliers, avoir un choix de télévision supplémentaire par rapport à la télévision gratuite sans y consacrer un budget trop important. La recherche de la qualité du son et de l'image numérique est certes un élément de forte motivation du téléspectateur et l'on peut espérer que ce sera le cas tant pour l'offre payante de la TNT que pour l'offre gratuite. Mais le prix de l'abonnement sera un élément décisif pour le téléspectateur avec, bien entendu, la nature des programmes proposés. Ceux-ci ne seront certes pas nombreux, mais cette donnée n'est pas forcément un handicap pour la motivation des téléspectateurs. Plus des deux tiers des téléspectateurs et davantage parmi les abonnés estiment ainsi que la diversité des chaînes, programmes et services est amplement suffisante. Pour la TNT, la composition homogène et équilibrée de multiplexes (entre les différentes cibles de téléspectateurs) et la définition d'une offre payante complémentaire du câble et du satellite seront fondamentales. Il semble que le degré d'exigence du téléspectateur pour la TNT sera élevé, voire plus élevé encore que pour le câble ou le satellite : offre de qualité abondante - mais sans excès - et constante (pour la TNT gratuite et la TNT payante), à bas prix, d'accès facile et offrant de l'interactivité. L'arrivée de la TNT dans les agglomérations de plus de 20 000 habitants devrait contribuer à aviver la concurrence entre le câble et la TNT, compte tenu du réservoir d'abonnés potentiels à la télévision payante. Elle s'opère dans un contexte où les opérateurs de la télévision payante, au moyen de produits de qualité et très fortement marquetés (très adaptés à la demande de la cible), s'efforcent de fidéliser leurs abonnés et de convaincre les téléspectateurs réticents. Car le pourcentage de ceux qui ne veulent pas s'abonner à la télévision payante est passé de 33 % en 2000 à 47 % en 2001. L'importance du phénomène du piratage des décodeurs est à souligner ici et peut sans doute expliquer une partie de la réticence à payer pour obtenir des programmes de télévision. Selon certaines sources, 2 millions de foyers pourraient s'abonner à la télévision payante sur la TNT dans un délai de cinq ans. Au Royaume-Uni, ITV Digital a atteint 1,13 million d'abonnés en trois ans, malgré une vive offensive commerciale des opérateurs du satellite. En Suède, la TNT est un échec avec à peine quelques dizaines de milliers d'abonnés seulement depuis sa mise en place en 1999. En Espagne, la TNT démarre également lentement depuis mai 2000 avec près de 210 000 abonnés. En résumé, pour les abonnés actuels au câble et au satellite, le faible nombre de chaînes de la TNT peut s'avérer un atout si certains de ces abonnés estiment que l'abondance de chaînes est plutôt un défaut. Pour ceux qui hésitent encore à s'abonner à une offre payante, la TNT est plutôt attractive car l'offre sera plus réduite et a priori moins chère. Seuls les réfractaires à tout abonnement à la télévision resteront à convaincre, mais l'offre gratuite de la TNT peut constituer un levier d'abonnement à l'offre payante de la TNT.
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